เข้าสู่ระบบPOV : Dr. Adrien Koffi
La mort a une odeur. Pas celle qu'on imagine, douce, paisible, éthérée. Non. La mort sent l'antiseptique, le sang, et cette chose indéfinissable que seuls ceux qui ont passé des années dans les salles d'opération peuvent reconnaître : le désespoir humain.
Et en ce moment, mes mains étaient plongées dedans.
–« Tension artérielle chute, Docteur Koffi. 80 sur 50. »
La voix de l'infirmière, Claire, une Béninoise compétente qui ne paniquait jamais, était tendue mais contrôlée. Exactement comme je l'aimais.
–« Augmentez la dopamine. Deux milligrammes. » Ma voix était calme. Clinique. Détachée.
Toujours détachée.
Le patient sur ma table, un homme de cinquante-quatre ans, père de trois enfants, diabétique, avait fait un infarctus massif. Triple pontage coronarien. Une intervention que j'avais effectuée des centaines de fois.
Mes doigts se déplaçaient avec une précision mécanique, suturant les artères, contournant les zones endommagées. Chaque geste calculé. Chaque mouvement parfait.
Parce que c'est ce que je faisais.
Je réparais les cœurs brisés.
L'ironie ne m'échappait jamais.
–« Moniteur stable, » annonça Claire.
– « Tension remonte. 110 sur 70. »
–« Bien. On termine. »
Quarante minutes plus tard, je retirais mes gants ensanglantés, regardant l'équipe transférer le patient en salle de réveil. Il vivrait. Il reverrait ses enfants. Il aurait une seconde chance.
Mission accomplie.
Je sortis du bloc opératoire, retirant ma charlotte, sentant la fatigue familière s'installer dans mes épaules. Trois heures de chirurgie. Ma cinquième intervention de la semaine.
Certains appelaient ça du dévouement.
Moi, j'appelais ça de la survie.
Parce que quand je travaillais, je ne pensais pas.
Et quand je ne pensais pas, je n'avais pas à me souvenir.
–« Adrien ! »
Je me retournai. Dr. Sophie Traoré, ma collègue, mon amie, et la personne la plus agaçante de cet hôpital, marchait vers moi, ses locks attachées en queue de cheval, un café à la main.
–« Tu as une mine épouvantable. »
–« Merci, Sophie. Ton soutien me touche profondément. »
Elle me tendit le café. Noir. Sans sucre. Exactement comme je l'aimais.
–« Cinq chirurgies en trois jours. Tu essaies de battre un record ou de mourir d'épuisement ? »
–« Les deux. »
Elle ne rit pas. À la place, elle me fixa avec cette expression qui me faisait chier, celle qui disait :"Je te vois. Je sais."
–« Ça fait trois ans, Adrien. »
Mon corps se figea.
Trois ans.
Trois ans, deux mois, et seize jours.
Depuis que ma femme était morte.
Depuis que mon bébé à naître était mort avec elle.
Depuis que tout ce qui me définissait en tant qu'homme, mari, futur père, être humain capable d'amour, s'était éteint dans un accident de voiture sur la route de Porto-Novo.
Un accident que j'aurais pu éviter.
Si seulement j'avais été plus attentif.
Si seulement je n'avais pas répondu à cet appel professionnel.
Si seulement.
Si seulement.
Si putain de seulement.
–« Je sais combien de temps ça fait, Sophie, » dis-je, ma voix glaciale.
Elle posa une main sur mon bras.
–« Je ne dis pas ça pour être cruelle. Je dis ça parce que tu es mon ami. Et que te regarder te détruire lentement me brise le cœur. »
–« Mon cœur est déjà brisé. Un de plus ne changera rien. »
–« Adrien... »
Mon pager sonna. Code bleu. Urgences.
Sauvé par la cloche.
–« Je dois y aller. »
Je m'éloignai avant qu'elle puisse ajouter quoi que ce soit, ses mots résonnant dans ma tête comme un écho douloureux.
"Trois ans."
Trois ans que je me punissais.
Trois ans que je sauvais des vies pour compenser celle que je n'avais pas pu sauver.
Trois ans que j'existais sans vivre.Et c'était exactement ce que je méritais.
Les urgences de l'Hôpital Universitaire de Cotonou étaient un chaos organisé. Toujours.
Blessures par accident de moto. Paludisme aigu. Complications obstétriques. La misère humaine condensée dans un espace confiné sentant l'eau de javel et la sueur.
–« Code bleu, salle 3 ! » cria une infirmière.
Je sprintai, ma blouse blanche flottant derrière moi, mon cerveau basculant instantanément en mode urgence.
Salle 3.
Une jeune femme sur le brancard. Inconsciente. Peau pâle. Lèvres bleutées.
Arrêt cardiaque.
–« Depuis combien de temps ? » aboyai-je en me précipitant vers elle.
–« Quatre minutes, » répondit un urgentiste essoufflé.
–« Les ambulanciers ont fait du Massage Cardiaque Externe pendant le transport. Aucune réponse. »
Quatre minutes. Chaque seconde comptait. Chaque seconde sans oxygène au cerveau augmentait les risques de dommages irréversibles.
Je me positionnai, mes mains trouvant automatiquement le centre de son sternum.
–« Défibrillateur. Maintenant. »
Quelqu'un plaça les électrodes sur sa poitrine nue. Je remarquai vaguement qu'elle portait une robe élégante. Des bijoux. Elle venait manifestement d'un milieu aisé.
Pas que ça changeait quoi que ce soit.
Pour moi, il n'y avait que deux catégories de patients : vivants et morts.
Et je refusais catégoriquement de laisser cette femme glisser dans la seconde catégorie.
–« Rythme ? »
–« Fibrillation ventriculaire. »
Parfait. Enfin, si on pouvait appeler ça parfait. Au moins, c'était choquable.
–« Tout le monde recule. Charge à 200 joules. »
"Bip bip bip"
–« Choc ! »
Le corps de la femme se cambra violemment sous la décharge électrique. Je fixai le moniteur.
Ligne plate.
–« Continuez le Massage. »
Je plaçai mes mains sur sa poitrine et commençai les compressions. Trente compressions. Rythme parfait. Profondeur parfaite. Mécanique. Précis.
"Un. Deux. Trois. Quatre."
Son visage était tourné vers moi. Même inconsciente, même au bord de la mort, elle était... belle. Traits délicats. Pommettes hautes. Cheveux courts et élégants.
"Dix. Onze. Douze."
Pourquoi étais-je en train de remarquer ça ?
Je repoussai la pensée. Concentration.
"Vingt-huit. Vingt-neuf. Trente."
–« Ventilation. »
L'infirmière plaça le masque sur son visage, deux insufflations.
–« Deuxième choc. 300 joules. »
“Bip bip bip"
–« Tout le monde recule. Choc ! »
Son corps convulsa à nouveau.
Le moniteur...
Ligne plate.
–« Merde, » murmura quelqu'un derrière moi.
–« On ne lâche rien, » grognai-je.
–« Adrénaline. Un milligramme. »
Je repris les compressions. Mes bras commençaient à brûler, mais je n'arrêterais pas.
Je n'arrêtais jamais.
"Un. Deux. Trois."
–« Docteur Koffi, » dit doucement l'infirmière.
– « Ça fait huit minutes. »
Huit minutes.
Statistiquement, après huit minutes d'arrêt cardiaque, les chances de récupération neurologique complète chutaient dramatiquement.
"Quinze. Seize. Dix-sept.“
–« On continue. »
–« Docteur... »
–« J'ai dit qu'on continue ! »
Quelque chose dans ma voix fit taire toute l'équipe.
“Vingt-huit. Vingt-neuf. Trente.“
Pourquoi est-ce que je m'acharnais autant ?
Je ne la connaissais pas. Je ne connaissais même pas son nom.
Mais quelque chose, quelque chose de primitif, d' irrationnel, refusait de la laisser partir.
"Pas encore une. Pas sur ma table."
–« Troisième choc. 360 joules. Maximum. »
C'était le dernier. Après ça, si elle ne revenait pas...
–« Chargement. Tout le monde recule. »
Je plaçai une main sur son front. Froide. Trop froide.
–« Reviens, » murmurai-je. Trop bas pour que quiconque entende.
–« S'il te plaît. Reviens. »
–« Choc ! »
"THUMP"
Le corps se cambra une dernière fois.
Silence.
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POV : Mathias — Appartement de Zongo, 00h30La porte se referma derrière nous avec un clic discret, et le silence de l'appartement nous enveloppa. Ayana se tenait devant moi, légèrement vacillante, ses yeux brillants sous la lumière tamisée du salon. Elle avait retiré ses chaussures, et ses pieds nus foulaient le carrelage frais.— Tu es sûre ? demandai-je une dernière fois.Pour toute réponse, elle s'approcha et posa ses lèvres sur les miennes. Le baiser était doux, presque timide, comme une question qu'on ose à peine formuler. Puis ses mains glissèrent sur ma nuque, et la réponse devint une évidence.Je la soulevai doucement, elle noua ses jambes autour de ma taille, et je la portai jusqu'à la chambre. La lumière de la lune entrait par la fenêtre, dessinant des carrés d'argent sur les draps. Je l'allongeai avec précaution, comme on dépose un trésor, et je restai un instant à la regarder. Ses cheveux défaits, ses joues encore rosies, sa respiration qui s'accélérait.— Qu'est-ce que t
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119 joursPOV : Ayana — Chantier du complexe hôtelier, 10h00Le chantier vibrait sous le soleil, et c'était la première fois depuis des jours que je sentais autre chose que le vide. L'odeur du béton frais et de la poussière m'a frappée dès que je suis descendue de voiture. Une odeur âcre, vivante. Mon chantier. Il avait continué sans moi.Les grues tournaient dans le ciel blanc. Les ouvriers s'affairaient sur les coffrages du septième étage. La structure se dressait, massive, exactement comme je l'avais dessinée. Le chef de chantier m'a aperçue et s'est approché, un sourire large.— Madame Akinlabi ! On a reçu les poutrelles hier. Conformes. On attaque la façade vitrée la semaine prochaine, avec une semaine d'avance.— Une semaine d'avance ? Comment c'est possible ?— Votre mari vient tous les jours. Il connaît le dossier aussi bien que moi.Je me suis tournée vers Mathias. Il se tenait à l'écart, les bras croisés, les yeux levés vers le bâtiment. Il ne me rega
120 joursPOV : Ayana — Appartement de Zongo, 09h00Le soleil entrait par la fenêtre ouverte, et pour la première fois depuis des jours, je le remarquai. Les oiseaux chantaient dans le manguier de la cour, la rue s'animait doucement, et le monde continuait de tourner malgré tout. Je m'étais levée avant que Mathias n'arrive, j'avais pris une douche, noué un foulard autour de mes cheveux, préparé du café. Rien d'extraordinaire, mais c'était déjà énorme.Il frappa à la porte à neuf heures précises, comme chaque matin depuis près d'une semaine. Je lui ouvris avant qu'il n'ait à insister.— Tu es debout, dit-il, surpris.— J'ai dormi un peu.— C'est bien. Très bien.Il portait une chemise légère, les manches déjà retroussées, et son sourire était discret mais présent. Il tenait un sac de viennoiseries qu'il posa sur la table, et nous prîmes le petit-déjeuner ensemble, face à face, dans le silence paisible de ceux qui n'ont plus besoin de meubler chaque seconde.— Ce soir, dit-il
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PDV : Adrien Son corps se souleva. Retomba. Et puis...Tous les yeux rivés sur le moniteur.Ligne plate.Ligne plate.Mon cœur s'arrêta.Ligne...Bip.Bip.Le monde entier retint son souffle.« Bip bip bip bip. »—« ON A UN RYTHME ! » hurla l'infirmière, sa voix explosant de joie incrédule.Le mon
L'instant où tout s'effondre.Mon cœur se mit à battre plus vite. Un rythme sourd, primaire, viscéral. Ce genre de battement qui vient des fonds de notre cerveau reptilien, cette partie ancestrale qui sait reconnaître le danger avant même que notre conscience ne l'identifie.Instinct primaire. Quelqu
Chapitre 1 :POV : Ayana MensahLes gens disent toujours que le bonheur est une question de perspective. Que c'est une construction mentale, un choix conscient, une architecture de l'esprit.Moi, je construisais des buildings.Et ce matin-là, debout dans mon cabinet d'architecture situé au cœur du







