เข้าสู่ระบบÉlianeLe sommeil est un gouffre sans fond où je tombe, et non un lieu où je me repose. Des images hachées, déformées, m’y attendent. La lueur froide des néons dans le hangar. L’odeur de poussière et d’huile. L’étau de la peur, si physique qu’il comprime ma cage thoracique. Le visage de Delphine, lisse et curieux, penché sur moi comme sur un insecte intéressant. Et la sensation, la plus terrifiante, de l’impuissance totale. Un corps qui n’obéit plus, un esprit embrumé, piégé à l’intérieur.Je m’éveille en sursaut, un cri étouffé dans la gorge. L’obscurité est absolue, étrangère. La panique monte, immédiate, acide. Où suis-je ? Le sol est dur. L’air sent le… le feu éteint. La pierre.Puis, la conscience revient, par vagues. La voiture. La fuite. Kaelan. Le refuge.Je suis allongée sur un canapé. Une couverture rude est remontée jusqu’à mon menton. Je tourne la tête. La cheminée n’est plus qu’un amas de braises rougeoyantes. Et à côté, assis par terre, adossé au canapé, sa silhouette se
KaelanLa certitude dans sa voix me défait plus sûrement que tous les coups reçus cette nuit. Un tremblement plus profond, celui de l’âme, prend la relève du tremblement physique. Ses mains sur mes joues sont des ancres. Je ferme les yeux un instant, je m’y accroche.Quand je les rouvre, le monde s’est recentré. Sur cette pièce aux murs de pierre. Sur elle.— Il faut te reposer, je parviens à dire. Tu as besoin de dormir.— Je ne pourrai pas.— Il faut essayer.Je la guide hors de la salle de bain, vers la chambre. Un lit simple, avec une couverture épaisse en laine. L’air y est encore plus froid.— Je vais faire du feu, dis-je.Je retourne dans la pièce principale, m’accroupis devant la cheminée. Les gestes sont mécaniques, apaisants : disposer le petit bois, allumer l’allume-feu, attendre que les flammes prennent, ajouter une bûche. La lumière danse sur les pierres, apportant une chaleur qui est plus qu’une simple question de degrés.Quand je me relève et me retourne, elle est là, d
KaelanSa voix est un souffle. Je lève les yeux. Son visage est d’une pâleur de cire, sauf la mince traînée de sang séché sur sa tempe et la petite égratignure à la clavicule. Ses yeux, immenses, me fixent. Ils ne pleurent pas. Ils brûlent.— On n’est pas en sécurité ici, je dis, la voix plus dure que je ne le voudrais. Il faut partir.Elle hoche la tête, une petite moue douloureuse. Je fais le tour, monte au volant. Je démarre sans allumer les phares, nous éloignons doucement du quartier du port.Où aller ? Pas chez moi. Trop évident. Pas chez elle. La première chose que Delphine vérifiera. Un hôtel ? Traçable. La police ? Trop de questions, trop de temps perdu. Delphine sera dans le vent avant que les procédures ne commencent. Et elle aura un nouvel objectif : la vengeance pure.Un nom me vient. Le seul endroit où personne ne nous cherchera.Je prends la direction des Alpilles, loin de la ville, loin du fleuve.Le trajet est silencieux, traversé seulement par le ronronnement du mote
ÉlianeElle éclate d’un rire hystérique.— Ce n’est plus l’argent ! C’est lui ! C’est VOUS ! Vous avez tout gâché !Son doigt se crispe sur la détente. Je vois la décision se faire dans ses yeux. L’élimination de l’obstacle. Moi.Mais Kaelan a profité de cette seconde d’hésitation. Il a lâché l’homme à demi-inconscient et s’est relevé d’un bond. Il n’attaque pas Delphine. Il attrape une palette de bois pourrie près de la camionnette et la lance de toutes ses forces contre la source de lumière, le spot sur batterie.Le hangar est plongé dans une obscurité presque totale.Un cri de surprise de Delphine. Un coup de feu part, aveugle, explosant dans le silence avec un éclair aveuglant. Le bruit est assourdissant, résonnant à l’infini sous la voûte.Je sens une main m’agripper le bras, forte, chaude, familière.— Viens, murmure la voix de Kaelan, tout contre mon oreille.Il me tire, je trébuche, et nous courons. Nous courons dans le noir, vers l’odeur du fleuve, vers la faible lueur d’une
ÉlianeLe froid est devenu une seconde peau. Il s’est infiltré dans mes os, a remplacé le sang dans mes veines. Je grelotte, un tremblement fin, incontrôlable, qui vient du plus profond de moi.Nous sommes revenus en ville. Je l’ai compris au son des sirènes lointaines, au changement de lumière filtrant par les fenêtres crasseuses du nouveau lieu. Un hangar immense, sentant le fleuve et l’abandon. C’est pire ici. L’échelle est écrasante. Je me sens encore plus petite, plus insignifiante, une tache de vie perdue dans une cathédrale de rouille et d’oubli.Delphine est nerveuse. Son assurance craquelle. Elle vérifie son téléphone sans cesse, tapote des messages d’une main fébrile, les lèvres pincées. Les deux hommes, ses sbires, parlent à voix basse près de la camionnette. Leurs regards se posent parfois sur moi, non pas avec cruauté, mais avec une indifférence professionnelle qui est pire. Je suis un colis. Un objet en attente de livraison ou de destruction.Le couteau. La sensation de
KaelanL’image s’affiche sur mon écran. Une bâtisse en pierre, modeste, adossée à une pente boisée. Le toit de la dépendance est en tôle. Parfait pour cacher un véhicule.— Elle n’y est pas, dis-je, plus pour moi que pour Lorentz. Pas encore. Elle est toujours en ville, dans l’entrepôt de la vidéo. Elle veut être au cœur du jeu, sentir ma panique à distance. Le pavillon, c’est pour après. Pour…Je ne finis pas la phrase. Pour la phase finale. Pour ce qu’elle compte faire d’Éliane une fois le transfert « confirmé » ou une fois sa patience épuisée.— Il faut diviser les recherches, continue Lorentz. Mon équipe surveille les flux financiers, elle va tenter de pousser le transfert. Toi, tu…— Je vais à Villeneuve.— Seul ? C’est un piège possible.— Tout est un piège. Mais si elle décide de bouger Éliane, c’est là qu’elle ira. Je dois être sur place.Je raccroche. Le message que j’ai envoyé au numéro masqué est resté sans réponse. Un silence lourd, menaçant. Elle a vu le début du transfer







