Share

Chapitre 5

Auteur: Marcia778
last update Dernière mise à jour: 2026-01-15 15:33:46

Le premier rayon de l’aube, pâle et timide, effleura les paupières closes d’Emmanuella . Elle ouvrit les yeux dans la pénombre bleutée d’une chambre qui n’était pas la sienne. Un instant de désorientation, le cœur battant, avant que la mémoire ne revienne en un flot glacé : le mariage, la maison de Logan Smith, le canapé où l’autre dormait encore.

Une étrange détermination la saisit. Elle n’était pas chez elle, mais elle ne serait pas une invitée passive. Elle était l’épouse, quel que soit le sens que l’on donnait à ce mot. Silencieuse comme une ombre, elle se leva, fit son lit avec une précision militaire, les plis nets et les coins impeccables. Puis, elle se dirigea vers le dressing immense de Logan. Elle passa ses doigts sur les rangées de costumes sombres, de chemises blanches parfaitement alignées. L’odeur discrète du cèdre et d’un parfum masculin, léger et chaleureux, y régnait. Elle choisit un jean souple et un simple pull en cachemire gris perle, des vêtements qui parlaient de décontraction chic. Les porter, c’était comme endosser temporairement la peau de son mari, une intimité indirecte qui la fit à la fois frissonner et se sentir plus en contrôle.

Dans la salle de bain en marbre blanc, elle posa les vêtements sur un tabouret en bois clair et entreprit de se dévêtir. Ses propres vêtements de la veille, froissés et porteurs des relents de la réception, furent déposés avec soin dans un panier en osier. Elle ouvrit les placards à la recherche d’une brosse à dents neuve, son cœur faisant un petit bond de victoire enfant quand elle en trouva un pack, encore scellé. Elle se brossa les dents, le goût mentholé frais contrastant avec l’amertume de la nuit.

Puis elle entra dans la cabine de douche en verre dépoli. Le jet d’eau chaude qui s’abattit sur elle fut un soulagement physique intense. Elle ferma les yeux, laissant l’eau ruisseler sur son visage, son cou, ses épaules tendues, comme pour laver non seulement la sueur mais aussi le résidu de peur et de confusion. Elle s’y attarda, savourant ce moment où elle n’était qu’un corps sous l’eau, sans attente, sans regard. Un soupir profond, presque un gémissement de bien-être, lui échappa, résonnant dans l’espace carrelé.

Une fois sèche, enveloppée dans une serviette moelleuse, elle enfila les vêtements de Logan. Le pull était trop large aux épaules, les manches recouvraient le bout de ses doigts. Elle se regarda dans le miroir brumeux. L’effet était… différent. Moins parfait, moins contrôlé que dans ses propres vêtements sur mesure. Plus doux. Plus vulnérable, peut-être. Elle se coiffa du mieux qu’elle put, acceptant cette version d’elle-même.

Son regard se porta alors vers la pile de vêtements soigneusement préparés par Logan la veille. Une idée germa. Elle ouvrit le dressing à nouveau et, avec un œil critique qu’elle tenait de sa mère pour la mise en scène, elle choisit un costume. Un bleu marine profond, presque noir, avec une fine rayure argent presque imperceptible. Une chemise blanche en coton égyptien, une cravate en soie bleu saphir et des chaussures en cuor italien assorties. Elle disposa le tout sur le dossier d’une chaise, comme une offrande, une marque de considération muette.

Satisfaite, elle quitta la chambre. Les couloirs étaient silencieux, la maison encore endormie. Mais en approchant de la cuisine immense, aux murs blancs et aux plans de travail en granit, des bruits de vie lui parvinrent : le chuchotement d’une bouilloire, le cliquetis de la vaisselle.

— Bonjour ! s’exclama-t-elle en franchissant le seuil, un sourire poli aux lèvres.

Le spectacle qui s’offrit à elle la figea net. Trois employés – une femme d’un certain âge en uniforme, un jeune homme en tablier et un majordome à l’allure digne – s’étaient interrompus net, leurs regards se rivant sur elle comme si elle était un fantôme. Plus précisément, sur ses vêtements. Le silence qui suivit fut lourd, chargé d’une incompréhension palpable. Leurs yeux allaient du pull trop large au jean, puis à son visage inconnu. Des chuchotements fusèrent, bas et précipités.

« C’est qui ? » « Comment elle est entrée ? » « Elle porte les affaires de Monsieur ! » « Et Mademoiselle Lise ? Où est la fiancée ? »

Emmanuella sentit la chaleur lui monter aux joues. Elle n’était pas une bête de foire. Elle se racla la gorge, un peu plus fort qu’intentionnellement.

— Excusez-moi ! fit-elle, interrompant leur conciliabule.

Tous les regards se tournèrent vers elle, surpris et légèrement coupables.

— Je… j’aimerais simplement préparer un petit déjeuner pour mon mari, c’est possible ? demanda-t-elle, s’efforçant de garder une politesse exquise malgré le nœud d’inconfort dans sa poitrine.

Le mot « mari » tomba comme une pierre dans une mare tranquille. La femme de charge porta une main à sa bouche. Le jeune homme aux yeux ronds ouvrit une bouche béante. Le majordome, plus composé, afficha une stupéfaction parfaite.

« Mari ? » « Mais Monsieur Logan devait épouser… » « Il s’est passé quoi hier soir ? »

Ils étaient si absorbés par leur sidération mutuelle qu’ils en oubliaient complètement sa présence. Emmanuella poussa un soupir exaspéré. Elle en avait assez des regards, des suppositions, des jugements. Sans attendre une réponse qui ne venait pas, elle hocha simplement la tête et se dirigea résolument vers les plans de travail. Elle n’avait pas besoin de permission pour prendre soin de son foyer.

Elle se mit à l’œuvre avec une concentration intense. Elle trouva de la farine, des œufs, du lait. Ses mouvements étaient précis, presque dansants. Elle ne cuisinait pas souvent, mais elle avait observé les chefs de sa mère. Quand les crêpes furent dorées et parfumées, elle dressa la table de la salle à manger adjacente avec une élégance innée : nappe de lin, porcelaine fine, couverts en argent, un petit vase avec une rose unique cueillie dans le jardin. C’était un tableau parfait, un mensonge parfaitement mis en scène.

De retour dans la chambre, elle entendit l’eau couler dans la salle de bain. Elle se mit aussitôt à ranger, pliant le drap et la couverture du canapé avec soin, rangeant l’oreiller. Puis, s’asseyant par terre au milieu du tapis moelleux, elle ouvrit sa première valise, déterminée à s’approprier un petit coin de cet espace.

C’est à ce moment que la porte de la salle de bain s’ouvrit, libérant un nuage de vapeur parfumée. Logan Smith apparut, une serviette autour de la taille, une autre sur les épaules, la peau encore humide et les cheveux mouillés plaqués en arrière. Ses yeux tombèrent sur Emmanuella, puis sur ses propres vêtements que portait la jeune femme.

— Bonjour toi… Tu t’es levée tôt, murmura-t-il, une note de surprise dans la voix encore ensommeillée.

Emmanuella se leva, un léger sourire aux lèvres, et s’approcha.

— Ce sont… mes vêtements ? demanda Logan, un sourcil légèrement levé, le regard parcourant la silhouette d’Emmanuella vêtue de son pull.

— Oui. Ils me vont bien, n’est-ce pas ? rétorqua-t-elle, faisant une petite pirouette pour montrer l’effet, un mélange de défi et de sincérité dans les yeux.

— Oui. Très bien même, admit Logan, une lueur indéchiffrable au fond du regard. Merci pour… les miens, ajouta-t-il en désignant le costume préparé.

— Ce n’est rien. Je veux juste que mon mari soit beau, dit Emmanuella simplement, en s’approchant pour l’aider avec sa cravate. Ses doigts étaient agiles, sûrs.

Logan la laissa faire, observant le visage concentré si près du sien. — Alors je pense que je vais te laisser gérer ça. Et… que vas-tu faire aujourd’hui ?

— Je ne te laisse pas le choix de toute façon, rétorqua-t-elle avec un petit sourire en coin. Et moi, je n’ai pas grand-chose à faire. Ranger mes affaires. Et… te préparer ton déjeuner.

— Tu n’es pas obligée, Emmanuella, ne te force pas, dit Logan, son sourire s’estompant. Tu peux te promener, explorer… Ne fais pas tout ça par devoir.

Emmanuella leva les yeux, ses doigts s’immobilisant sur le nœud de la cravate. Son expression se fit sérieuse, presque grave.

— Tu sais, Logan… je peux comprendre ta position. Mais comprends la mienne. Nous voilà mariés. Contraints de vivre ensemble. Ma mère m’a toujours dit que je ne trouverais personne, que personne ne serait jamais « à ma hauteur ». Elle disait ça pour me protéger, ou pour me garder pour elle, je ne sais plus. Et pourtant… elle t’a choisi toi. Sans hésiter. Peut-être que ce n’était pas de l’amour, mais c’était un choix. Alors même si notre mariage n’en est pas un, au début… nous pouvons au moins être des alliés. Des amis, peut-être. Et alors… laisse-moi faire mon devoir. En tant que ton épouse. C’est le seul rôle que je sais jouer pour l’instant.

Les mots, prononcés d’une voix douce mais ferme, résonnèrent dans la chambre silencieuse. Logan la regarda, cherchant la supercherie, la manipulation, mais ne vit qu’une franchise désarmante et une profonde solitude. Il acquiesça lentement, ne trouvant rien à répondre qui ne sonne faux. Il se contenta de sourire et, dans un geste impulsif, posa sa main sur la tête d’Emmanuella, ébouriffant ses cheveux soigneusement coiffés.

— Hé, arrête ! Tu me décoiffes ! protesta-t-elle, ses joues se gonflant dans une moue indignée qui la faisait paraître encore plus jeune. Viens plutôt prendre ton petit-déjeuner avant qu’il ne refroidisse.

— Tu m’as fait un petit-déjeuner ? demanda Logan, étonné, tandis qu’ils quittaient la chambre.

— Oui. Mais tes employés m’ont regardée d’une drôle de façon, glissa Emmanuella en descendant l’escalier, une pointe d’amertume dans la voix.

Arrivé en bas, Logan s’arrêta net. Il sentit le poids du malaise, les regards furtifs. Il prit une inspiration et rassembla d’un ton clair tous les employés dans le grand hall.

— Bonjour à tous !

— Bonjour, Monsieur ! répondirent-ils en chœur, les regards fuyants.

— Je suis là pour vous présenter officiellement Emmanuella Johnson, dit Logan en plaçant une main ferme sur l’épaule d’Emmanuella, qui se raidit légèrement. Mon épouse.

Continuez à lire ce livre gratuitement
Scanner le code pour télécharger l'application

Latest chapter

  • Un "Oui" De Convenance Serments Brisé   Chapitre 5

    ❍Le premier rayon de l’aube, pâle et timide, effleura les paupières closes d’Emmanuella . Elle ouvrit les yeux dans la pénombre bleutée d’une chambre qui n’était pas la sienne. Un instant de désorientation, le cœur battant, avant que la mémoire ne revienne en un flot glacé : le mariage, la maison de Logan Smith, le canapé où l’autre dormait encore.Une étrange détermination la saisit. Elle n’était pas chez elle, mais elle ne serait pas une invitée passive. Elle était l’épouse, quel que soit le sens que l’on donnait à ce mot. Silencieuse comme une ombre, elle se leva, fit son lit avec une précision militaire, les plis nets et les coins impeccables. Puis, elle se dirigea vers le dressing immense de Logan. Elle passa ses doigts sur les rangées de costumes sombres, de chemises blanches parfaitement alignées. L’odeur discrète du cèdre et d’un parfum masculin, léger et chaleureux, y régnait. Elle choisit un jean souple et un simple pull en cachemire gris perle, des vêtements qui parlaient

  • Un "Oui" De Convenance Serments Brisé   Chapitre 4

    ❍La maison de Logan n’était pas une maison ; c’était une demeure. Une structure moderne aux lignes épurées, semblant sortie d’un magazine d’architecture, se dressait au bout d’une allée discrètement éclairée. Emmanuella la regarda sans un émoi particulier. Elle avait grandi entre les murs d’une propriété tout aussi vaste, tout aussi froide dans sa perfection. La richesse, elle connaissait. C’était une langue qu’elle parlait couramment.Le véritable défi apparut quand Logan ouvrit le coffre, révélant trois énormes valises Louis Vuitton. Le jeune homme laissa échapper un soupir audible, exagéré mais chargé d’une lassitude réelle. — Toutes mes excuses pour le dérangement, murmura Emmanuella, gênée. Elle n’avait pas prévu de déménager, mais sa mère avait fait envoyer ses affaires essentielles, comme si elle savait qu’elle ne reviendrait pas de sitôt.Aucun domestique n’apparut. — Ils dorment, dit simplement Logan, en saisissant deux valises. Emmanuella s’empara de la troisième, et ensemb

  • Un "Oui" De Convenance Serments Brisé   Chapitre 3

    ❍La scène qui se déroula lorsque la future épouse de Logan apparut à l’entrée de la salle resterait gravée dans la mémoire de tous les invités. Un silence électrique, ponctué de chuchotements étouffés et de respirations retenues, s’abattit sur l’assemblée. Là où les parents de Logan s’attendaient à voir leur futur belle-fille dans sa robe, c’était une jeune femme qui avançait d’un pas ferme, la main légèrement tremblante mais le menton haut.Emmanuella Johnson était une vision d’élégance féminine. Sa robe blanche crème, taillée sur mesure, épousait ses épaules délicates et sa silhouette longiligne avec une grâce aristocratique. Ses cheveux noirs de jais, coiffés avec un naturel étudié, contrastaient avec la pâleur de son teint. Mais c’étaient ses yeux, grands et sombres, cerclés d’une lueur d’appréhension mais aussi d’une détermination farouche, qui captivaient. Elle était d’une beauté saisissante, qui fit passer un souffle collectif dans la salle.Les parents de Logan, assis au prem

  • Un "Oui" De Convenance Serments Brisé   chapitre 2

    ✍De l’autre côté de l’hôtel de luxe, dans un couloir désert baigné d’une lumière dorée, un autre cœur se brisait en silence.Logan Smith était assis par terre, le dos contre une porte anonyme, les jambes repliées contre lui. Son smoking noir impeccable contrastait avec le désordre intérieur qui le ravageait. Dans sa main serrée à blanc, un morceau de papier parchemin froissé, à peine lisible sous les traces de larmes séchées.« Logan, je ne peux pas. Je ne t’aime pas assez pour dire ‘oui’ devant tout le monde. Pardonne-moi. Sois heureux. »Trois lignes. Trois lignes pour balayer trois ans de vie commune, de projets, de rires partagés, d’amour qu’il croyait réel. Elle avait choisi de le lui apprendre par une note glissée sous la porte de sa chambre, sans un adieu en face, sans un dernier regard.— Merde…, gronda-t-il, la tête renversée contre le bois. Un son rauque, plein de colère rentrée et de désespoir.Tout était prêt. La salle de bal décorée de milliers de fleurs blanches, les de

  • Un "Oui" De Convenance Serments Brisé   Chapitre 1

    ★♪★Un cri d’angoisse déchira le silence feutré de la suite nuptiale, cristallisant toute la tension qui y régnait.— Calme-toi, maman, s’il te plaît.La voix d’Emmanuella Johnson était douce, posée, mais une fine fissure y tremblait malgré tout. Elle était assise sur le bord du canapé de velours, immaculée dans sa robe blanche et argentée, un bouquet de lys oublié à ses pieds. Elle avait l’air d’une peinture précieuse, d’une beauté presque irréelle avec ses traits fins et ses grands yeux sombres, mais son regard était fixé sur le vide.Face à elle, Leslie Johnson arpentait la pièce comme une lionne en cage. À cinquante-cinq ans, elle était toujours l’incarnation d’un pouvoir et d’un charisme magnétiques. Ses cheveux d’ébène étaient coiffés avec une sévérité élégante, sa robe de soirée moulante épousait une silhouette qui défiait le temps. Mais son masque de contrôle craquelait, révélant une vulnérabilité brutale, maternelle et féroce.— Me calmer ? Comment veux-tu que je me calme ? m

Plus de chapitres
Découvrez et lisez de bons romans gratuitement
Accédez gratuitement à un grand nombre de bons romans sur GoodNovel. Téléchargez les livres que vous aimez et lisez où et quand vous voulez.
Lisez des livres gratuitement sur l'APP
Scanner le code pour lire sur l'application
DMCA.com Protection Status