MasukChapitre 84
Lina
Le faire-part arriva un matin d'avril, glissé parmi les lettres et les factures que Nathan avait déposées sur la table de l'entrée avant de partir pour une réunion. Je le pris machinalement, sans y prêter attention, mes pensées tout entières tournées vers Phénix, vers ces nouveaux manuscrits que je devais lire, vers ces auteurs que je devais convaincre, vers cette gu
Chapitre 105EliasSa main est là, dans la mienne, et je n'ose pas la serrer trop fort. Nous sommes debout dans le hall du manoir, le silence nous enveloppe, et je sens encore sur mes doigts la froideur du métal de la clé qu'elle m'a rendue, comme si elle avait voulu me laisser une dernière chance de tout reprendre. Non, elle ne me l'a pas rendue. Elle l'a posée sur le bureau, avec les dossiers ouverts, les lettres étalées, les preuves de tout ce que je suis, et elle est sortie de la pièce sans un mot. Je l'ai suivie. Je l'ai rattrapée dans le hall. Et maintenant, nos mains sont jointes, et je ne sais plus quoi dire.Elle me regarde, les yeux rougis, le visage fermé, et je vois dans ses prunelles noisette une fatigue qui me serre le cœur. Elle a tout lu. Tout. Mes comptes, mes erreurs, les dossiers de mon père, les lettres que je n'avais j
Chapitre 104LinaSes mots flottent dans l'air.Je les entends. Je les comprends. Mais ils mettent du temps à atteindre mon cœur. Comme si un mur invisible les ralentissait, les filtrait, les empêchait de me toucher. Je reste immobile, les yeux fixés sur les dossiers posés sur la caisse en bois. Les photos. Les lettres. La vérité.Elias me regarde. Il attend. Ses yeux noirs sont fixes, profonds, et je vois dans leur profondeur une peur qu'il cache mal. Peur que je le rejette. Peur que je le haïsse. Peur que je parte.Je ne pars pas.Je ne bouge pas.Les larmes montent. Chaudes. Salées. Elles coulent sur mes joues, dans mon cou, sur mes lèvres. Je ne les essuie pas. Je les laisse couler. Elles sont la preuve que je suis vivante. Que je ressens. Que je ne suis pas morte à l'int&eacu
Chapitre 103EliasLa nuit est tombée sur la ville.Je l'attends dans un vieil entrepôt désaffecté, près du port. C'est un lieu neutre. Un lieu sans souvenirs. Un lieu où nos pères ne sont jamais venus. Les murs sont de béton brut, tachés par l'humidité, et l'odeur de rouille et de sel flotte dans l'air. Une seule ampoule nue éclaire le sol poussiéreux. J'ai posé les dossiers sur une caisse en bois. Les preuves. Les lettres. Les photos. Tout ce que j'ai trouvé dans le grenier.J'entends des pas.Lina apparaît dans l'embrasure de la porte. Elle porte un long manteau noir, les cheveux tirés en arrière, le visage pâle. Ses yeux me trouvent immédiatement. Elle ne sourit pas. Elle ne tremble pas. Elle avance, lente, silencieuse, comme si elle marchait vers un préc
Chapitre 102EliasLe grenier est un tombeau.Je suis assis par terre, au milieu des papiers, les jambes croisées, les mains tremblantes. La lettre de mon père est posée sur mes genoux. Je l'ai lue trois fois. Quatre fois. Cinq fois. Les mots ne changent pas. Ils ne s'adoucissent pas. Ils restent là, noirs sur le papier jauni, comme une condamnation.Je la plie. Je la glisse dans ma poche. Je me relève. Mes jambes sont engourdies, mais je ne m'arrête pas. Je ne peux pas m'arrêter. Il y a quelque chose que je n'ai pas vu. Quelque chose que je dois trouver. Une intuition. Un frisson. Une voix qui me souffle que la vérité est plus profonde encore.Je fouille. Je déplace les cartons. Je soulève les piles. Je tousse dans la poussière. Mes doigts rencontrent un dossier plus lourd que les autres. Plus ancien. Le cuir es
Chapitre 101EliasLe grenier sent la poussière et le papier jauni.J’ai ouvert la porte il y a une heure. Je suis resté sur le seuil, immobile, la main posée sur le chambranle, le cœur battant trop vite. Des cartons s’empilent contre les murs, des dossiers, des classeurs, des boîtes en fer. Les archives de mon père. Trente ans de silence, de mensonges, de secrets. Trente ans que je fuis cette pièce. Trente ans que je refuse de regarder en face ce que je savais déjà.Je fais un pas. La poussière danse dans le rai de lumière qui filtre par la lucarne. Les lattes craquent sous mes semelles. Chaque bruit me fait sursauter. Chaque ombre me fait reculer.Je m’accroupis devant le premier carton. Mes doigts tremblent. Je l’ouvre. Des feuilles. Des factures. Des lettres. L’écriture de mon p&
Chapitre 100EliasLa salle se vide.Les chaises raclent le sol, les voix s'éteignent une à une, les pas s'éloignent dans le couloir. Je reste debout près de la table, les mains à plat sur le bois froid, le micro encore chaud sous mes doigts. Mon cœur bat trop vite. Ma gorge est sèche. J'ai dit la vérité. Toute la vérité. Sans trembler. Sans reculer. Sans baisser les yeux.Je n'ai pas regardé Lina pendant la conférence. Je ne pouvais pas. Si je l'avais regardée, j'aurais perdu le fil. J'aurais oublié les mots. J'aurais oublié pourquoi j'étais là. Alors j'ai fixé l'objectif, la lumière, le vide. Et j'ai parlé.Maintenant, le silence est assourdissant. Les lumières s'éteignent une à une. Les techniciens rangent le matériel. Personne ne m'adresse la parole. Personne n'ose. Je range mes notes. Mes doigts tremblent. Je les serre pour les calmer.Mon téléphone vibre.Le nom de Lina s'affiche. Je regarde l'écran une seconde. Deux. Trois. Mon pouce hésite. Je décroche._ Allô ?_ Elias.Sa vo
Chapitre 5LinaTrois jours que je suis enfermée dans cette chambre. Trois jours que je regarde la mer sans la voir vraiment, que j'écoute les vagues sans les entendre, que je tourne en rond dans cette suite trop grande comme un animal en cage qui aurait oublié comment on respire l'air libre. Le ch
Chapitre 4LinaLe train s'ébranle dans un chuintement métallique, et je regarde Bordeaux disparaître derrière la vitre avec la sensation étrange de me détacher de ma propre vie. Les premiers rayons du soleil percent la brume matinale qui s'accroche aux toits de la ville endormie, nimbant les façad
Chapitre 3LinaLa pluie commence à tomber au moment précis où la voiture s'arrête devant mon immeuble, comme si le ciel avait attendu cet instant pour se mettre en accord avec mon âme. De grosses gouttes tièdes s'écrasent sur le pare-brise, brouillant la façade familière de cette maison qui était
Chapitre 1LinaLa lumière de cette fin d'après-midi caresse les façades bordelaises avec une douceur presque irréelle, et je me surprends à penser que le monde entier s'est mis en beauté pour moi. La robe est suspendue dans son écrin de soie, masse immaculée de tulle et de dentelle qui semble resp







