MasukÉlianeLes murmures commencent comme une brise légère. Un froissement d'air à peine perceptible, comme le bruit que font les feuilles quand le vent se lève avant l'orage. D'abord, je ne les remarque pas. Je suis trop concentrée sur la danse, sur les bras de Kaelan autour de moi, sur le battement régulier de son cœur contre ma poitrine. Je suis dans une bulle, un cocon que nous avons tissé à deux pour nous protéger du monde extérieur. Rien ne peut m'atteindre tant que je suis dans ses bras.Mais les murmures grossissent. Ils s'amplifient. Ils passent de la brise au vent, du vent à la tempête. Ils deviennent une rumeur sourde qui parcourt la salle comme une onde de choc, puis un grondement qui s'enfle et s'enfle jusqu'à devenir une vague immense qui déferle sur la salle de bal et emporte tout sur son passage.Je relève la tête. M
J'ouvre la bouche pour répondre, et je la referme aussitôt. Parce que je n'en ai pas. Parce qu'il a raison. Parce que dans ce monde, chaque décision est un pari, chaque geste est un risque, chaque mot est une arme qui peut se retourner contre vous. Jacqueline nous avait acculés. Elle avait construit une situation où toutes les options étaient mauvaises, où chaque choix menait à une forme de défaite. Le talent de Jacqueline, c'est de vous mettre dans des situations où vous ne pouvez pas gagner. Où le mieux que vous puissiez espérer, c'est de perdre moins que prévu.— Tu n'aurais pas dû, dis-je finalement.Ma voix est faible, résignée. Je sais que j'ai perdu cet argument avant même de l'avoir commencé.— Peut-être. Mais je l'ai fait.— Tu aurais pu mourir.— Mais je ne suis pas mort.
À la vérité.La gorgée qu'il avale. Je vois sa pomme d'Adam bouger, le liquide disparaître derrière ses lèvres, la coupe qui redescend lentement. Les secondes qui s'étirent, interminables, pendant que j'attends qu'il s'effondre, qu'il pâlisse, qu'il porte la main à sa gorge en cherchant de l'air, qu'il meure devant moi sur le marbre de cette salle de bal.Et puis rien. Rien. L'absence de catastrophe. Le silence qui retombe, chargé d'une tension que personne n'ose briser.C'était un bluff. Un test. Une manipulation de plus dans la longue liste de celles que Jacqueline a infligées à Kaelan depuis qu'elle l'a ramassé dans la rue.Mais il ne le savait pas. Il ne pouvait pas le savoir. Il a bu en pensant que le verre était peut-être empoisonné, que chaque gorgée pouvait être la dernière, que le goût
Je me tourne vers Kaelan. L'adrénaline qui m'a portée pendant toute cette scène retombe d'un coup, et je sens mes jambes flageoler. Mon cœur bat trop vite, trop fort, comme s'il voulait s'échapper de ma poitrine. Mes mains tremblent, et je dois les serrer l'une contre l'autre pour les empêcher de s'agiter comme des feuilles dans le vent.— Pourquoi tu as fait ça ? demandé-je.Ma voix est basse, pressante, à peine audible dans le brouhaha de la salle.— Parce qu'il fallait qu'elle croie que nous n'avions pas peur.— Et si c'était vraiment empoisonné ?— Ça ne l'était pas.— Comment tu le sais ? Comment tu peux en être sûr ?Il me regarde. Ses yeux sont calmes, trop calmes pour quelqu'un qui vient de jouer à la roulette russe avec une flûte de champagne.— Parce qu'ell
Le verre est peut-être piégé. Peut-être pas. Je n'en sais rien. Je ne veux pas le savoir. Je ne veux pas prendre le risque de le découvrir à mes dépens. Jacqueline est capable de tout. Elle pourrait avoir empoisonné ma coupe, ou celle de Kaelan, ou les deux. Elle pourrait avoir drogué le champagne pour nous rendre plus vulnérables, plus faciles à manipuler, plus faciles à faire disparaître. Ou elle pourrait n'avoir rien fait du tout, et toute cette scène n'être qu'un test, une façon de mesurer notre peur.Mais si nous ne buvons pas, elle saura. Elle comprendra que nous avons peur, que nous nous méfions, que nous savons quelque chose. Et tout ce que nous avons construit, toute cette comédie que nous jouons depuis le début de la soirée, s'effondrera en une seconde.Kaelan me regarde. Dans ses yeux, je vois la même que
ÉlianeUn serveur passe devant nous. Il glisse à travers la foule comme un poisson dans l'eau, silhouette anonyme en veste blanche et nœud papillon noir. Sur son plateau d'argent, les coupes de champagne sont alignées comme des soldats à la parade, parfaitement symétriques, parfaitement identiques. Le liquide doré scintille sous les lustres, et les bulles montent vers la surface en chaînes minuscules, comme des prières qui s'élèvent vers un dieu qui ne répond jamais.Je ne le regarde pas vraiment. Mon regard glisse sur lui sans s'arrêter, comme on évite de regarder un précipice quand on a le vertige. Je ne veux pas boire. Je ne boirai pas. Je me suis fait cette promesse en entrant dans cette maison, et je m'y tiendrai quoi qu'il arrive. Je ne leur donnerai pas cette satisfaction. Je ne leur donnerai pas cette prise sur moi. Rien ne passera mes lèvr
KaelanLe salon est baigné de soleil. Elle est debout près de la cheminée, tournant le dos à la porte, examinant un tableau comme si elle en était encore la propriétaire.Delphine.Le temps ne lui a pas fait de blessures. Il l’a polie. Ses cheveux châtain cuivré sont plus longs, tombant en cascade
KaelanLa paix est un cristal. D’une pureté absolue, d’une solidité trompeuse. On croit pouvoir la tenir dans le creux de sa main pour toujours. Un choc suffit. Une seule vibration malvenue. Elle se fêle, puis éclate.Une semaine s’est écoulée. Une semaine de matins légers, de projets chuchotés pou
ÉlianeLa main de Kaelan est chaude et ferme autour de la mienne. Une chaleur neuve, qui n’est plus celle d’une prise de possession, mais celle d’un ancrage. Il m’entraîne non pas vers la chambre, le salon ou la terrasse, mais vers le cœur obscur de cette maison : les archives.Le long couloir de p
KaelanLe jour se lève sur un monde lavé. La chambre baigne dans une lumière pâle et propre, celle qui suit les grandes tempêtes. Éliane dort contre moi, sa tête au creux de mon épaule. Sa respiration est un souffle régulier qui scande le silence.Je n'ai pas dormi.J'ai veillé, gardien de son somm







