Deux ans.Le temps ne passe plus, il coule. Lent, épais, comme une eau croupie. Il n’y a plus de saisons, seulement l’alternance du froid humide de la fosse et de la chaleur moite des chambres. Plus de jour, plus de nuit, juste la lumière crue des néons qui s’allument et le noir absolu qui la suit.Mon corps est une carte que je ne reconnais plus. La peau, là où elle n’est pas marquée par les cicatrices anciennes, a pris une teinte terreuse, cireuse. L’infection du bras s’est finalement résorbée, laissant une plaque de chair violacée, rugueuse, qui se tend douloureusement. La maigreur est devenue squelettique. Mes cheveux, coupés courts une fois par Bruno avec des ciseaux rouillés après une infestation de poux, repoussent en mèches grasses, ternes. Mes yeux, dans le miroir ébréché des toilettes communes, sont deux trous sombres, cernés de violet. La lèvre inférieure est fendue en permanence.Je suis laide. Ce n’est plus une insulte qu’on me lance, c’est un fait. Un constat pragmatique
Last Updated : 2025-12-16 Read more