Gabriel réfléchit longtemps, les yeux fixés sur le tapis.— Je ne sais pas. Peut-être. À sa manière. Une manière tordue, maladroite, incapable de se montrer. Elle ne m’a jamais pris dans ses bras. Elle ne m’a jamais dit « je t’aime ». Elle ne m’a jamais consolé quand j’avais de la peine. Mais elle n’était pas cruelle. Elle était absente. C’était presque pire.— Pourquoi pire ?— Parce que la cruauté, on peut la combattre. L’absence, non. L’absence, c’est un vide. Un vide qui vous aspire, qui vous engloutit. J’ai passé ma vie à essayer de combler ce vide. Avec le travail, avec l’argent, avec le pouvoir. Mais rien ne le remplissait. Rien.— Et Éléonore ?Gabriel releva la tête, les yeux brillants.— Éléonore, c’était différent. Quand je l’ai rencontrée, j’ai cru que le vide allait disparaître. Elle était si vivante, si chaleureuse, si lumineuse. Elle riait, elle peignait, elle aimait. Elle m’aimait. Et moi, au lieu d’accepter cet amour, de le recevoir, de le rendre, j’ai eu peur. Peur d
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