Ève Le silence qui suit le coup de feu est la chose la plus bruyante que j'aie jamais entendue. Tout s'arrête. La police au seuil, les lampes, Sabrina sous moi qui ne se débat même plus. Tout s'arrête parce que Gabriel est au sol, et qu'il y a du sang, et que le sang s'élargit sur sa chemise claire comme une tache d'encre sur du buvard, lent et inexorable, lent et beaucoup trop rapide. Des hommes me dégagent de Sabrina. On la relève, les menottes claquent, on l'emporte. Je ne la regarde même pas. Elle n'existe plus. Rien n'existe, sauf l'homme par terre et la distance entre lui et moi, trois mètres, un océan. Je cours. Je me laisse tomber à genoux près de lui, et mes genoux heurtent le béton, et je ne sens rien. Mes mains se plaquent sur son flanc, là où le sang sort, je comprime, comme Karl me l'a appris, comme on comprime, les deux mains, tout mon poids, et le sang est chaud, si chaud, il coule entre mes d
آخر تحديث : 2026-10-17 اقرأ المزيد