MasukCHAPITRE 7
LE POINT DE VUE DE LINA
La chambre était bleue.
Pas un bleu agressif. Pas un bleu froid. Un bleu profond, presque nuit, celui des ciels qu'on voit juste avant que les étoiles apparaissent. Les murs. Les rideaux épais qui tombaient du plafond jusqu'au sol. Le dessus-de-lit en velours sombre.
Tout était beau.
Tout était silencieux.
Tout me terrifiait.
Je n'avais pas allumé la lumière. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que l'obscurité me donnait l'illusion de ne pas vraiment être là. De ne pas vraiment exister dans cet endroit. De pouvoir fermer les yeux et me réveiller ailleurs — dans notre petit appartement, avec l'odeur du café que ma mère préparait trop tôt le matin, et le bruit de la télévision qu'elle laissait allumée toute la nuit parce qu'elle avait peur du silence.
Je restai assise au bord du lit.
Longtemps.
Les mains sur les genoux.
Le tissu de la robe — cette robe noire qu'ils m'avaient mise de force — glissait légèrement sous mes doigts. Je la regardai. Cette robe qui n'était pas à moi. Ces talons qu'on m'avait chaussés sans me demander. Ce maquillage que je sentais encore sur ma peau comme une couche de mensonge.
Je voulais me laver.
Je voulais effacer tout ça.
Mais pour aller où ensuite ?
La femme — Giulia — avait été douce.
C'était presque déstabilisant, cette douceur, dans cet endroit. Elle m'avait montré la salle de bain attenante. Le bain déjà rempli, l'eau légèrement fumante, des serviettes blanches pliées avec une précision qui me semblait appartenir à un autre monde. Elle avait posé sur le bord du lavabo un savon, une crème, des produits dont les noms étaient écrits en italien.
Elle m'avait dit : "Il y a des vêtements dans l'armoire. Prenez ce qui vous convient."
Pas : "Monsieur De Luca a dit."
Pas : "Vous devrez."
Juste : "Prenez ce qui vous convient."
Comme si j'avais le choix de quoi que ce soit.
Elle était repartie sans bruit. La porte s'était refermée avec un clic presque imperceptible.
Et j'étais restée seule.
Je regardai la porte.
Pas la porte de la salle de bain.
L'autre.
Celle qui donnait sur le couloir.
Il n'y avait pas de verrou côté intérieur. J'avais vérifié immédiatement — réflexe, geste rapide, les doigts qui cherchaient quelque chose à tourner, à pousser, à bloquer. Rien. Juste une poignée dorée et le bois épais de la porte.
Bien sûr.
Pourquoi y aurait-il un verrou ?
Les prisons n'en mettent pas à l'intérieur des cellules.
Je serrai les mains sur mes genoux.
Il avait dit : "Personne ne te touchera."
Ces mots exacts.
Je les avais entendus. Je les avais enregistrés. Et en même temps — en même temps — mon cerveau refusait de les croire complètement. Parce que j'avais aussi entendu d'autres choses ce soir. Des hommes qui souriaient en regardant mon corps. Un présentateur qui prononçait le mot " vierge" comme une valeur marchande. Des enchères qui montaient, montaient, montaient jusqu'à un chiffre tellement obscène que ma tête ne pouvait plus le contenir.
Cent millions.
Pour moi.
Pour une nuit avec moi.
Adriano De Luca avait payé cent millions d'euros.
Les hommes qui payaient cent millions pour quelque chose ne le laissaient pas intouché.
Le temps passa.
Je ne savais pas combien. La chambre n'avait pas d'horloge visible. La pluie continuait dehors — ce bruit régulier contre les vitres qui aurait pu être apaisant dans une autre vie. Dans une autre nuit.
Je finis par me lever.
Mes jambes étaient encore légèrement instables. Comme après une longue course — cette fatigue qui vient des muscles mais aussi d'ailleurs, de plus profond, de l'endroit où on stocke la peur quand on n'a plus la place de la porter à l'extérieur.
J'allai dans la salle de bain.
Je me regardai dans le miroir.
Je mis plusieurs secondes à reconnaître la fille en face de moi.
Les yeux étaient les miens. Mais le reste — ce maquillage sombre, ce fard qui avait légèrement coulé sous l'œil droit, ces lèvres trop rouges, ces cheveux qu'on avait relevés d'une façon que je ne choisissais jamais — ce n'était pas moi.
C'était la fille qu'ils avaient construite pour la vente.
Je défis mes cheveux.
Ils tombèrent sur mes épaules. Mieux. Un peu mieux. Je retirai les faux cils — cette opération ridicule, maladroite, les doigts qui tiraient trop fort. Je frottai mon visage avec le savon jusqu'à ce que le rouge disparaisse, jusqu'à ce que le noir sous mes yeux s'efface, jusqu'à ce que ma peau retrouve sa couleur normale — cette pâleur ordinaire que je n'avais jamais trouvée belle et qui, ce soir, me semblait être la seule chose vraie qui me restait.
Je me regardai à nouveau.
Là.
C'était moi.
Lina Morel. Vingt et un ans. Étudiante en troisième année de lettres. Fille d'une femme malade et d'un homme mort qui lui avait laissé des dettes à la place de souvenirs. Quelqu'un qui mangeait une fois par jour quand les fins de mois étaient trop courtes. Quelqu'un qui n'avait jamais voyagé plus loin que Lyon.
Quelqu'un qui venait d'être vendue aux enchères pour cent millions d'euros.
Je détournai les yeux du miroir.
Je trouvai les vêtements dans l'armoire.
Grande. En bois sombre. Elle sentait le cèdre quand je l'ouvris. À l'intérieur — des affaires de femme. Plusieurs tailles. Propres, soigneusement pliées. Comme si on avait anticipé. Comme si cette chambre avait déjà accueilli d'autres femmes avant moi.
Cette pensée me fit froid dans le dos.
Je pris le plus simple que je trouvai — un pantalon de coton beige, un tee-shirt blanc à manches longues. Des vêtements ordinaires. Des vêtements qui couvraient. Je les enfilai rapidement, comme si me rhabiller vite pouvait constituer une forme de protection.
Je retirai les talons.
Mes pieds nus sur le marbre froid de la salle de bain.
Mieux.
Infiniment mieux.
Je retournai dans la chambre.
La pluie avait forcé.
Je l'entendais maintenant frapper les vitres avec plus d'insistance. Derrière les rideaux épais, une lumière bleutée filtrait — les jardins éclairés de l'extérieur. Je m'approchai légèrement. Je soulevai un coin du rideau.
Des grilles.
Hautes. Noires. En fer forgé.
Et au-delà — la ville, lointaine, ses lumières floues sous la pluie. Elle existait encore. Le monde normal existait encore, là-bas, à quelques kilomètres. Des gens rentraient chez eux. Des gens dînaient. Des gens regardaient la télévision en se plaignant qu'il n'y avait rien de bon.
Des gens qui n'avaient aucune idée de ce que c'était.
Je laissai retomber le rideau.
Je me retournai vers la chambre.
Vers le lit.
Ce lit immense. Trop grand. Les draps d'un blanc immaculé. Des oreillers en trop grand nombre pour une seule personne.
Et là — là — la peur revint.
Vraiment.
Pas la peur sourde et constante qui m'habitait depuis des heures. Non. Quelque chose de plus précis. De plus physique. Une peur qui commença au creux de mon ventre et remonta lentement le long de ma colonne vertébrale.
Parce que la nuit avançait.
Parce que j'étais dans sa maison.
Parce qu'il avait payé cent millions.
" Personne ne te touchera."
Est-ce qu'il avait vraiment dit ça ?
Ou est-ce que j'avais voulu l'entendre ?
Est-ce que les hommes comme Adriano De Luca — les hommes qui dirigeaient des réseaux mafieux, qui achetaient des femmes dans des salles de vente clandestines, qui faisaient tomber le silence rien qu'en prenant la parole — est-ce que ces hommes-là respectaient leur propre parole ?
Je m'assis sur le lit.
Je me relevai presque immédiatement.
Trop réel. M'asseoir sur ce lit, c'était accepter quelque chose. Je ne savais pas quoi exactement. Juste — quelque chose.
Je fis quelques pas dans la chambre.
Revins vers le lit.
M'assis à nouveau — cette fois sur le tout bord, les pieds à plat sur le sol, comme pour me rappeler que je pouvais me lever à tout moment.
Il va venir.
La pensée arriva sans prévenir.
Nette. Certaine. Brutale.
"Il va venir, et tu ne pourras pas l'en empêcher, et il a payé cent millions d'euros pour ça, et tu savais ce que c'était en venant, tu le savais, Lina, tu le savais—Il viendra prendre ta virginité et tu ne pourras rien y faire "
— Arrête.
Ma propre voix dans le silence de la chambre me fit presque sursauter.
Je pressai mes mains contre mes joues.
Froide. Ma peau était froide.
Respire.
Je respirai.
Lentement.
Une fois. Deux fois.
Mon cœur refusait de ralentir.
Chaque bruit de la maison devint une menace.
Le craquement quelque part dans le couloir c'est lui.
Un bruit sourd à l'étage du dessous — il monte .
Le silence soudain de la pluie pendant deux secondes — la porte.
Je me retrouvai debout sans avoir décidé de me lever. Debout au milieu de la chambre, les bras serrés autour de moi, les yeux fixés sur la poignée dorée de la porte.
Elle ne bougea pas.
Une minute passa.
Deux.
Rien.
Je lâchai un souffle que je retenais depuis trop longtemps.
Mes jambes recommencèrent à trembler.
Je m'appuyai contre le mur à côté de l'armoire. Le bois était frais dans mon dos. Je fermai les yeux.
Pense à maman.
Elle était soignée. Il avait dit ça. Ses soins seront payés, cette nuit, avant que tu te couches. Est-ce que je pouvais croire ça aussi ? Est-ce que je pouvais croire quoi que ce soit qui sortait de la bouche d'un homme comme lui ?
Mais il n'avait pas menti sur le reste.
Pas encore.
La chambre était réelle. Le bain était réel. Giulia et sa douceur étrange étaient réelles.
Peut-être.
Peut-être qu'il a vraiment dit la vérité.
Peut-être que cette nuit, rien ne se passera.
Peut-être.
Je rouvris les yeux.
La poignée était toujours immobile.
Je ne sais pas à quel moment je finis par m'allonger.
Je ne m'en souviens pas exactement. À un moment, mes jambes ont refusé de me porter plus longtemps. À un moment, le mur n'a plus suffi. Je me retrouvai sur le lit — sur le dessus-de-lit, pas en dessous, comme si me glisser sous les draps aurait été une forme d'abandon que je ne pouvais pas me permettre.
Allongée.
Sur le côté.
Face à la porte.
Les yeux ouverts.
Je gardai les yeux ouverts longtemps. Très longtemps. Fixés sur cette poignée dorée qui ne bougeait pas. Fixés sur le rai de lumière faible qui filtrait sous la porte depuis le couloir.
Si ce rai de lumière disparaissait — si une ombre le coupait — je le saurais.
Je le verrais.
J'aurais au moins ça.
La pluie reprit doucement.
Ce bruit-là, régulier, presque patient, il finit par faire quelque chose à ma respiration. Il l'accompagna. Malgré moi. Malgré tout.
Mes yeux pesaient.
Non.
Je refusai.
Je ne pouvais pas dormir. Pas ici. Pas cette nuit. Pas sans savoir si—
Mes yeux se fermèrent.
Je les rouvris.
Se refermèrent.
Le rai de lumière sous la porte.
Toujours là.
Aucune ombre.
La pluie.
Ce lit qui sentait quelque chose de propre, de neutre, de blanc — une odeur qui n'appartenait à personne.
Juste cette nuit, me dis-je.
Reste éveillée juste cette nuit.
Juste—
Je m'endormis.
Sans m'en rendre compte, sans l'avoir décidé, comme une chose qui se fait malgré soi quand le corps n'en peut vraiment plus.
CHAPITRE 94 — ÉPILOGUELE POINT DE VUE DE LINALe jardin était plein de monde ce dimanche après-midi.Je m'arrêtai un instant sur le perron pour regarder cette scène — cette vie qui s'était construite ici, dans cet endroit où j'avais eu si peur la première nuit, où j'avais refusé une chaise roulante par orgueil, où j'avais cueilli des anémones blanches dans ma tête avant même de comprendre ce qu'elles signifiaient.Sofia courait entre les massifs de fleurs, ses boucles sombres rebondissant à chaque pas, poursuivie par un petit garçon de deux ans qui riait aux éclats.Léo.Notre fils.Ces yeux noirs qu'il avait hérités de son père, ce sourire qu'il tenait de moi selon Giulia — cette enfant qui était arrivé un matin de février, dix-huit mois après cette journée dans le bureau d'Adriano où j'avais posé ce test sur son bureau.— Maman ! cria Sofia. Léo veut pas me donner le ballon !— Léo, dis-je en m'approchant. Partage avec ta sœur.Il me regarda avec cette expression que je connaissai
CHAPITRE 93 LE POINT DE VUE DE LINAJe remarquai le retard d'abord.Cette régularité que j'avais toujours eue — ce calendrier interne que je connaissais depuis l'adolescence et qui ne s'était jamais vraiment trompé. Cette fois il y avait deux semaines de retard.Je n'y pensai pas immédiatement.Le stress, m'étais-je dit. Ces derniers mois — le deuil, le mariage, Florence, ce retour à une vie qui essayait de retrouver son rythme normal. Le corps réagissait parfois à ces choses-là.Puis cette fatigue.Cette nausée légère le matin, ces deux derniers jours, juste après le café — cette odeur qui me retournait l'estomac alors que je l'aimais depuis toujours.Je restai assise sur le bord du lit un matin, ce café que je venais de refuser pour la première fois de ma vie posé devant moi, et quelque chose se mit en place dans ma tête.Je sortis discrètement.La pharmacie était à dix minutes de la villa.Je marchai vite — cette envie de savoir, ce besoin presque urgent de confirmer ou d'infirmer
CHAPITRE 92LE POINT DE VUE DE LINAL'avion atterrit en fin d'après-midi.Florence.Ce nom — que j'avais entendu toute ma vie dans la bouche de ma mère, ces histoires qu'elle racontait, ces photos qu'elle découpait dans des magazines qu'elle ne pouvait pas s'offrir, ce rêve qu'elle avait porté pendant des décennies sans jamais réussir à le réaliser.Je le voyais maintenant.Cette ville depuis le hublot — ces toits orange, cette rivière qui la traversait, ce dôme immense qu'on apercevait déjà au loin.J'avais le visage contre la vitre.— Tu pleures, dit Adriano doucement.— Un peu.— On peut encore faire demi-tour si—— Non.Je me retournai vers lui.— Non. Je veux être ici. C'est juste—— Je sais.Il prit ma main.— Elle est là d'une certaine façon, dis-je.— Oui.— Tu trouves ça idiot ?— Non. Je trouve ça vrai.L'hôtel donnait sur l'Arno.Cette chambre — haute, ces fenêtres anciennes, ce balcon qui surplombait la rivière et qui, au loin, offrait une vue sur le Ponte Vecchio. Cette l
CHAPITRE 91LE POINT DE VUE DE LINALe téléphone.Ce fut la première chose — pas le plafond, pas la lumière, pas le bruit de la fontaine dehors. Le téléphone sur la table de nuit qui existait là avec cette présence particulière des objets auxquels on pense avant même d'être complètement réveillé.Je savais ce qui allait se passer.Je l'avais su hier soir en m'endormant — ce moment qui viendrait, ce matin qui arriverait, ce réveil où pendant une fraction de seconde tout serait normal et puis.Et puis.Je gardai les yeux fermés encore quelques secondes.Adriano était là — ce souffle régulier à côté de moi, cette chaleur, cette présence.J'ouvris les yeux.Le plafond.Le téléphone.Je le pris.Pas d'appel manqué de ma mère.Bien sûr.Plus jamais d'appel manqué de ma mère.Cette pensée — simple, concrète, cette réalité qui prenait forme dans la banalité d'un écran de téléphone.Je posai le téléphone.Regardai le plafond.Ce n'était pas un effondrement — pas ces larmes immédiates qu'on im
CHAPITRE 90LE POINT DE VUE DE MARCOLe pianiste était encore là.Je l'avais trouvé dans sa voiture — garé discrètement dans l'allée latérale, ce jeune homme de vingt-cinq ans à qui j'avais dit ce matin *restez, on vous appellera* sans lui expliquer pourquoi la cérémonie était suspendue.Il avait attendu.Six heures.Sans poser de questions.Je lui avais donné une enveloppe supplémentaire en l'appelant.Il avait dit que ce n'était pas nécessaire.Je lui avais dit que si.Dix-neuf heures.Le soleil descendait.Cette lumière — cette lumière de fin de journée de mai qui touchait les arbres du jardin et les rendait presque dorés. Ces pivoines blanches que personne n'avait enlevées. Ces bougies que Giulia avait rallumées une à une en faisant le tour des allées.Le pianiste s'installa près de la fontaine.Ces premières notes — douces, hésitantes, comme si la musique aussi prenait le temps de reprendre sa place après cette journée.Je regardai le jardin.Vide encore.Bientôt.Adriano sortit
CHAPITRE 89LE POINT DE VUE DE GIULIAJe les vis arriver depuis la fenêtre de la cuisine.La voiture — cette berline noire qui franchit les grilles lentement, sans la précipitation de quelqu'un qui rentre normalement. Ce rythme particulier des voitures qui portent quelque chose de lourd.Je posai mon torchon.Marco descendit le premier.Son visage — je lus tout sur son visage avant même qu'il ouvre la bouche. Vingt-trois ans dans cette maison. J'avais appris à lire les visages des gens qui revenaient de certains endroits.Adriano descendit ensuite.Et Lina.Cette robe.Je m'arrêtai.Cette robe de mariée — froissée, le bas taché de gravier, ce chignon défait. Ces yeux quand elle leva les yeux vers la villa.Ces yeux.Je sus immédiatement.Claire Morel n'était pas dans cette voiture.J'allai vers la porte.L'ouvris avant qu'ils arrivent sur le perron.Adriano me regarda.Une seconde — ce regard court, direct, qui disait tout sans rien dire.Je hochai la tête.Je compris.Lina entra.Ell
CHAPITRE 68LE POINT DE VUE DE LINALe silence dura longtemps.Lorenzo regardait le sol.Je le regardais.Cette cave — cette ampoule qui pendait, ce béton, cette humidité dans l'air. Ces mains dans mon dos qui commençaient à faire mal — cette circulation coupée, cette chaleur désagréable aux poigne
CHAPITRE 6 LE POINT DE VUE D'ADRIANOLa nuit sentait la pluie.Pas encore tombée. Juste présente dans l'air, lourde, suspendue au-dessus de la ville comme une menace qu'on reporte. Je connaissais ce genre de nuit. Celles où rien n'éclate vraiment mais où tout est prêt à exploser.Cette nuit resse
CHAPITRE 5LE POINT DE VUE DE LINALes chiffres montaient. Trop vite. Je n'arrivais plus à suivre. Mon cerveau refusait de les traiter. Deux millions pour quoi ? Pour qui ?Un million cinq.Deux millions.Deux millions cinq.L'homme au premier rang — le costume bleu — il a levé son verre vers moi,
CHAPITRE 4LE POINT DE VUE DE LINA — C'est à toi.Ces trois mots. Juste ces trois mots.Et j'ai senti le dernier bout de moi qui tenait encore s'effondrer.Mes jambes se sont dérobées. Pas métaphoriquement. Vraiment. Mes genoux ont lâché, et j'ai dû attraper le bord de la table en marbre pour ne p







