LOGINMinuit moins dix. L’entrepôt 17 se dressait dans la nuit, immense, lugubre, éclairé par la lune et par quelques lampadaires vacillants. Alexandro était garé à cinq cents mètres, dans une rue déserte, les mains sur le volant. Derrière lui, deux fourgonnettes avec ses hommes attendaient, moteurs éteints.Il regarda sa montre. Minuit moins cinq.– On y va, dit-il dans son talkie.Ils sortirent des véhicules, avancèrent à pied, silencieux comme des ombres. Alexandro avait son Glock à la ceinture, un fusil en bandoulière, un couteau à la cheville. Il était prêt à mourir.Mais il ne comptait pas mourir.Ils contournèrent l’entrepôt par l’arrière, là où la sécurité était plus faible. Alexandro avait étudié les plans – un ancien chantier naval, avec des issues de secours et des passerelles. Il fit signe à deux hommes de monter sur le toit, de neutraliser les tireurs postés en hauteur.Les coups de feu claquèrent, secs, étouffés. Deux corps tombèrent dans le vide. La voie était libre.– On ent
Mais elle continua.Pendant ce temps, Alexandro préparait son équipe. Pas seul, comme le demandait Marco. Il avait rassemblé huit hommes, des anciens militaires, armés jusqu’aux dents. Ils partiraient en deux fourgonnettes, se gareraient à distance, puis approcheraient à pied.– On le prend par surprise, dit Alexandro. On entre, on récupère Leon, on tue Marco. Dans cet ordre.– Et si Marco a des otages ? demanda Emilio.– On les libère. Ou on les pleure.Il ne parlait pas de Leon. Il pensait à Yvana. Elle n’était pas venue le voir avant son départ. Il espérait qu’elle était restée, qu’elle était en sécurité.Il ne savait pas qu’elle était déjà en route.***Leon avait perlé le compte des heures. La douleur était devenue une compagne constante, une présence obsédante qui lui mordait la main, les bras, le torse. Marco avait été créatif. Après l’auriculaire, il avait cassé l’annulaire. Après les doigts, il avait branché les électrodes sur ses tempes, ses mamelons, ses parties intimes. Le
La cicatrice barrait son visage, ses yeux gris étaient fixes, vides. Il portait une veste de cuir noire, les mains gantées.– Leon Vortex, dit Marco. Le bras droit d’Alexandro Cruz. Enfin, on se rencontre.– Toi, tu es un mort vivant, cracha Leon. Alexandro va te réduire en charpie.– Peut-être. (Marco s’approcha, lui saisit le menton, força à lever la tête.) Mais d’ici là, toi, tu vas souffrir.Il recula, prit un téléphone sur la table, filma Leon.– Dis quelque chose, ordonna-t-il.– Va te faire foutre.Marco haussa les épaules, arrêta la vidéo, l’envoya à Alexandro avec un message : Viens seul si tu veux le revoir. Demain, minuit. Je te donnerai l’adresse.Il rangea le téléphone, se tourna vers Leon.– En attendant, on va s’amuser un peu.Il prit une pince, s’approcha de la main droite de Leon.– Tu vas me dire tout ce que tu sais sur Alexandro. Ses faiblesses, ses planques, ses secrets.– Je ne dirai rien.– On verra.Marco lui saisit l’auriculaire, serra la pince. L’os se brisa a
La rue était calme, ce soir-là. Trop calme. Leon Vortex le sentit dès qu’il sortit de l’hôpital, sa béquille sous le bras, le mollet encore douloureux mais bien bandé. Il avait passé trois jours sous observation – une balle dans le mollet, rien de grave, mais les médecins voulaient s’assurer qu’il n’y avait pas d’infection. Il était impatient de rentrer, de retrouver ses habitudes, de boire un verre avec Alexandro.Sa voiture était garée au coin de la rue, une grosse berline noire, discrète mais solide. Il sortit ses clés, déverrouilla la portière, et se retourna pour jeter un dernier coup d’œil autour de lui. Rien. Juste un chat errant qui traversait la chaussée, et deux pigeons qui se disputaient un bout de pain.Il ouvrit la portière, se glissa à l’intérieur, posa sa béquille sur le siège passager.C’est à ce moment-là qu’il entendit le moteur.Une fourgonnette blanche, sans vitres arrière, se gara brutalement devant lui, bloquant la route. Une autre arriva derrière, l’enfermant. L
Ils se déshabillèrent lentement, sans hâte, sans cette urgence des nuits précédentes. Il explora son corps des lèvres et des doigts, comme s’il le découvrait pour la première fois. Elle se laissa faire, offerte, confiante. Quand il entra en elle, ce fut doux, presque fluide, leurs corps s’accordant dans un rythme lent.Elle sentit l’orgasme monter, non comme une explosion, mais comme une marée lente, inexorable. Il vint en même temps qu’elle, leurs souffles mêlés, leurs corps moites.Après, ils restèrent enlacés, sans parler. Les bougies brûlaient encore, projetant des ombres dansantes sur les murs.– Je pourrais rester comme ça pour toujours, murmura-t-elle.– Moi aussi.Mais au réveil, le lit était vide.Une note sur l’oreiller, écrite à la main : Je ne peux pas te faire confiance. Pas encore. Pardonne-moi.Elle serra le papier entre ses doigts, les larmes coulant sur ses joues.Il était parti.Elle était seule.Comme toujours.***Marco Veltrano n’avait pas l’habitude de perdre.Ma
Le salon était vide. Les hommes étaient partis, le corps de Gabriel avait été emporté, le marbre nettoyé. Il ne restait plus que l’odeur du sang, persistante, et le silence.Yvana se tenait sur le seuil, hésitante. Elle avait tout vu, cachée derrière la porte. Les coups, le hurlement, l’exécution. Elle aurait dû avoir peur – elle avait peur – mais elle ressentait aussi autre chose. De la pitié, peut-être. Ou de l’horreur. Ou quelque chose de plus trouble, qu’elle n’osait pas nommer.Alexandro était assis dans un fauteuil, le visage défait, son bras blessé posé sur l’accoudoir. Le bandage était trempé de sang – la balle avait rouvert la plaie pendant qu’il frappait Gabriel.– Laisse-moi, dit-il sans la regarder.– Tu saignes.– Je m’en fiche.Elle s’approcha, malgré son regard noir. Elle alla chercher une trousse de premiers secours dans la salle de bain, revint, s’agenouilla devant lui.– Donne-moi ton bras, dit-elle.Il hésita, puis tendit le bras. Elle défit le bandage sale, découvr







