Share

Chapitre 4

Auteur: Marcia778
last update Dernière mise à jour: 2026-01-15 15:22:09

La maison de Logan n’était pas une maison ; c’était une demeure. Une structure moderne aux lignes épurées, semblant sortie d’un magazine d’architecture, se dressait au bout d’une allée discrètement éclairée. Emmanuella la regarda sans un émoi particulier. Elle avait grandi entre les murs d’une propriété tout aussi vaste, tout aussi froide dans sa perfection. La richesse, elle connaissait. C’était une langue qu’elle parlait couramment.

Le véritable défi apparut quand Logan ouvrit le coffre, révélant trois énormes valises Louis Vuitton. Le jeune homme laissa échapper un soupir audible, exagéré mais chargé d’une lassitude réelle. — Toutes mes excuses pour le dérangement, murmura Emmanuella, gênée. Elle n’avait pas prévu de déménager, mais sa mère avait fait envoyer ses affaires essentielles, comme si elle savait qu’elle ne reviendrait pas de sitôt.

Aucun domestique n’apparut. — Ils dorment, dit simplement Logan, en saisissant deux valises. Emmanuella s’empara de la troisième, et ensemble, dans un silence complice ponctué de bruits de roulettes sur le marbre, ils montèrent l’escalier majestueux.

Arrivés dans le couloir du premier étage, ils se retrouvèrent plantés là, entourés des bagages, deux naufragés sur le rivage de leur nouvelle vie. Emmanuella lança un regard interrogateur à Logan. Où vais-je dormir ? La question pendait entre eux, non dite mais criante.

Logan, comme s’il avait décodé son silence, prit les valises et les traîna derrière lui. Emmanuella le suivit, pénétrant dans ce qui était indéniablement la chambre principale. L’espace était vaste, épuré, dominé par des tons gris, bleu marine et bois sombre. Une baie vitrée offrait une vue spectaculaire sur les lumières de Chicago. C’était l’antre d’un homme sûr de lui, établi. Logan déposa les valises dans un coin et se retourna, croisant le regard anxieux de son… épouse.

— Tu pourras ranger tes affaires demain. Il se fait tard.

Il marqua une pause, semblant chercher ses mots. — Alors… pour la chambre. Nous allons la partager.

Emmanuella sentit son estomac se serrer.

— Bien sûr, nous ne pouvons faire autrement, vu les circonstances, poursuivit Logan, plus rapidement. Mais ne t’inquiète pas. Je vais dormir sur le canapé.

Un soulagement immense, presque vertigineux, inonda Emmanuella. Elle acquiesça d’un hochement de tête, trop émue pour parler. Ils commencèrent à se défaire de leurs tenues de cérémonie, un ballet gêné de personnes qui évitent de se regarder. Mais alors qu’Emmanuella ouvrait la première fermeture éclair de sa valise, le chaos de vêtements soyeux qui s’y trouvait la découragea aussitôt. Elle était épuisée, mentalement et physiquement.

Elle se tourna alors vers Logan, qui retirait sa montre. Et elle utilisa son arme secrète, celle qu’elle réservait d’habitude à sa mère pour obtenir ce qu’elle voulait : ses yeux. Elle les écarquilla légèrement, laissant toute la fatigue, l’innocence et une demande silencieuse s’y refléter. Sa bouche forma une petite moue.

— Logan…, appela-t-elle, et sa voix avait pris une douceur mélodieuse, presque enfantine.

Logan se retourna. Et il fut frappé de plein fouet. Le visage d’Emmanuella, dépouillé de toute fierté, était d’une vulnérabilité à couper le souffle. Ses grands yeux brillaient comme des pierres précieuses mouillées. Même sa fiancée, aux moments les plus tendres, n’avait jamais eu un regard aussi… désarmant.

— Logan, peux-tu me prêter un pyjama, s’il te plaît ? Les miens sont au fond de la valise et… je suis trop fatiguée pour chercher. S’il te plaît.

Le « s’il te plaît » final, murmuré, fut la flèche de trop. Logan sentit son propre visage s’empourprer. C’était ridicule. Absurde. Ils venaient de se marier par calcul, et le voilà, déstabilisé par un regard de chaton égaré. Sans un mot, il se dirigea vers son dressing et en ressortit avec un t-shirt et un pantalon de pyjama en coton gris clair, simples et propres.

— Tiens.

— Merci, Logan ! dit Emmanuella, un sourire radieux illuminant soudain son visage, comme si Logan venait de lui offrir un trésor.

La vue d’Emmanuella émergeant de la salle de bain quelques minutes plus tard faillit lui faire avaler de travers. Le pyjama, trop large, glissait légèrement sur une épaule, révélant une clavicule fine. Les manches recouvraient une partie de ses mains. Elle était démesurément adorable, d’une beauté décontractée et naturelle qui contrastait violemment avec l’élégance sophistiquée de tout à l’heure. Logan, déjà changé dans un pyjama assorti, se réfugia rapidement sur le large canapé en cuir du coin salon de la chambre, s’y installant avec une fermeté qui se voulait définitive.

Emmanuella se glissa sous les draps frais et lourds du lit king-size. Elle observa Logan, concentré sur l’écran lumineux de son téléphone, les doigts tapotant rapidement. Une vague de solitude la submergea. Qui pourrait-elle appeler ? Sa mère ? Elle devait célébrer sa « victoire ». Elle n’avait personne d’autre. Un bâillement involontaire, long et profond, lui échappa.

Logan leva les yeux. Dans la pénombre, il vit Emmanuella, les paupières lourdes, se blottissant dans les oreillers.

— Emmanuella, si tu es fatiguée, dors. Ne reste pas éveillée pour moi.

— Et toi… tu es sûr que dormir là ne te dérange pas ? demanda Emmanuella, sa voix déjà voilée par le sommeil, ses doigts agrippant le drap comme une ancre.

— Sûr et certain. Je finis juste ceci et j’éteins la lumière. Ne t’inquiète pas.

— Très bien… Bonne nuit, Logan.

— Bonne nuit, Emmanuella. Dors bien.

Emmanuella s’enfonça un peu plus, et en quelques respirations, son souffle devint régulier et profond. Logan baissa son téléphone, laissant la pièce sombrer dans une obscurité relative, seulement troublée par la lueur bleutée de la ville derrière la baie.

Il observa la silhouette endormie dans son lit. Tout était allé si vite. Ce matin encore, il se préparait à épouser la femme qu’il aimait – ou croyait aimer. Il aurait dû être là, dans ce lit, un bonheur légitime à ses côtés. Le destin leur avait joué un tour cruel à tous les deux. Et pourtant, en regardant le visage paisible d’Emmanuella, étrangère et pourtant déjà si présente, une émotion complexe le submergea. Ce n’était pas de l’amour. C’était peut-être le début fragile d’une alliance, née des cendres de deux rêves brisés. Une bouée de sauvetage partagée, dans l’océan incertain de leur nouvelle vie.

Continuez à lire ce livre gratuitement
Scanner le code pour télécharger l'application

Latest chapter

  • Un "Oui" De Convenance Serments Brisé   Chapitre 5

    ❍Le premier rayon de l’aube, pâle et timide, effleura les paupières closes d’Emmanuella . Elle ouvrit les yeux dans la pénombre bleutée d’une chambre qui n’était pas la sienne. Un instant de désorientation, le cœur battant, avant que la mémoire ne revienne en un flot glacé : le mariage, la maison de Logan Smith, le canapé où l’autre dormait encore.Une étrange détermination la saisit. Elle n’était pas chez elle, mais elle ne serait pas une invitée passive. Elle était l’épouse, quel que soit le sens que l’on donnait à ce mot. Silencieuse comme une ombre, elle se leva, fit son lit avec une précision militaire, les plis nets et les coins impeccables. Puis, elle se dirigea vers le dressing immense de Logan. Elle passa ses doigts sur les rangées de costumes sombres, de chemises blanches parfaitement alignées. L’odeur discrète du cèdre et d’un parfum masculin, léger et chaleureux, y régnait. Elle choisit un jean souple et un simple pull en cachemire gris perle, des vêtements qui parlaient

  • Un "Oui" De Convenance Serments Brisé   Chapitre 4

    ❍La maison de Logan n’était pas une maison ; c’était une demeure. Une structure moderne aux lignes épurées, semblant sortie d’un magazine d’architecture, se dressait au bout d’une allée discrètement éclairée. Emmanuella la regarda sans un émoi particulier. Elle avait grandi entre les murs d’une propriété tout aussi vaste, tout aussi froide dans sa perfection. La richesse, elle connaissait. C’était une langue qu’elle parlait couramment.Le véritable défi apparut quand Logan ouvrit le coffre, révélant trois énormes valises Louis Vuitton. Le jeune homme laissa échapper un soupir audible, exagéré mais chargé d’une lassitude réelle. — Toutes mes excuses pour le dérangement, murmura Emmanuella, gênée. Elle n’avait pas prévu de déménager, mais sa mère avait fait envoyer ses affaires essentielles, comme si elle savait qu’elle ne reviendrait pas de sitôt.Aucun domestique n’apparut. — Ils dorment, dit simplement Logan, en saisissant deux valises. Emmanuella s’empara de la troisième, et ensemb

  • Un "Oui" De Convenance Serments Brisé   Chapitre 3

    ❍La scène qui se déroula lorsque la future épouse de Logan apparut à l’entrée de la salle resterait gravée dans la mémoire de tous les invités. Un silence électrique, ponctué de chuchotements étouffés et de respirations retenues, s’abattit sur l’assemblée. Là où les parents de Logan s’attendaient à voir leur futur belle-fille dans sa robe, c’était une jeune femme qui avançait d’un pas ferme, la main légèrement tremblante mais le menton haut.Emmanuella Johnson était une vision d’élégance féminine. Sa robe blanche crème, taillée sur mesure, épousait ses épaules délicates et sa silhouette longiligne avec une grâce aristocratique. Ses cheveux noirs de jais, coiffés avec un naturel étudié, contrastaient avec la pâleur de son teint. Mais c’étaient ses yeux, grands et sombres, cerclés d’une lueur d’appréhension mais aussi d’une détermination farouche, qui captivaient. Elle était d’une beauté saisissante, qui fit passer un souffle collectif dans la salle.Les parents de Logan, assis au prem

  • Un "Oui" De Convenance Serments Brisé   chapitre 2

    ✍De l’autre côté de l’hôtel de luxe, dans un couloir désert baigné d’une lumière dorée, un autre cœur se brisait en silence.Logan Smith était assis par terre, le dos contre une porte anonyme, les jambes repliées contre lui. Son smoking noir impeccable contrastait avec le désordre intérieur qui le ravageait. Dans sa main serrée à blanc, un morceau de papier parchemin froissé, à peine lisible sous les traces de larmes séchées.« Logan, je ne peux pas. Je ne t’aime pas assez pour dire ‘oui’ devant tout le monde. Pardonne-moi. Sois heureux. »Trois lignes. Trois lignes pour balayer trois ans de vie commune, de projets, de rires partagés, d’amour qu’il croyait réel. Elle avait choisi de le lui apprendre par une note glissée sous la porte de sa chambre, sans un adieu en face, sans un dernier regard.— Merde…, gronda-t-il, la tête renversée contre le bois. Un son rauque, plein de colère rentrée et de désespoir.Tout était prêt. La salle de bal décorée de milliers de fleurs blanches, les de

  • Un "Oui" De Convenance Serments Brisé   Chapitre 1

    ★♪★Un cri d’angoisse déchira le silence feutré de la suite nuptiale, cristallisant toute la tension qui y régnait.— Calme-toi, maman, s’il te plaît.La voix d’Emmanuella Johnson était douce, posée, mais une fine fissure y tremblait malgré tout. Elle était assise sur le bord du canapé de velours, immaculée dans sa robe blanche et argentée, un bouquet de lys oublié à ses pieds. Elle avait l’air d’une peinture précieuse, d’une beauté presque irréelle avec ses traits fins et ses grands yeux sombres, mais son regard était fixé sur le vide.Face à elle, Leslie Johnson arpentait la pièce comme une lionne en cage. À cinquante-cinq ans, elle était toujours l’incarnation d’un pouvoir et d’un charisme magnétiques. Ses cheveux d’ébène étaient coiffés avec une sévérité élégante, sa robe de soirée moulante épousait une silhouette qui défiait le temps. Mais son masque de contrôle craquelait, révélant une vulnérabilité brutale, maternelle et féroce.— Me calmer ? Comment veux-tu que je me calme ? m

Plus de chapitres
Découvrez et lisez de bons romans gratuitement
Accédez gratuitement à un grand nombre de bons romans sur GoodNovel. Téléchargez les livres que vous aimez et lisez où et quand vous voulez.
Lisez des livres gratuitement sur l'APP
Scanner le code pour lire sur l'application
DMCA.com Protection Status