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Chapitre 36

last update Date de publication: 2026-05-23 14:47:07

POV : Ayana — Appartement de Zongo, 07h15

Je m'étais levée avant l'aube, le cœur serré dans une poitrine qui ne savait plus si elle avait peur ou si elle était simplement résignée. La lumière était encore grise derrière les rideaux quand j'avais préparé un bol de bouillie de mil chaude, épaisse, sucrée au miel local qu'une voisine m'avait vendu la veille. Le parfum du miel chauffé s'était répandu dans la cuisine, et j'avais mangé lentement, debout, en regardant par la fenêtre les premiers taxis
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  • 43 SECONDE POUR L'AIMER    Chapitre 40

    160 joursPOV : Mathias — Route de Kota, 06h30Je passai la prendre avant l'aube. Elle m'attendait sur le trottoir, un sac à dos léger, des chaussures de marche, les cheveux protégés par un foulard noué serré. Elle avait préparé du café dans une thermos et m'en tendit une tasse sans un mot en montant dans la voiture.— Tu as bien dormi ? demandai-je.— Pas vraiment.— Moi non plus.Je n'ajoutai rien. La route défila dans le petit matin, Cotonou s'effaça derrière nous, remplacée par des champs de maïs et des plantations d'anacardiers. L'air devint plus sec, plus chaud, chargé de poussière et de l'odeur des herbes sauvages. Ayana regardait par la vitre, silencieuse, mais son silence n'était plus celui des premiers jours. Il était habité, comme si elle emmagasinait chaque détail pour le redessiner plus tard.— Tu sais que les chutes de Kota sont classées patrimoine mondial ? dit-elle soudain.— Je sais.— Et que la roche est un grès vieux de deux cents millio

  • 43 SECONDE POUR L'AIMER    chapitre 39

    POV : Mathias — Appartement d'Ayana, 16h00Je m'étais garé devant l'immeuble de Zongo sans lui envoyer de message. La proposition que j'avais à lui faire ne tenait pas dans un texto. Il fallait qu'elle me voie, qu'elle lise sur mon visage que ce n'était pas une stratégie, pas un dîner imposé par le contrat, pas une sortie destinée à convaincre un promoteur. Juste une invitation. Simple, nue, sans filet.Elle est descendue au bout de quelques minutes, en jean et t-shirt, les cheveux attachés à la hâte. Elle s'est arrêtée en me voyant adossé à la voiture.— Qu'est-ce que tu fais là ? On n'a pas de réunion aujourd'hui.— Je sais. Je ne viens pas pour le projet.— Alors pourquoi ?— J'aimerais t'emmener quelque part. Rien d'officiel. Rien de professionnel. Juste un endroit que je voudrais te montrer.Elle a croisé les bras, ce geste de défense qu'elle avait chaque fois qu'elle sentait une intention qu'elle ne maîtrisait pas.— Où ?— Ganvié. La cité lacustre. On y sera pour le coucher du

  • 43 SECONDE POUR L'AIMER    Chapitre 38

    163 joursPOV : Mathias — Restaurant Le Lodge, 19h45Le promoteur Koné avait insisté pour ce dîner. « Pas de travail ce soir, avait-il dit, juste un moment entre associés. » J'avais réservé la table près de la baie vitrée, celle qui donnait sur la lagune, avec les lumières de Cotonou qui s'allumaient une à une. Nappe blanche, bougies, trois couverts.Ayana est arrivée avec cinq minutes de retard, un dossier sous le bras, sa démarche rapide et son regard qui balayait la salle avant même de s'asseoir. Elle portait une robe noire, des boucles d'oreilles discrètes, et la bague que je lui avais passée au doigt. Elle ne l'enlevait jamais en public. Je savais que ce n'était pas de l'amour, mais c'était une forme de respect pour le contrat, et je prenais ce qu'elle acceptait de me donner.— Tu es très élégante.— J'ai mis ce que j'avais.— Alors ce que tu as te va bien.Elle s'assit sans répondre. Koné arriva deux minutes plus tard, costume anthracite, sourire affable. Il serra la ma

  • 43 SECONDE POUR L'AIMER    Chapitre 37

    164 joursPOV : Mathias — Siège du projet Koné, 08h00La salle de réunion était un capharnaüm ordonné. Des plans étalés sur trois tables, des échantillons de matériaux empilés contre les murs, des tasses de café froid oubliées un peu partout. L'équipe était arrivée à sept heures, et à huit heures précises, Ayana se tenait déjà devant le tableau blanc, un marqueur à la main, en train de détailler les fondations du complexe.Je m'étais assis au fond de la salle, près de la fenêtre, sans faire de bruit. Le promoteur Koné était à ma droite, un bloc-notes sur les genoux, le visage impassible. Il avait insisté pour que je sois présent aux réunions, arguant que le mariage impliquait une responsabilité partagée. Je n'avais pas discuté. J'étais venu.— Les pieux devront descendre à trente-cinq mètres, disait Ayana en traçant une ligne verticale sur le schéma. La nappe phréatique est haute, on ne peut pas faire l'économie d'un bon ancrage. Si on veut quarante-deux étages, il f

  • 43 SECONDE POUR L'AIMER    Chapitre 36

    POV : Ayana — Appartement de Zongo, 07h15Je m'étais levée avant l'aube, le cœur serré dans une poitrine qui ne savait plus si elle avait peur ou si elle était simplement résignée. La lumière était encore grise derrière les rideaux quand j'avais préparé un bol de bouillie de mil chaude, épaisse, sucrée au miel local qu'une voisine m'avait vendu la veille. Le parfum du miel chauffé s'était répandu dans la cuisine, et j'avais mangé lentement, debout, en regardant par la fenêtre les premiers taxis se mettre en route.Aujourd'hui, j'allais me marier.Pas dans une église bondée, pas dans un jardin décoré de fleurs. Dans une mairie froide, avec deux témoins que je ne connaissais pas, pour un contrat qui me permettrait de décrocher le plus gros projet de ma carrière. La bague que Mathias m'avait fait parvenir la veille au soir par un coursier discret était encore dans sa petite boîte, sur la table de nuit. Je ne l'avais pas ouverte. Je la porterais quand il le faudrait, pas avant.La bouilli

  • 43 SECONDE POUR L'AIMER    Chapitre 35

    La nuit de réflexionPOV : Ayana — Appartement de Zongo, 01h00Je n'arrivais pas à dormir.Le dîner refroidissait dans l'assiette, un reste d'akassa que j'avais préparé plus tôt sans vraiment y penser. La pâte de maïs fermentée avait pris une consistance parfaite, lisse et tiède, mais je n'en avais mangé que trois bouchées. La sauce de tomates fraîches et de piment écrasé avait séché sur les bords, et les crevettes fumées que j'avais ajoutées pour le goût étaient restées intactes. Tout était là, sur la table basse, à côté du dossier du projet Koné. Je n'avais pas faim. J'avais la gorge nouée depuis que j'étais rentrée.La ville s'était tue derrière la fenêtre, les derniers klaxons remplacés par le silence lourd de la nuit. J'étais assise sur le canapé gris clair, les genoux remontés contre la poitrine, les bras serrés autour de mes jambes. Le dossier était ouvert à la page quatre, exactement là où je l'avais laissé. La clause dansait encore sous mes paupières chaque fois que j

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