LOGINPOV : Mathias Akinlabi
Ce médecin avait osé me regarder comme si j'étais le problème.
Moi.
Mathias Akinlabi , Fondateur de Akinlabi Holdings. Un empire bâti de ses propres mains dans un pays où personne ne vous offre rien, où chaque opportunité se conquiert au sang et à la sueur. L'homme que les journaux économiques appelaient "le visage d'une nouvelle génération d'entrepreneurs africains."
Et ce bonhomme en blouse blanche m'avait parlé comme si j'étais un gamin indiscipliné qu'on renvoie à la maison.
Je poussai la porte de ma voiture avec une violence qui fit vibrer la carrosserie. La BMW noire absorbait la nuit comme elle absorbait tout le reste : en silence, sans se plaindre. Contrairement aux femmes dans ma vie.
Mes doigts tambourinèrent sur le volant, cherchant dans ce geste mécanique une façon de contenir la rage qui montait. Pas de la honte. Pas du remords. De la rage pure, celle d'un homme qui n'avait pas l'habitude qu'on lui ferme des portes.
"Restez loin d'elle."
Ce Dr. Koffi ne savait pas à qui il avait affaire. Il ne voyait qu'une patiente. Une femme blessée avec un cœur fragile et des yeux en larmes. Il ne voyait pas l'équation globale. Il ne voyait pas des millions de dollars que la signature d'Ayana sur le contrat de mariage allait débloquer. La fusion Mensah-Akinlabi. Deux entreprises qui deviendraient un monopole. Les actionnaires qui piaffaient d'impatience. Le conseil d'administration qui me regardait avec cette attente à peine masquée.
Il sauvait des vies.
Moi, je construisais des empires.
Et ces deux visions du monde ne se comprenaient pas.
Mon téléphone sonna. Je regardai l'écran.
Lola.
Évidemment.
POV : Lola
Il décrocha à la troisième sonnerie.
Ce qui, avec Mathias, relevait du miracle. Quand il ne voulait pas parler, le téléphone sonnait dans le vide et on recevait un message sec trois heures plus tard. "J'étais occupé." Deux mots. Comme si son temps valait plus que votre oxygène.
J'étais assise dans mon appartement depuis deux heures, les lumières éteintes, les genoux remontés contre ma poitrine sur le canapé où nous avions passé tant de nuits à faire semblant que notre histoire était normale. Que trahir Ayana était normal. Que vivre dans ce mensonge était normal.
— « Comment c'était ? » demandai-je, même si je connaissais déjà la réponse. Je l'entendais dans sa respiration. Cette façon qu'il avait de souffler par le nez quand quelqu'un osait lui tenir tête.
— « Le médecin m'a interdit l'accès. »
Je fermai les yeux.
— « Mathias... »
— « Ce n'est pas grave. » Sa voix était déjà en train de reconstruire les murs, de réorganiser les pièces sur l'échiquier. Toujours en train de calculer. Toujours en train de manœuvrer. « Je vais trouver un autre angle. Elle doit sortir de là à un moment. Et quand elle sortira... »
— « Tu l'aimes vraiment. »
Ce n'était pas une question. C'était une sentence que je prononçais contre moi-même.
Le silence qui suivit dura deux secondes de trop.
— « Je vais la récupérer. »
Ce n'était pas la même chose. Et nous le savions tous les deux.
POV : Mathias
— « Je vais la récupérer. »
— « C'est différent. »
Sa voix était calme. Trop calme. Le genre de calme qui précède les séismes. Je connaissais ce ton depuis trois ans, depuis la première fois où Lola Diallo avait posé les yeux sur moi dans ce gala de charité et décidé, avec cette assurance tranquille qui la caractérisait, qu'elle voulait être dans ma vie.
Je n'avais jamais prétendu le contraire. Je n'avais jamais menti sur ce que nous étions.
Du moins, c'est ce que je m'étais dit.
— « Lola. »
— « Non. » Sa voix se brisa légèrement, puis se raffermit. Comme du verre qui craque mais refuse de se fragmenter. « Réponds-moi honnêtement pour une fois dans ta vie. Tu l'aimes ? »
J'appuyai ma tête contre le repose-tête. Dehors, Cotonou continuait sa nuit, indifférent à mes complications. Les phares des motos zémidjan traversaient l'obscurité comme des étoiles filantes.
La vérité, c'était que cette question me fatiguait.
L'amour. Ce grand mot que les gens agitaient comme un étendard, comme s'il expliquait tout, justifiait tout, excusait tout. Comme si coller ce mot sur quelque chose lui donnait automatiquement de la valeur.
— « J'ai besoin d'elle. »
— « Ce n'est toujours pas la même chose. »
— « Dans mon monde, ça l'est. »
POV : Lola
"Dans mon monde, ça l'est."
Je restai immobile, le téléphone serré contre mon oreille, ses mots s'enfonçant dans ma peau comme des aiguilles froides.
Voilà. Le cœur de la chose, mis à nu avec cette brutalité tranquille qui était sa marque de fabrique. Mathias Akinlabi ne mentait jamais vraiment. Il réarrangeait simplement la réalité selon une grammaire que lui seul maîtrisait, et il le faisait avec une élégance si parfaite que pendant trois ans, j'avais confondu cette manipulation avec de l'amour.
Besoin. Pas amour. Besoin. Comme on a besoin d'un outil. D'un actif. D'une signature au bas d'un contrat.
— « Donc tu mentais. » Ma voix était étonnamment stable. Trop stable. Comme une vitre avant qu'elle ne se brise. « Quand tu me disais que tu m'aimais. Tout ce temps. C'était du vent. »
Un silence.
— « Tu savais ce que c'était entre nous, Lola. »
Et là, quelque chose en moi se rompit. Pas de façon spectaculaire. Pas avec des larmes ou des cris. Proprement. Définitivement. Comme une corde qu'on coupe au cutter, nette, sans bavure.
Je pensai à Ayana. À ses yeux quand elle avait poussé cette porte. À sa voix quand elle avait demandé combien de temps. À l'image d'elle sur ce brancard d'hôpital, inconsciente, morte pendant quarante-trois secondes, morte à cause de nous.
À cause de moi.
— « Je savais ? » Le rire qui sortit de ma bouche n'avait rien d'humain. Vide. Creux. Le rire de quelqu'un qui réalise qu'elle a joué dans une pièce de théâtre sans jamais avoir lu le script. « Alors explique-moi, Mathias. Explique-moi ce que je savais. »
— « Du plaisir. Du désir. » Sa voix était indifférente, presque ennuyée, comme s'il résumait une clause contractuelle. « Rien d'autre. »
POV : Mathias
Le silence qui suivit ces mots était différent de tous les précédents.
Je ne regrettais pas de l'avoir dit. J'avais toujours considéré que la clarté, même brutale, valait mieux que les mensonges confortables que les gens se racontaient pour dormir la nuit. Lola était intelligente. Belle. Passionnée. Elle m'apportait ce qu'Ayana ne pouvait pas : l'imprévisible. La chaleur. Cette façon qu'elle avait de remplir une pièce rien qu'en entrant.
Mais elle n'était pas Ayana.
Ayana, c'était l'architecture. La structure portante. La fondation sur laquelle tout le reste reposait. Cinquante-deux millions. La fusion. L'empire.
Lola était le reste.
Et le reste ne s'appelait pas de l'amour.
— « Tu es un animal. »
Le mot sortit de sa bouche comme une sentence. Froide. Définitive. Sans appel.
— « Lola... »
— « Non. » Et là, pour la première fois, je l'entendis vraiment. Pas la colère que j'attendais. Pas les larmes que j'aurais gérées avec deux phrases bien choisies. Quelque chose de pire. Quelque chose d'irréparable dans sa voix. « Je porte ton enfant, Mathias. Ton enfant. Huit semaines. Et tu me dis que j'étais juste... du plaisir ? »
Je fermai les yeux.
Le bébé.
Ce détail que j'avais soigneusement rangé dans une case étanche de mon cerveau le temps de gérer la crise principale. Le bébé existait. Je ne le niais pas. Mais il ne changeait pas l'équation fondamentale.
— « C'est notre bébé. » Ma voix retrouva ce registre qu'on m'avait appris à utiliser en négociation. Calme. Raisonnable. Rassurant. « Tu le gardes, Lola. Et je m'occupe de tout. Financièrement. Médicalement. Tu n'auras besoin de rien. »
— « Je n'aurai besoin de rien. » Elle répéta mes mots avec une lenteur délibérée, les disséquant, les retournant. « Et toi, dans tout ça ? Tu seras quoi pour cet enfant ? »
— « Son père. »
— « Un père qui sera où ? »
Silence.
— « Laisse-moi d'abord régler la situation avec Ayana, et ensuite nous organiserons... »
— « Arrête. »
POV : Lola
— « Arrête. »
Ma propre voix me surprit. Ferme. Définitive. Comme si quelqu'un d'autre parlait à travers moi. Quelqu'un de plus courageux que celle que j'avais été pendant trois ans.
— « Lola, sois raisonnable... »
— « Raisonnable. » Ce mot. Ce mot qu'il utilisait chaque fois qu'il voulait que je rentre dans sa case. Que je me taise. Que j'accepte les miettes qu'il me tendait en les appelant un festin. « Tu sais ce qui est raisonnable, Mathias ? Ayana est à l'hôpital. Mon amie. Ma sœur depuis quinze ans. Elle est à l'hôpital parce que son cœur a choisi de s'arrêter plutôt que de continuer à vivre dans le monde que nous lui avons construit. »
Ma gorge se serra. Je continuai quand même.
— « Et toi, la première chose que tu fais, c'est calculer comment la récupérer. Pas parce que tu l'aimes. Parce que tu as besoin d'elle. Parce qu'il y a un contrat. Parce qu'il y a de l'argent. »
— « Tu simplifies... »
— « J'ai passé trois ans à te regarder fonctionner, Mathias. Je ne simplifie pas. Je vois enfin clairement. »
Je me levai du canapé, marchant vers la fenêtre. Cotonou la nuit, les lumières qui se reflétaient dans la lagune lointaine. Cette ville qui ne dormait jamais. Cette ville où j'avais cru construire quelque chose avec cet homme.
— « Oublie-moi. Oublie ce bébé. »
Un silence stupéfait de l'autre côté.
— « Tu ne peux pas... »
— « Je peux faire exactement ce que je veux. » Ma voix ne tremblait plus. « Et si jamais tu essaies d'approcher Ayana encore une fois, je lui dis tout. Tout, Mathias. Le contrat. Les calculs. Ce que tu m'as dit ce soir. »
— « Lola. » Sa voix avait perdu quelque chose. Un fragment d'assurance. Infime, mais réel. « Ne fais pas ça. »
— « Bonne nuit. »
Je raccrochai.
Et je restai là, dans l'obscurité de mon appartement, ma main posée sur mon ventre plat où quelque chose de minuscule et de précieux commençait son existences, ignorant tout du monde dans lequel il était en train de naître.
Je pensai à Ayana. À sa voix quand elle m'avait dit, ce matin même sur les marches de la boutique de robes : "Tu es ma famille."
Et pour la première fois depuis trois ans, je pleurai vraiment.
Pas de peur. Pas de honte. De douleur pure. La douleur de quelqu'un qui réalise, trop tard, qu'elle a détruit la seule chose qui comptait vraiment.
POV : Mathias
Elle avait raccroché.
Je fixai mon téléphone pendant un long moment dans l'obscurité de l'habitacle. Dehors, Cotonou continuait son indifférence nocturne.
Puis je posai l'appareil sur le siège passager et démarrai.
Lola était émotive. Elle rappellerait. Elle revenait toujours. Ou peut-être pas cette fois. Et cette pensée, étrangement, ne m'affecta pas autant qu'elle aurait dû.
Parce que ma pensée était ailleurs.
Sur un couloir d'hôpital. Sur une blouse blanche. Sur des yeux bleu-gris qui m'avaient regardé comme si j'étais l'ennemi.
Dr. Adrien Koffi.
Ce médecin qui avait prononcé le prénom d'Ayana avec une douceur que je ne lui avais jamais accordée. Qui lui avait interdit l'accès à ses propres fleurs. Qui s'était planté devant moi comme un bouclier humain entre elle et moi.
Quelque chose de glacé se déposa dans ma poitrine. Pas de la jalousie. Je ne faisais pas de jalousie. Quelque chose de plus dangereux, de plus calculé.
De la menace perçue.
Je composai un numéro. Trois sonneries.
— « Maître Koné. Désolé pour l'heure. J'ai besoin que vous examiniez les clauses du contrat de mariage dès demain matin. Spécifiquement les implications légales en cas de rupture unilatérale. Et... » Je marquai une pause. « Renseignez-vous discrètement sur le Dr. Adrien Koffi. Cardiologue. Hôpital Universitaire de Cotonou. Je veux tout savoir sur cet homme. »
Je raccrochai sans attendre la réponse.
Puis je regardai une dernière fois en direction de l'hôpital. Ce bâtiment blanc et froid qui retenait ce qui m'appartenait.
Ayana Mensah n'était pas qu'une femme. Elle était la clé de voûte d'un édifice qui valait cinquante-deux millions de dollars. Elle était ma prochaine décennie. Elle était l'empire.
Et Mathias Akinlabi ne laissait pas son empire lui échapper.
Elle finira par sortir.
Et quand elle sortira, ce médecin ne sera plus là pour jouer les chevaliers servants.
C'est mon monde. Mes règles. Mon jeu.
Et dans mon jeu, je ne perds jamais.
POV : Mathias — Appartement de Zongo, 08h00Le café était prêt quand elle sortit de la chambre, enveloppée dans un drap léger, les cheveux en bataille et les yeux encore gonflés de sommeil. Elle me sourit, ce même sourire qu'elle m'avait offert à l'aube, et s'assit à la table sans rien dire. Je posai une tasse devant elle, et elle la prit à deux mains, souffla sur le liquide brûlant.— Tu as bien dormi ? demandai-je.— Mieux que jamais.— Pas de regrets ?Elle leva les yeux vers moi, et je vis qu'ils étaient clairs, sans ombre.— Aucun. Et toi ?— Aucun.Un silence confortable s'installa, ponctué par le bruit des cuillères contre les tasses. Puis mon téléphone vibra sur la table. Un message de ma secrétaire : « Les dossiers pour la réunion de ce matin sont prêts, je vous attends à 10h. »— Il faut que je passe chez moi, dis-je en me levant. Je dois récupérer des documents avant la réunion.— Vas-y. Je t'attends.— Tu veux que je revienne ?— Oui. Quand tu auras fini.Elle se leva, m'a
POV : Mathias — Appartement de Zongo, 00h30La porte se referma derrière nous avec un clic discret, et le silence de l'appartement nous enveloppa. Ayana se tenait devant moi, légèrement vacillante, ses yeux brillants sous la lumière tamisée du salon. Elle avait retiré ses chaussures, et ses pieds nus foulaient le carrelage frais.— Tu es sûre ? demandai-je une dernière fois.Pour toute réponse, elle s'approcha et posa ses lèvres sur les miennes. Le baiser était doux, presque timide, comme une question qu'on ose à peine formuler. Puis ses mains glissèrent sur ma nuque, et la réponse devint une évidence.Je la soulevai doucement, elle noua ses jambes autour de ma taille, et je la portai jusqu'à la chambre. La lumière de la lune entrait par la fenêtre, dessinant des carrés d'argent sur les draps. Je l'allongeai avec précaution, comme on dépose un trésor, et je restai un instant à la regarder. Ses cheveux défaits, ses joues encore rosies, sa respiration qui s'accélérait.— Qu'est-ce que t
90 joursPOV : Ayana — Hôtel Azalaï, 20h00Le promoteur Koné avait organisé ce gala pour une raison précise : montrer à tous les investisseurs, aux journalistes et aux curieux l'état d'avancement du complexe hôtelier. Pas un achèvement, la tour de quarante-deux étages sortait à peine de terre, les grues tournaient encore le jour, mais une étape cruciale. La structure du centre de conférences était terminée, la galerie commerciale prenait forme, et les premiers plans de la façade vitrée étaient exposés dans le hall.Ce soir, il ne s'agissait pas de célébrer une victoire finale. Il s'agissait de montrer l'évolution du travail, la compétence de l'architecte, et de rassurer ceux qui avaient misé des millions sur ce projet. Et pour cela, Koné avait mis les petits plats dans les grands : nappes blanches, champagne, musique douce, et une immense maquette du complexe trônant au centre de la salle, entourée de panneaux explicatifs.Je me tenais près de cette maquette, un
110 joursPOV : Mathias — Résidence Akinlabi, 06h30Le jour se levait à peine quand je garai la voiture devant chez elle. J'avais préparé un sac avec de l'eau, des fruits, des sandwichs, une couverture, rien de sophistiqué, juste de quoi tenir une journée de route. La veille au soir, elle m'avait dit « j'ai envie de voir d'autres endroits avec toi », et ces mots-là, je les portais en moi comme sur porte un trésor fragile. Quelqu'un a choisi qui pouvait se briser au moindre geste brusque, mais qui brillait assez fort pour éclairer tout le reste.Elle descendit les escaliers en jean et paniers, un foulard noué dans les cheveux, un petit sac à dos sur l'épaule. Elle avait l'air reposé, le regard plus clair que les jours précédents, et quand elle me vit appuyé contre la portière, elle sourit. Un vrai sourire, qui plissa ses yeux et creusa une fossette sur sa joue gauche.— Tu es matinal.— J'avais peur d'être en retard.— En retard pour quoi ? On n'a nulle part où
119 joursPOV : Ayana — Chantier du complexe hôtelier, 10h00Le chantier vibrait sous le soleil, et c'était la première fois depuis des jours que je sentais autre chose que le vide. L'odeur du béton frais et de la poussière m'a frappée dès que je suis descendue de voiture. Une odeur âcre, vivante. Mon chantier. Il avait continué sans moi.Les grues tournaient dans le ciel blanc. Les ouvriers s'affairaient sur les coffrages du septième étage. La structure se dressait, massive, exactement comme je l'avais dessinée. Le chef de chantier m'a aperçue et s'est approché, un sourire large.— Madame Akinlabi ! On a reçu les poutrelles hier. Conformes. On attaque la façade vitrée la semaine prochaine, avec une semaine d'avance.— Une semaine d'avance ? Comment c'est possible ?— Votre mari vient tous les jours. Il connaît le dossier aussi bien que moi.Je me suis tournée vers Mathias. Il se tenait à l'écart, les bras croisés, les yeux levés vers le bâtiment. Il ne me rega
120 joursPOV : Ayana — Appartement de Zongo, 09h00Le soleil entrait par la fenêtre ouverte, et pour la première fois depuis des jours, je le remarquai. Les oiseaux chantaient dans le manguier de la cour, la rue s'animait doucement, et le monde continuait de tourner malgré tout. Je m'étais levée avant que Mathias n'arrive, j'avais pris une douche, noué un foulard autour de mes cheveux, préparé du café. Rien d'extraordinaire, mais c'était déjà énorme.Il frappa à la porte à neuf heures précises, comme chaque matin depuis près d'une semaine. Je lui ouvris avant qu'il n'ait à insister.— Tu es debout, dit-il, surpris.— J'ai dormi un peu.— C'est bien. Très bien.Il portait une chemise légère, les manches déjà retroussées, et son sourire était discret mais présent. Il tenait un sac de viennoiseries qu'il posa sur la table, et nous prîmes le petit-déjeuner ensemble, face à face, dans le silence paisible de ceux qui n'ont plus besoin de meubler chaque seconde.— Ce soir, dit-il
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POV : Dr. Adrien KoffiVingt-deux heures. C'était le temps écoulé depuis que j'avais regardé Ayana Mensah détruire ces roses blanches avec une rage que je comprenais trop bien. Vingt-deux heures que je n'arrivais pas à arrêter de penser à elle.Ce qui était problématique pour environ mille raisons
POV : Ayana MensahLe blanc. C'était la première chose que j'enregistrai. Un blanc aveuglant, stérile, qui brûlait mes rétines comme si je n'avais pas ouvert les yeux depuis des siècles.Peut-être que c'était le cas. Peut-être que j'étais morte et que l'au-delà était juste blanc.Mais alors, pourqu
PDV : Adrien Son corps se souleva. Retomba. Et puis...Tous les yeux rivés sur le moniteur.Ligne plate.Ligne plate.Mon cœur s'arrêta.Ligne...Bip.Bip.Le monde entier retint son souffle.« Bip bip bip bip. »—« ON A UN RYTHME ! » hurla l'infirmière, sa voix explosant de joie incrédule.Le mon







