Je pose mon couteau. Sans réfléchir, sans calculer le danger, sans même penser aux conséquences, je quitte mon poste. Un, deux, trois pas. Personne ne me remarque, trop absorbé par la danse frénétique du service, par le ballet des gestes et des cris. Le sous-chef a le dos tourné, le chef de partie est penché sur une sauteuse, le commis pâtissier court vers la chambre froide. Je me glisse derrière Gabriel, silencieux comme une ombre, porté par une audace qui me dépasse. Et avant que ma raison ne puisse m'arrêter, avant que la peur ne me paralyse, je penche la tête et pose mes lèvres sur sa nuque. Ma langue sort, effleure sa peau salée par la sueur du service, épouse le relief de sa vertèbre cervicale, goûte cette essence de Gabriel que je reconnaîtrais entre mille. Un contact infime, un baiser volé en pleine tempête, une
Zuletzt aktualisiert : 2026-05-27 Mehr lesen