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ATTRACTIONS 3
ATTRACTIONS 3
Author: Déesse

Chapitre 1 — Premier sang

Author: Déesse
last update Petsa ng paglalathala: 2026-08-23 06:22:18

Lina

Putain, qu'est-ce que je fous encore là ?

La salle sent le vieux papier et le désinfectant, cette odeur chimique qui te prend à la gorge dès que tu passes la porte. Amphithéâtre B, deuxième année de kiné, septembre. Les mêmes têtes que l'année dernière, les mêmes blouses froissées, les mêmes regards éteints à huit heures du matin. Et moi au milieu, avec mon café tiède et ma mauvaise humeur.

Je me suis traînée jusqu'au troisième rang, pas trop près pour ne pas avoir l'air désespérée, pas trop loin pour pouvoir observer. Chloé est à côté de moi, ses écouteurs encore vissés sur les oreilles, les yeux rivés sur son téléphone.

— T'as vu les partiels du semestre dernier ? me demande-t-elle sans lever la tête.

— Non. J'ai pas envie de me faire du mal.

— T'as eu 14 en anatomie.

— Quoi ? Je m'attendais à 8.

— Moi j'ai eu 9. Je te déteste.

Je ricane. Chloé est ma personne. Ma seule. Celle qui me connaît depuis le lycée, qui a essuyé mes larmes quand Thomas m'a larguée par SMS (un 31 décembre, je te jure, le mec avait zéro sens du timing), et qui n'a jamais jugé mes choix foireux, même quand je l'ai traînée à trois soirées catastrophiques en une semaine. Elle est du genre stable, posée, réfléchie. Tout le contraire de moi.

— Tu vas finir major de promo si tu continues, ajoute-t-elle.

— Major de quoi ? Je m'ennuie à crever.

— C'est pour ça que tu veux être kiné ?

— C'est pour ça que je me demande pourquoi je le veux.

Elle range son téléphone, me regarde avec cet air sérieux qu'elle prend quand elle va dire un truc important.

— Lina, tu vas faire toute ton année ou tu vas craquer en novembre comme la dernière fois ?

— Novembre ? Tu me surestimes. Je vise octobre.

Elle soupire. Je souris. C'est notre routine. Elle fait semblant de s'inquiéter, je fais semblant de m'en foutre, et au final on survit comme ça, l'une portant l'autre à tour de rôle.

La porte de l'amphi s'ouvre.

Et là.

Je te jure que j'ai senti l'air changer.

Il est entré avec cette démarche tranquille, presque nonchalante, comme s'il n'était pas en retard, comme si le temps lui appartenait. Blouse blanche ouverte sur un t-shirt gris à col rond. Barbe mal rasée, cheveux bruns un peu trop longs, le genre qui se coiffe avec les doigts et qui s'en fout. Mais le pire, le vrai problème, c'étaient ses mains.

Des mains longues, fines, musclées. Des mains de chirurgien ou de pianiste. Des mains qui ont l'air de savoir exactement où se poser, quoi toucher, comment s'y prendre.

— Merde, j'ai soufflé sans m'en rendre compte.

Chloé s'est tournée vers moi.

— Quoi ?

— Rien.

Rien. Mon œil. Mon ventre venait de se contracter comme si quelqu'un m'avait filé un coup de poing. Mes jambes se sont croisées toutes seules. Mon cœur s'est mis à battre plus vite, plus fort, et je suis restée là, figée, à le regarder poser son sac sur le bureau.

— Bonjour à tous, a-t-il dit.

Sa voix. Grave. Profonde. Le genre de voix qui descend le long de la colonne vertébrale et qui se loge quelque part entre les cuisses. Il n'a même pas haussé le ton, et pourtant tout le monde s'est tu. Même les deux mecs du fond qui passaient leur temps à commenter les matchs de foot.

— Je m'appelle Romain Hartman. Je suis votre nouveau professeur d'anatomie.

Romain.

Pas Monsieur Hartman. Romain.

Il a demandé qu'on l'appelle par son prénom. Il a dit que ça créait une relation de confiance, que la médecine était déjà assez intimidante comme ça. Il souriait en le disant, un sourire en coin, presque timide. Et moi, j'étais là, à me demander comment un prénom pouvait être aussi sexy.

— Il a quel âge, tu crois ? ai-je murmuré à Chloé.

— Quoi ?

— Lui. Là. Le prof.

— Je sais pas. Trente ans ? Trente-cinq ?

— Trente-deux.

— Comment tu sais ?

— Je sais.

Je savais rien du tout, en réalité. Mais je voulais que ce soit vrai. Trente-deux ans, ça fait une différence d'âge parfaite. Assez pour qu'il ait de l'expérience, pas assez pour qu'il soit vieux. Assez pour que ce soit interdit, pas assez pour que ce soit glauque.

Il a commencé son cours. Et je n'ai rien écouté. Pas un mot. Pas une phrase. J'étais trop occupée à le détailler, à décortiquer chaque mouvement, chaque geste. La façon dont il passait sa main dans ses cheveux quand il cherchait un terme précis. La façon dont il appuyait sa hanche contre le bureau quand il parlait. La façon dont ses lèvres bougeaient quand il prononçait des mots compliqués, des mots que je n'entendais même plus.

— Lina.

— Quoi ?

— Il t'a posé une question.

Je me suis redressée brusquement. Toute la classe me regardait. Lui aussi. Et putain, ses yeux. Bleus. Pas bleu ciel, non. Bleu acier, le genre de bleu qui te transperce, qui te voit à travers les vêtements, à travers la peau, à travers les mensonges.

— Mademoiselle… ?

— Arnaud. Lina Arnaud.

— Mademoiselle Arnaud. Je vous demandais si vous pouviez me citer les trois plans de section en anatomie.

J'ai souri. Pas un sourire poli. Un sourire en coin, le genre qui en dit long. Le genre qui dit « je ne sais pas, mais je m'en fous, et tu me plais déjà ».

— Frontal, sagittal, transversal. Et je peux vous les décrire en détail si vous voulez.

Il a hoché la tête, imperturbable.

— Ce ne sera pas nécessaire. Mais c'est bien. Vous avez révisé.

— J'ai une bonne mémoire.

Il a soutenu mon regard une seconde. Une seule. Puis il s'est détourné et a repris son cours. Mais moi, j'avais senti le courant passer. Là, dans ce regard, il y avait eu autre chose que de la simple politesse professorale. Il y avait eu de la surprise. De l'amusement, peut-être. Et une lueur de défense, comme s'il comprenait déjà que j'allais être un problème.

Bien.

J'adore être un problème.

Le cours s'est terminé une heure plus tard. Une heure entière à le regarder parler, à me demander quel goût avait sa peau, à imaginer ses mains sur mes hanches, ses doigts sous ma blouse, sa bouche contre mon oreille. J'étais trempée. Littéralement. Et je déteste ce mot, mais c'était le seul qui convenait.

— Tu baves, a lancé Chloé en rangeant ses affaires.

— Je bave pas. J'analyse.

— Tu analyses quoi ?

— Le potentiel.

Elle a éclaté de rire.

— Lina, c'est un prof. T'es folle.

— Je suis pas folle. Je suis déterminée.

— C'est pareil, dans ton cas.

On est sorties de l'amphi. Il était encore là-bas, au bureau, en train de ranger ses notes. Je me suis arrêtée une seconde, juste pour le regarder encore un peu. Il a levé les yeux. Nos regards se sont croisés à nouveau. Et cette fois, il n'a pas détourné le regard tout de suite. Il a soutenu. Puis il a baissé les yeux sur ses papiers, comme si je venais de le brûler.

J'ai souri intérieurement.

Avant Noël, il sera à moi.

Je me suis promis ça en remontant l'allée centrale, le pas léger, le cœur battant. Chloé parlait de je ne sais pas quelle série sur N*****x, mais je n'écoutais pas. J'étais déjà en train de préparer mon plan d'attaque. Parce que ce mec, avec sa blouse blanche et ses mains de pianiste, venait de réveiller quelque chose en moi. Quelque chose que je croyais endormi depuis longtemps.

L'envie de chasser.

Et croyez-moi, je suis excellente à ce jeu-là.

Il ne sait pas encore ce qui l'attend.

Mais moi, si.

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