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Chapitre 1 : Amelia

Author: Déesse
last update publish date: 2026-02-07 05:48:08

Amelia 

Mon réveil est doux, comme enveloppé dans de la soie. Les premières lueurs de l’aube filtrent à travers les fentes des volets de notre cabane, dessinant des raies dorées sur le sol de bois brut. Je respire profondément, l’odeur familière du pin, de la terre et du pain que notre père doit déjà cuire.

Aujourd’hui.

Le mot résonne dans ma poitrine, joyeux et lourd de promesses. Aujourd’hui, j’épouse James.

Ce n’est pas un mariage d’amour fou, de passion dévorante comme dans les livres que ma sœur et moi relisons en secret. C’est un mariage de convenance, arrangé, oui. Mais c’est un choix. Mon choix. James Harrington est un gentleman, respectable, d’une famille aisée dont les terres jouxtent les nôtres. Je l’ai rencontré à quelques reprises, lors de rares réceptions au village. Il était réservé, poli, avec un sourire qui ne s’affichait pas facilement mais qui, lorsqu’il apparaissait, éclairait son visage sérieux. Il m’a demandée sans fioritures, offrant sécurité et un avenir à ma famille. J’ai accepté sans hésitation. L’amour, peut-être, viendra. Pour l’instant, il y a de l’affection, du respect, et cet immense espoir qui bat en moi ce matin.

La porte de la chambre que je partage avec ma sœur grince.

— Tu es réveillée ? chuchote la voix de Clara.

— Depuis une minute. Je pense que je n’ai jamais vraiment dormi.

Elle se glisse sur le lit à côté de moi, son corps frêle se blotissant contre le mien. Ses cheveux, d’un blond plus clair que les miens, sentent le foin et le savon rustique.

— Es-tu nerveuse ?

— Heureuse, je corrige en serrant sa main. Juste heureuse. Pour moi. Pour nous. Papa ne devra plus tant travailler.

— Il est si beau, James, soupire-t-elle avec une pointe de rêverie adolescente. Si distingué.

Je hoche la tête, un sourire aux lèvres. Distingué, c’est le mot. Un peu distant, parfois, mais je mettrai cela sur le compte de la timidité ou du sérieux de son caractère. Il viendra me chercher dans l’après-midi. La cérémonie sera simple, à l’église du village. Puis nous partirons pour sa propriété. J’ai vu la demeure de loin, une grande silhouette de pierre grise derrière les arbres. Elle m’a paru imposante, presque froide. Mais nous la réchaufferons, James et moi. Nous y construirons une vie.

Je me lève, la planche de bois froide sous mes pieds nus. Je vais à la petite table de toilette, versant de l’eau fraîche du pichet dans la cuvette. Mon reflet dans le miroir ébréché me sourit. Des yeux trop grands, dit souvent Clara. Des traits simples. Mais ce matin, une lumière y danse, une anticipation joyeuse.

— Ta robe est prête, dit Clara en se levant à son tour. Elle est sur le coffre.

Je me retourne. La robe est étendue avec soin. Elle n’est pas de soie ni de dentelle coûteuse, mais d’un bon coton blanc, simple, orné d’un peu de broderie au col et aux manches que nous avons ajoutée, Clara et moi, durant les longues soirées d’hiver. Elle est parfaite.

Le bruit de pas lourds résonne dans la pièce principale, puis la voix de notre père, rauque et tendre.

— Les filles ? Le petit-déjeuner est prêt. Il faut se préparer, Amelia. Le temps passe.

— Nous arrivons, papa ! crie Clara.

Elle me prend la main, son regard brillant.

— Allons-y. Ton jour de chance commence.

Je la suis, le cœur léger, empli d’une certitude sereine. Aujourd’hui, j’épouse James Harrington. Et ma vie, notre vie à tous, va changer pour le meilleur.

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