Home / Romance / Un mari , deux identités / Chapitre 2 : Le Mariage 

Share

Chapitre 2 : Le Mariage 

Author: Déesse
last update publish date: 2026-02-07 05:48:32

James

Le soleil filtre à travers les vitraux de l'église, projetant des taches de couleurs vives sur la pierre ancienne. Je suis debout devant l'autel, et chaque fibre de mon être vibre d'une attente joyeuse et fébrile.

Je l’attends.

Je n’ai jamais douté, pas un seul instant, que ce jour arriverait. Depuis la première fois où j’ai vu Amelia, il y a trois mois, lors de la fête des moissons. Elle était debout près de l’étal de son père, un peu à l’écart, et elle riait avec sa sœur. Un rire clair, franc, qui a traversé le bruit de la fête pour frapper droit au cœur de mon silence. Elle ne m’a pas vu, ce jour-là. Moi, je l’ai vue. Et j’ai su.

Les démarches ont été rapides. L’accord de son père, un homme simple et droit, obtenu avec la promesse de veiller sur elle, de lui offrir une vie digne de sa douceur. Nos rencontres ont été chaperonnées, brèves, mais à chaque fois, la certitude grandissait. Dans son regard calme, dans sa façon d’écouter avec une attention profonde, dans la modestie de ses sourires, j’ai trouvé un refuge que je ne soupçonnais même pas chercher.

La musique débute, une mélodie solennelle qui emplit la nef. Tous les regards se tournent vers l’entrée.

Et la voici.

Elle avance au bras de son père, dans une robe simple de coton blanc qui semble absorber toute la lumière du matin. Elle n’est pas parée de bijoux, seulement d’une petite couronne de fleurs des champs tressée dans ses cheveux châtains. Elle est radieuse. D’une beauté si pure, si sincère, qu’elle m’arrache le souffle. Ses yeux, larges et lumineux, cherchent les miens à travers la longue allée. Quand nos regards se rencontrent, son visage s’illumine d’un sourire qui est une promesse, un cadeau. Mon propre visage se détend malgré moi, une joie immense et irrépressible déferlant en moi. Je ne peux détacher mes yeux des siens. Je vois en eux le même bonheur, la même anticipation heureuse.

Elle arrive à mes côtés. Son père place sa main dans la mienne. Sa peau est douce, un peu froide, et je la serre avec une tendresse contenue, voulant la réchauffer, voulant lui transmettre toute la force de mon sentiment.

— Bonjour, James, murmure-t-elle, la voix légèrement tremblante d’émotion.

— Bonjour, Amelia, je réponds, et ma propre voix est plus grave, chargée d’une émotion qui m’envahit. Vous êtes… plus belle que le jour.

Une douce rougeur colore ses joues. Elle baisse un instant les paupières, puis relève vers moi un regard plein de confiance.

La cérémonie n’est plus un brouillard, mais un enchantement. Chaque mot du pasteur résonne en moi avec une profonde vérité. Quand vient mon tour de dire « oui », je le prononce d’une voix claire, forte, qui porte dans toute l’église. C’est un vœu, un serment que je fais devant tous, mais surtout devant elle. Je glisse l’alliance à son doigt, un anneau d’or fin que j’ai choisi avec soin, et je sens son pouls battre rapidement sous mon toucher. Cette fois, la chaleur est là, palpable, un courant entre nous.

Je lui souris. Un vrai sourire, large, qui vient des profondeurs. Et elle me le rend, ses yeux brillant de larmes de bonheur.

Après la signature, sous les applaudissements chaleureux du village, je l’entraîne vers la sortie, sa main fermement enlacée à mon bras. Les grains de riz nous pleuvent dessus, et nous rions, abrités l’un contre l’autre. La calèche nous attend. Je l’aide à monter, mes mains encerclant sa taille avec une douceur possessive. Elle se retourne vers moi, et dans ses yeux, je lis l’excitation du départ, l’aventure qui commence.

— Prête pour votre nouvelle vie, Mrs Harrington ? je lui demande en montant à mes côtés.

— Plus que prête, Mr Harrington, répond-elle, son sourire ne faiblissant pas.

Le trajet vers l’auberge où nous avons décidé de passer notre première nuit, loin de la froide demeure familiale, est léger, bercé par nos paroles douces et nos rires étouffés. Je lui parle de la petite maison au bord de la mer que je compte lui faire visiter demain. Elle me parle de sa sœur, de son père, de son bonheur.

La chambre d’hôtel est simple mais chaleureuse, remplie de bouquets de fleurs des champs que j’ai commandés. Un feu crépite dans la cheminée. Le soleil du soir dore les murs.

Je la prends dans mes bras devant la fenêtre qui donne sur les collines.

— Enfin seuls, je murmure contre ses cheveux qui sentent le soleil et le miel.

— Enfin, répète-t-elle en se blottissant contre moi.

Nous dînons ensemble, assis près du feu, partageant le même plat, buvant dans le même verre. La gêne des premiers instants fond dans la douceur de l’intimité qui s’installe. Nous parlons peu. Les mots ne sont plus nécessaires. Le silence est complice, chargé des promesses de la nuit à venir.

Plus tard, quand la lune se lève, je la porte jusqu’au lit, déposant des baisers légers sur son front, ses paupières, le bout de son nez. Elle rougit, son souffle s’accélère, mais ses yeux ne quittent pas les miens, pleins de confiance et d’amour.

C’est à ce moment-là, alors que le monde se réduit à la lueur du feu et au bruissement des draps, que des coups violents et pressés ébranlent la porte de la chambre.

— Monsieur Harrington ! Monsieur Harrington, c’est urgent !

La voix du régisseur, paniquée, traverse le bois.

Mon corps se fige. Le rêve se brise comme du verre. Amelia sursaute dans mes bras, ses yeux s’écarquillant d’inquiétude.

— James ? Qu’y a-t-il ?

— Je… je ne sais pas, je réponds, le cœur soudain lourd.

Je me lève, enfilant à la hâte mon gilet de robe. J’ouvre la porte. Le visage de mon régisseur est décomposé, empreint d’une terreur réelle.

— Monsieur… c’est terrible. Un accident. À la mine. Un éboulement. Ils… ils disent qu’il y a des hommes pris au piège. Vos ordres sont requis immédiatement. Le contremaître est en état de choc.

Un froid glacial me parcourt la colonne vertébrale. La mine. Des vies en jeu. Mon domaine, ma responsabilité. Je me retourne vers Amelia. Elle s’est assise sur le lit, ramenant le drap contre elle, son visage d’ange dévasté par la peur et la déception.

— Je dois y aller, Amelia. Ce sont des vies humaines.

Je vois la lutte dans ses yeux. La jeune mariée qui veut son époux. La femme de cœur qui comprend l’urgence.

— Vas-y, finit-elle par dire, d’une petite voix qui se veut brave. Mais… sois prudent. Reviens-moi.

Je m’agenouille devant elle, prenant son visage entre mes mains.

— Je te le promets. Cette nuit… n’est que reportée. Attends-moi.

Je dépose un baiser fervent, rapide, sur ses lèvres. Un baiser qui est une promesse, un serment, un adieu trop bref.

Puis je sors, suivant le régisseur dans l’escalier obscur. Chaque pas qui m’éloigne d’elle est une déchirure. Le bonheur était à portée de main, chaud et vivant. Maintenant, je cours vers l’obscurité, vers le devoir, vers une urgence qui sent le drame et la poussière de charbon.

Mais au fond de moi, une pensée me suit, tenace et douce au milieu de l’angoisse : Elle m’attend. Elle m’aime. Tout ira bien.

Je n’entends pas, alors, les premiers craquements de l’édifice mensonger qui vient pourtant de se fissurer.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • Un mari , deux identités    CHAPITRE 102 — La chute

    AmeliaLe monde explose pour la seconde fois. La porte du chalet, celle par laquelle nous étions entrés, vole littéralement en morceaux, soufflée par une charge explosive contrôlée. Un mur de son et de lumière nous submerge, une déflagration qui comprime l'air dans mes poumons et m'arrache un hurlement muet. Des silhouettes noires jaillissent de partout, surgies des ténèbres, vomies par la nuit. Elles hurlent des ordres qui se superposent et s'annulent dans une cacophonie assourdissante. Des policiers d'élite en tenue d'assaut, casqués, lourdement armés, les yeux froids et impersonnels derrière les visières blindées. Le chalet tout entier est envahi en une fraction de seconde, rempli de cris, de bruit, de fureur et de bottes qui martèlent le parquet.— LÂCHEZ CETTE ARME ! COUCHÉ À TERRE ! LES MAINS SUR LA T&

  • Un mari , deux identités    CHAPITRE 101 — Le choix

    NathanielJames est là, devant moi, à portée de lame. Mon frère. Mon rival. Le mètre-étalon de toutes mes défaites. L'ennemi intime depuis le premier jour de ma vie, depuis ce berceau où il a reçu le premier regard de fierté de notre père.Il est sale, épuisé, le costume déchiré, le visage strié de sueur et de fumée. Du sang coule d'une estafilade sur sa joue, du sang aussi sur ses mains. Son sang, le sang d'un des hommes que j'ai payés, qu'importe. Mais il se tient droit. Les épaules carrées, la tête haute, il refuse de ployer. Ses yeux gris, ces yeux identiques aux miens et pourtant si différents, sont plantés dans les miens avec une intensité qui me transperce. Il n'a pas peur. C'est la chose la plus haïssable chez lui. Il n'a jamais eu peur de moi. Même quand nous &eacut

  • Un mari , deux identités    CHAPITRE 100— La confrontation

    AmeliaLa corde est rugueuse, un chanvre épais et rêche qui mord dans la chair tendre de mes poignets à chacun de mes mouvements, à chaque battement désordonné de mon pouls. Elle me lie les mains dans le dos, une étreinte inflexible qui paralyse mes bras. Mes chevilles sont prises dans le même étau de fibres dures, entravées aux pieds de la chaise en bois brut dont je sens les aspérités à travers le tissu de mon pantalon. Je suis une statue de chair et de douleur, offerte, impuissante, au centre de la pièce principale du chalet.Le feu qui crépite dans la cheminée de pierre est la seule chose vivante ici, un monstre orange et vorace qui projette des ombres dansantes et grotesques sur les murs de rondins, qui tord les formes et fait naître des démons dans chaque recoin. Il chauffe mon côté gauche jusqu'à la brûlure, une morsure constante, tandis que mon côté droit reste glacé, la peau hérissée de chair de poule. Cette dualité est une torture en soi, une allégorie de ma vie entre James

  • Un mari , deux identités    CHAPITRE 99— L'assaut

    JamesL'aube est une lame de rasoir qui fend l'horizon. Un gris d'acier trempé, glacial, qui avale les couleurs et promet la neige. Les montagnes autour du chalet ne sont plus des paysages de carte postale, mais des mâchoires de pierre qui se referment sur nous, des géants hostiles dont le silence même est une menace. Chaque respiration est une brûlure dans ma gorge, un petit nuage de buée qui se dissipe aussitôt, lacéré par un vent qui sent le métal et le sapin gelé.Je suis accroupi derrière un véhicule blindé de la police, et mon corps n'est plus qu'une tension unique, une corde prête à claquer. Le gilet pare-balles m'écrase la poitrine, un poids étranger et rassurant à la fois. L'arme de service qu'on m'a glissée entre les doigts est un bloc de glace, un objet hostile dont je n'ai jamais voulu. Mes doigts sont crispés sur la crosse striée, les jointures blanches comme des os émergés. Je n'aurais pas dû être là. Le commandant des opérations, un homme au visage taillé à la serpe qui

  • Un mari , deux identités    CHAPITRE 98 — L'enquête

    Elle lève les yeux, à contrecœur, comme une enfant punie. Son regard est fuyant, coupable, terrifié. — Tu mens. Depuis le début, tu mens. Je ne sais pas encore exactement sur quoi, je ne connais pas tous les détails. Mais tu mens, et tu mens mal. — James, je te jure sur la tête de notre mère… — Ne jure pas. Les serments ne valent rien dans ta bouche. Tu as déjà trahi ta sœur une fois, pour de l'argent et des bijoux. Pourquoi ne l'aurais-tu pas trahie une seconde fois ? Elle ouvre la bouche, la referme sans un son. Des larmes coulent sur ses joues. De vraies larmes, cette fois, des larmes de honte et de peur mêlées. — Si tu ne me dis pas immédiatement où elle est, Clara, je te détruis. Ma voix est basse, vibrante d'une rage contenue. Je te retire tout ce que tu possèdes. L'argent, les bijoux, la voiture. Je révèle à la presse ton rôle exact dans cett

  • Un mari , deux identités    CHAPITRE 97 — La cave 2

    Il se lève, prend une des bougies, se dirige vers une porte que je n'avais pas remarquée, dissimulée dans les tentures pourpres. Il l'ouvre, se retourne une dernière fois, son visage éclairé par la flamme vacillante. — Bonne nuit, mon amour. Fais de beaux rêves. Je suis là, tout près, derrière cette porte. Je veille sur toi. La porte se referme lourdement. La clé tourne dans la serrure avec un bruit définitif. Je reste seule dans la pénombre, entourée de bougies vacillantes qui dessinent des ombres mouvantes sur les murs de velours, prisonnière de cette cage dorée et souterraine. Et pour la première fois depuis mon enfance misérable, je hurle. Je hurle à m'en briser la voix, jusqu'à ce que mes poumons brûlent, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que le silence et les ténèbres épaisses. Personne ne vient. Personne ne m'entend. Je pourrais hurler pendant des jours et des nuits, pe

  • Un mari , deux identités    CHAPITRE 43 : La nuit des mensonges

    Après le dîner, nous rentrons dans le salon.La musique est douce, une mélodie lente que je ne connais pas. James me prend dans ses bras.— Danse avec moi, murmure-t-il.Je pose ma tête sur son épaule. Ses mains sont dans m

  • Un mari , deux identités    CHAPITRE 38 : Les ombres du passé

    Je me réveille en hurlant.Amelia est là, penchée sur moi, ses mains sur mon visage, ses doigts sur mes joues. Son visage est blanc, ses yeux pleins de larmes. Elle tremble. Je sens ses mains trembler.— James, qu'est-ce qui se passe ? Tu as crié, t

  • Un mari , deux identités    CHAPITRE 35 : La toile se tisse 2

    Je le regarde droit dans les yeux. Mes yeux sont clairs, calmes, sûrs.— C'est vous qui décidez. Vous pouvez inventer un nom. Un responsable fictif. Un employé, un sous-traitant, n'importe qui. Je veux juste qu'il croie que son accident n'en é

  • Un mari , deux identités    CHAPITRE 34 : La toile se tisse 1

    NathanielLe soleil se lève à peine sur la propriété quand je sors de ma chambre.La lumière est blanche, laiteuse, encore timide. Elle glisse sur les murs de pierre, caresse les vitraux du couloir, se pose sur les tableaux de famille

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status