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CHAPITRE 5 : PARTIE AVANT L’AUBE

Author: Jina Miah
last update publish date: 2026-09-29 18:33:54

Elle se réveille à cinq heures du matin avec son bras posé sur sa taille comme une couverture lourde. Pendant un instant, elle reste complètement immobile, se demandant quelle femme elle sera une fois que le soleil sera levé.

Pas celle-ci. Pas la femme qui reste.

Elle peut compter chaque battement de cœur avant que ses yeux ne s’ouvrent enfin sur la lumière grise et dure de l’aube. Elle sent la chaleur étrange de son corps contre son dos, la pression constante de lui le long de sa colonne vertébrale — une sensation aussi terrifiante qu’excitante. Il serait si facile de se laisser retomber dans le sommeil, de sombrer dans ce repos profond et sans rêve de quelqu’un qui n’a jamais connu que le froid réconfort des lits d’inconnus, de se réveiller vraiment, de commander un café, puis de lui demander son prénom. Elle aurait aimé que ce soit ça : que le pire jour de sa vie se termine avec l’homme le plus beau qu’elle ait jamais vu.

Elle se redresse dans le lit.

Il ne bouge pas.

Elle s’habille dans le silence de la chambre, avec précaution pour ne pas le réveiller, et tire sur elle les restes de sa robe de mariée, la dentelle délicate et les perles écrasées là où il l’avait laissée tomber la veille. Elle la serre un instant contre sa poitrine, ce beau linceul, puis la laisse tomber en tas sur le sol.

Elle s’accorde un long regard sur lui.

Il dort sur le ventre, les cheveux étalés sur les oreillers de la façon la plus sexy qu’elle ait jamais vue, le rendant étrangement jeune — moins l’homme qui l’avait abordée comme un morceau de viande au bar la veille, et plus le garçon d’à côté qui ne savait rien des femmes et tout de la façon dont l’amour était censé faire mal. Cet homme est beau, d’une beauté impossible, et pendant une seconde elle se laisse emporter par une terrible envie de rester exactement ici, dans ses bras, et de ne jamais partir. Ce serait tellement plus simple de rester dans cette chambre d’hôtel pour toujours, de faire de ce moment celui où tout changeait, pour ne plus avoir à affronter le reste de sa vie seule.

Mais elle sait ce qui arrive aux femmes qui restent.

Elle le sait parfaitement. Dix-huit heures plus tôt, dans une autre chambre d’hôtel, un autre homme qui pensait avoir des droits sur son corps lui avait ouvert la cage thoracique avec ses mains. Elle fouille dans son sac à la recherche de quelque chose de convenable à lui laisser, quelque chose qui ne crie pas « je t’ai aimé et je veux te voir mort ». Elle ne trouve que de l’argent — idiote et sentimentale qu’elle est, elle avait glissé plusieurs billets dans sa pochette pour un service de voiture dont elle n’aurait plus besoin maintenant qu’elle était mariée. Elle reste longtemps debout devant la commode, les billets à la main, le cœur battant à ses oreilles, puis les glisse sur la table de nuit. Une petite partie vengeresse de son esprit note que l’argent était une bonne chose à laisser à un homme, parce qu’il ne restait jamais. Il ne demandait rien en retour, n’avait besoin d’aucun nom ni d’aucune promesse d’un avenir qu’elle ne pensait pas pouvoir survivre.

Elle le laisse là et s’éloigne sans un second regard, parce qu’elle est forte, parce qu’elle peut supporter toute la douleur que la vie lui donne et la transformer en quelque chose de beau, et parce que quoi que ce soit ait été — trente minutes, une heure, peu importe le temps passé entre le moment où elle est entrée dans cette chambre et celui où elle en est sortie — c’était à elle, et à elle seule. Quelle que soit la tristesse qu’elle ressentait en se regardant dans le miroir, et quelle que soit la colère féroce et effrayante qui montait en elle à l’idée qu’un autre homme la touche comme son mari le faisait autrefois, tout cela lui appartenait. Personne ne pouvait le lui prendre, pas même lui.

Cette pensée la calme tandis qu’elle franchit la porte et sort dans la lumière grise et dure du matin, laissant derrière elle un homme inconscient et la robe qui avait presque été sa robe de mariée.

Rien ne l’attend dans le couloir silencieux. Elle prend donc les escaliers plutôt que l’ascenseur, une part têtue d’elle sachant qu’elle préférerait affronter le personnel de l’hôtel dans la froide aube pâle plutôt que croiser quiconque pourrait la reconnaître à la dentelle déchirée de sa robe. Quand elle arrive enfin dans le hall, elle le trouve aussi vide que le couloir, à l’exception d’un réceptionniste de nuit qui somnole au comptoir et d’un chariot de nettoyage abandonné près des ascenseurs. Elle sort dans le matin clair et ne se retourne pas, ni vers l’hôtel, ni vers la fenêtre qu’elle sait ne plus pouvoir voir maintenant qu’elle est partie. Quelque part, bien au-dessus d’elle dans le bâtiment, dans la chambre quatre cent douze, un homme se réveille et la trouve absente.

Elle ne saura jamais, en s’éloignant de l’hôtel dans l’air froid du matin, jusqu’où il la suivra.

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