Share

Chapitre 5

Penulis: Histoire
last update Tanggal publikasi: 2026-05-27 15:57:53

Chapitre 5

Lina

Le jour se lève à peine. Une lumière grise filtre entre les rideaux, assez pour que je voie son corps endormi à côté de moi.

Il est magnifique. Les draps remontés sur ses hanches, ses cheveux bruns en désordre sur le front, ses lèvres entrouvertes. Il respire lentement, profondément, comme un homme qui n’a jamais rien à craindre.

Je le regarde quelques secondes. Trop longtemps.

Son visage au repos est plus doux que la veille. La tension a disparu, la mâchoire n’est plus serrée, les plis autour de sa bouche se sont lissés. Il paraît plus jeune. Moins dangereux.

C’est un leurre. Je sais qu’au réveil, la glace reviendra. Ses yeux gris s’ouvriront, ils me regarderont comme on regarde une étrangère, peut-être avec un peu de gêne, peut-être avec rien. Je ne veux pas voir ça.

Je ne veux pas lui donner l’occasion de dire que cette nuit n’était rien.

Alors je me lève. Le plus silencieusement possible.

Mes vêtements sont éparpillés sur le tapis. Ma robe bleu marine, froissée. Mes talons, l’un près de la porte, l’autre sous le fauteuil. Ma lingerie fine, que j’ai enlevée hier dans un geste que je ne regrette pas.

Je m’habille en retenant mon souffle. Chaque mouvement est un risque. La fermeture éclair grince, je me fige. Il ne bouge pas. Il dort.

Je récupère mon sac, mes boucles d’oreilles sur la table de nuit. En les prenant, je vois ses doigts, posés sur l’oreiller, là où ma tête était. Ils sont longs, fins, beaux. Des doigts qui m’ont caressée, qui m’ont tenue.

Je détourne les yeux.

Je ne regarde pas son visage une dernière fois. Je ne veux pas graver ses traits dans ma mémoire. Je veux oublier. Oublier son parfum, oublier la chaleur de sa peau, oublier la façon dont il a dit mon prénom – celui qu’il a inventé – avec une douceur que je n’aurais pas cru possible.

Je marche vers la porte. Mes pieds sont nus, mes talons à la main. Le tapis est moelleux, il étouffe mes pas.

La poignée est froide. Je tourne doucement. La porte s’ouvre sans un bruit.

Je passe la tête dans le couloir. Vide. Les lumières sont tamisées, l’heure est trop matinale pour les clients, trop tardive pour le personnel. Parfait.

Je sors. Je referme la porte derrière moi, sans claquer, en la poussant jusqu’à ce que le verrou s’enclenche dans un clic à peine perceptible.

Dans le couloir, je m’accroupis pour enfiler mes talons. Mes mains tremblent. Ce n’est pas le froid. C’est la conscience que je viens de passer la nuit avec un inconnu, sans aucune garantie, sans aucun lendemain.

Je n’ai jamais fait ça. Je n’ai jamais été cette femme. Celle qui couche avec un homme rencontré la veille, sans même connaître son nom, sans lui demander s’il est marié, s’il est dangereux, s’il a des maladies. J’ai été stupide. J’ai été libre.

Je ne regrette rien.

Je traverse le couloir. Mes pas résonnent sur la moquette épaisse. L’ascenseur arrive, je monte, je descends au rez-de-chaussée. L’accueil de l’hôtel est désert. Un seul réceptionniste, occupé au téléphone, ne me voit même pas.

Je sors dans la rue.

Valésia, au petit matin, est d’une beauté crue. Le soleil n’est pas encore levé, mais le ciel est lavande, presque rose, et les façades des immeubles captent cette lumière fragile. Les rues sont vides. Un balayeur passe avec son chariot, indifférent. Une boulangerie ouvre ses volets, l’odeur du pain chaud flotte dans l’air.

Je marche. Je ne sais pas où. Je n’ai qu’une idée en tête : m’éloigner de cette suite, de cet homme, de cette nuit qui pourrait me briser si je la laissais prendre trop de place.

Mon corps est douloureux. Mes cuisses, mon dos, mes épaules. Des marques sur ma peau que je découvrirai en me déshabillant, des rougeurs aux endroits où ses mains ont appuyé, où ses dents ont mordu.

Je devrais avoir honte. Je n’ai pas honte.

J’ai peur.

Peur de vouloir recommencer. Peur de repenser à ses yeux gris et d’avoir envie de les revoir. Peur que cette nuit ne soit pas une simple parenthèse, mais le début de quelque chose que je ne peux pas contrôler.

Je m’arrête devant une fontaine. L’eau coule, claire, vive. Je me penche, je mouille mes poignets, ma nuque. L’eau glacée me réveille, efface les dernières traces de champagne, les derniers vestiges d’ivresse.

Je me regarde dans l’eau qui tourbillonne. Mon reflet est déformé, méconnaissable.

— Tu es venue à Valésia pour oublier, dis-je à voix haute. Alors oublie.

Un passant me jette un regard curieux. Je me redresse, je lisse ma robe, je remets mes cheveux derrière mes oreilles.

Je marche vers l’hôtel où j’ai laissé ma valise. Je prendrai une douche, je changerai de vêtements, je deviendrai à nouveau une femme respectable. Une analyste financière. Une employée modèle. Pas la fille qui couche avec des inconnus dans des suites impériales.

Mon téléphone vibre. Eva. Un message : Alors cette soirée ? Tu as rencontré quelqu’un ?

Je tape une réponse vague : Non. Juste dormi.

Menteuse.

Je range mon téléphone. Le soleil commence à poindre entre les immeubles, projetant des ombres longues sur le pavé. La ville s’éveille. Les gens sortent, les cafés s’ouvrent, la vie reprend.

Moi aussi, je vais reprendre.

Je vais oublier son nom que je ne connais pas, son visage que je ne veux pas me rappeler, sa peau brûlante contre la mienne.

Je vais oublier cette nuit.

Je le dois.

Arrivée à l’hôtel, je prends ma valise, je paie ma chambre. La réceptionniste me sourit, me souhaite une bonne journée. Je ne lui rends pas son sourire.

Dehors, un taxi passe. Je le héris.

— Gare, s’il vous plaît.

Dans la voiture, je regarde défiler Valésia. Les jardins suspendus, les dômes dorés, les ponts de pierre. Cette ville m’a offert une nuit d’oubli. Je ne lui en veux pas.

À la gare, j’achète un billet pour rentrer chez moi. Pas à l’appartement que je partageais avec Marc – je ne peux pas y retourner. Chez Eva, le temps de trouver un nouveau logement, un nouveau départ.

Le train entre en gare. Je monte. Je choisis une place près de la fenêtre.

Je ferme les yeux.

Je repense à ses mains sur ma peau. Je chasse l’image.

Je repense à sa voix grave. Je chasse le son.

Je repense à ses yeux gris. Je n’arrive pas à les chasser.

Le train s’ébranle. Valésia s’éloigne.

Je ne pleure pas. Je ne pleurerai pas pour un inconnu. Je ne pleurerai pas pour une nuit sans lendemain.

Je suis Lina Varel. Je suis forte. Je vais tourner la page.

Une page blanche.

Sans lui.

Lanjutkan membaca buku ini secara gratis
Pindai kode untuk mengunduh Aplikasi

Bab terbaru

  • Une nuit avec le directeur glacial    Chapitre 135

    ÉpilogueLinaLes années ont passé, douces et paisibles, comme un long fleuve tranquille après les torrents déchaînés de notre jeunesse. La propriété est toujours là, nichée dans les collines, entourée de champs de lavande et de tournesols qui ondulent sous le vent d'été. Les enfants ont grandi, ils sont devenus des adultes, ils ont quitté la maison les uns après les autres pour suivre leur propre chemin, mais ils reviennent souvent, les week-ends, les vacances, les anniversaires, et la vieille maison résonne à nouveau de leurs rires et de leurs voix.Liam a aujourd'hui vingt-huit ans. Il a suivi les traces de son père, mais pas pour devenir le Directeur Glacial, non. Il a choisi la voie de la finance éthique, il dirige la fondation Elena-Irina avec une passion et une détermination qui me rendent fière chaque jour. Il a hérité des yeux gris des Kessler, mais aussi de la bonté de son père, celle qu'Adrian a mis tant d'années à découvrir en lui. Il est marié depuis deux ans à une jeune

  • Une nuit avec le directeur glacial    Chapitre 134

    Chapitre 134AdrianLa naissance de notre cinquième enfant, une petite fille que nous avons prénommée Iris en hommage à Irina, la mère de Lina, a été le point final de notre longue histoire. Elle est venue au monde par une douce matinée de printemps, dans la chambre que nous avions préparée pour elle, entourée de ses frères et sœurs qui l'attendaient avec impatience. J'étais aux côtés de Lina, je tenais sa main, et quand la sage-femme a déposé ce petit être contre sa poitrine, j'ai vu dans ses yeux toutes les larmes qu'elle avait retenues, toutes les émotions qui la submergeaient.— Elle est magnifique, ai-je murmuré, la voix étranglée. Elle te ressemble.— Elle a tes yeux, a répondu Lina en souriant. Comme Liam, comme Elena. Les yeux des Kessler.— Les yeux de notre famille, ai-je corrigé. Pas les yeux de Viktor, pas les yeux d'un passé qui ne nous atteint plus. Les yeux de notre famille, celle que nous avons construite ensemble, à force d'amour et de courage.Les jours qui suivirent

  • Une nuit avec le directeur glacial    Chapitre 133

    Chapitre 133LinaLes jours qui suivirent l'annonce de ma grossesse furent enveloppés d'une douceur particulière, une paix que nous n'avions jamais vraiment connue auparavant, comme si toutes les tempêtes étaient définitivement derrière nous. Adrian passait son temps à mes côtés, attentionné, prévenant, posant sa main sur mon ventre à la moindre occasion, guettant les premiers mouvements du bébé avec une impatience qui me faisait sourire. Il avait insisté pour que je me repose, pour que je délègue mes activités à la fondation, pour que je prenne soin de moi et de ce petit être qui grandissait en moi.— Tu sais que ce n'est pas mon premier enfant, lui avais-je rappelé en riant. J'ai déjà fait ça quatre fois.— Je sais, avait-il répondu en me prenant dans ses bras. Mais cette fois, je suis là. Vraiment là. Pour toi, pour le bébé, pour tout. Je ne veux rien manquer.Et il était là, en effet, comme il ne l'avait pas toujours été pour les précédents. Il m'accompagnait à chaque rendez-vous m

  • Une nuit avec le directeur glacial    Chapitre 132

    Chapitre 132LinaCela faisait maintenant trois semaines que la fête avait eu lieu, trois semaines que le notaire nous avait remis les documents trouvés dans les archives de Viktor, trois semaines que nous savions la vérité sur mes origines. La vie avait repris son cours, paisible, rythmée par les rires des enfants, les repas en famille sur la terrasse, les soirées tranquilles au coin du feu. Et ce matin, alors que le soleil de juillet entrait à flots par les fenêtres de la cuisine, j'avais une nouvelle à annoncer à Adrian.Je l'avais apprise la veille, lors d'une visite chez le médecin que j'avais faite seule, sans rien dire à personne. J'avais besoin d'être sûre, besoin de voir les résultats, besoin de savourer ce secret toute une nuit avant de le partager. Et maintenant, assise à la table de la cuisine, les mains serrées autour d'une tasse de thé, j'attendais qu'il descende.Il est arrivé quelques minutes plus tard, les cheveux encore humides de la douche, vêtu d'une chemise légère.

  • Une nuit avec le directeur glacial    Chapitre 131

    Chapitre 131LinaLa fête battait son plein dans le jardin de la propriété, sous un soleil éclatant de juin qui faisait scintiller les feuilles des arbres et danser les ombres sur l'herbe fraîchement tondue. Nous avions décidé de réunir toute la famille élargie pour célébrer l'annonce de ma grossesse, une fête joyeuse et simple, sans faste ni protocole, comme nous les aimions désormais. Des guirlandes de papier coloré avaient été accrochées aux branches des chênes, des ballons multicolores flottaient dans la brise tiède, et des tables recouvertes de nappes blanches étaient chargées de plats préparés par nos soins. L'air embaumait le thym, le romarin et la lavande, et le bourdonnement des abeilles se mêlait aux éclats de rire des enfants.Les enfants, justement, étaient le cœur battant de cette fête. Liam et Théo, désormais complices comme de véritables frères, jouaient au ballon près de la vieille fontaine, leurs cris de joie résonnant dans tout le jardin. Liam, du haut de ses neuf ans

  • Une nuit avec le directeur glacial    Chapitre 130

    Chapitre 130AdrianLe test de grossesse était posé sur la table de la cuisine, un petit bâtonnet blanc qui portait en lui le poids de notre avenir, et Lina se tenait devant moi, les yeux brillants de larmes, un sourire tremblant aux lèvres. Elle ne disait rien, elle attendait, elle me laissait le temps de comprendre, d'assimiler, d'accepter cette nouvelle qui venait de bouleverser notre existence pour la énième fois. Je l'ai regardée, j'ai regardé le test, j'ai regardé à nouveau Lina, et j'ai senti mon cœur se gonfler d'une joie immense, une joie qui montait du plus profond de mon être, qui balayait tout sur son passage, qui effaçait les derniers vestiges de la peur et de la douleur.— Tu es sûre ? ai-je demandé, la voix étranglée par l'émotion, les doigts tremblants.— Sûre, a-t-elle répondu en riant à travers ses larmes, en posant sa main sur son ventre encore plat. Le médecin l'a confirmé ce matin. Nous allons avoir un autre enfant, Adrian. Un cinquième enfant.Je me suis approché

  • Une nuit avec le directeur glacial    Chapitre 2

    Chapitre 2LinaLe lounge s’appelle « Nuit Persane ». Il est caché au dernier étage d’un hôtel particulier, accessible par un ascenseur capitonné de velours rouge. J’ai payé l’entrée cinquante euros, je n’ai même pas calculé. Ma carte bleue paiera les dégâts demain. Ce soir, je veux juste ne plus p

  • Une nuit avec le directeur glacial    Chapitre 1

    Chapitre 1LinaLe restaurant est bondé. Des rires, des cliquetis de couverts, une lumière tamisée qui caresse les nappes blanches. Je suis assise en face de Marc, et je souris parce que c’est ce qu’on fait quand on est fiancée et qu’on ignore encore la vérité.Il pose sa fourchette. Il n’a presque

  • Une nuit avec le directeur glacial    Chapitre 4

    Chapitre 4AdrianJe ne l’ai pas cherchée. Elle est venue à moi, comme une vague contre un roc.La porte de la suite impériale claque derrière nous. Mes doigts sont encore imprégnés de la chaleur de son poignet, celui que j’ai saisi dans l’ascenseur pour l’empêcher de fuir. Elle ne voulait pas fuir

  • Une nuit avec le directeur glacial    Chapitre 3

    Chapitre 3LinaLa bouteille est presque vide. Mes lèvres sont sèches, ma tête tourne, et je n’ai toujours pas réussi à oublier. L’image des yeux gris est restée collée au fond de moi, comme une brûlure.Je me lève. Mes jambes sont instables, mes talons trop hauts. Je titube jusqu’au fond du lounge,

Bab Lainnya
Jelajahi dan baca novel bagus secara gratis
Akses gratis ke berbagai novel bagus di aplikasi GoodNovel. Unduh buku yang kamu suka dan baca di mana saja & kapan saja.
Baca buku gratis di Aplikasi
Pindai kode untuk membaca di Aplikasi
DMCA.com Protection Status