ログインDéesseLa pierre noire de ma chambre palpite doucement. La lumière bleutée danse sur les murs, insensible à la tempête qui fait rage dans mon crâne. Je suis assise sur le lit, les jambes repliées contre ma poitrine, les bras serrés autour de mes genoux. J'essaie de me faire plus petite que je ne le suis. J'essaie de contenir tout ce qui menace de déborder. J'essaie de ne pas exploser, de ne pas me briser, de ne pas hurler jusqu'à ce que les murs de cette prison de pierre s'effondrent autour de moi.Mais c'est impossible. Tout en moi hurle déjà. Tout en moi se brise déjà. Tout en moi explose déjà.La douleur ancienne pulse, fidèle au poste. Elle ne me quitte jamais. Elle est devenue une partie de moi, ou peut-être l'a-t-elle toujours été. Peut-être que je ne suis qu'une douleur qui a appris à marcher, à parler, à ouvrir les yeux sur un plafond de pierre noire veinée de bleu. Peut-être que je ne suis rien d'autre que cette souffrance qui respire dans ma poitrine, cette chose qui n'a pas
Mes jambes tremblent un peu, mais je ne m'assois pas. Je veux le regarder dans les yeux. De plain-pied. D'égal à égal.— Toi, Eryon. Qu'est-ce que tu as vu quand tu m'as "corrigée" ? Qu'est-ce que tu as senti ? Du soulagement ? De la fierté ? Du dégoût ?Il soutient mon regard.Sans ciller.— Du devoir, dit-il. Rien que du devoir.— Tu dis que tu m'as tuée parce que j'étais dangereuse.Ma voix monte. Je ne la contrôle plus.— Mais je suis revenue. Alors soit tu as mal fait ton travail mal effacé, mal corrigé, mal assassiné soit tu mens sur tes raisons.Il ne recule pas.Il ne cligne pas.Il ne bronche pas.— Ni l'un ni l'autre.Sa voix est toujours douce. Toujours calme. Toujours cette voix de miel sur une plaie.— Je ne t'ai pas tuée, Déesse. J'aurais pu. Ce n'était pas la solution.— Qu'est-ce que tu as fait, alors ?— J'ai effacé ce qui te rendait dangereuse. Les souvenirs. Les connexions. Les liens. Ce qui faisait de toi une menace. Je les ai retirés un par un, comme on désamor
Sa voix est douce.Presque trop douce.Comme du miel versé sur une blessure , ça apaise, mais ça colle, et au fond on sait que ça n'est pas un vrai remède. Ça ne guérit rien. Ça cache juste la douleur sous une couche sucrée.— Tu connais mon nom, dis-je.Ce n'est pas une question. C'est un constat. Un test, peut-être.— Je connais beaucoup de choses sur toi.Il avance d'un pas. À peine. Juste assez pour que la lumière bleutée éclaire ses lunettes, fasse briller le métal.— Alors dis-les.Il sourit.Un petit sourire.Pas méchant. Pas gentil non plus.Juste… informé.Comme si tout ce que je pouvais dire, tout ce que je pouvais faire, tout ce que je pouvais être , il l'avait déjà vu. Anticipé. Analysé.— Tu es une résonance d'âme.Il prononce les mots avec une lenteur délibérée, comme s'il les dégustait.— Un phénomène rarissime. Il arrive parfois que quelqu'un meure — vraiment meure, corps et souffle — mais que son âme ne passe pas de l'autre côté. Elle reste. Elle s'accroche. Elle atte
Il relève la tête.Ses yeux lourds croisent les miens.Et dans ses yeux, je vois quelque chose que je n'avais pas vu avant.Pas de l'amour.Pas de la haine.Pas de la colère.Pas du désir.De la peur.Une peur immense, dévorante, panique. La peur de quelqu'un qui a déjà tout perdu et qui sait qu'il peut tout reperdre.— Maintenant, tu es un fantôme qui respire.Sa voix est à peine un murmure.— Et je ne sais pas si je dois t'embrasser ou te dire adieu une deuxième fois.Il ne fait ni l'un ni l'autre.Il recule.Un pas. Deux pas. Trois pas.Il s'éloigne. Il se retire. Il se referme comme une porte qu'on pousse doucement.La porte , la vraie porte, celle de la chambre , s'ouvre sans qu'il la touche.Ou peut-être que c'est la porte qui le connaît, elle aussi. Qui lui obéit. Qui s'écarte pour le laisser passer comme on s'écarte pour laisser passer un roi.Avant de sortir, il se retourne.— Méfie-toi d'Eryon.Sa voix a changé. Plus dure. Plus froide. Plus guerrière.— Il a ses propres rais
Il corrige le verbe. Le passé. Pas le présent. Le passé.— Je t'ai perdue.Ses mains se serrent l'une contre l'autre. Ses jointures blanchissent. Il ne le remarque même pas.— Et maintenant te voilà.— Je ne me souviens de rien.Ma voix est plus calme que je ne le pensais. Presque plate. Comme si je parlais de la pluie ou du temps qu'il fait.— Je sais.— Alors dis-moi qui je suis.Il secoue la tête. Le geste est bref. Presque agacé.— Non.— Pourquoi ?La question sort plus forte que je ne le voulais. Presque un cri.Il fait un pas vers moi.Ses bottes , lourdes, militaires, couvertes de poussière et de sang séché , frappent le sol de pierre avec un bruit sourd. Un bruit de guerre. Un bruit de marche forcée. Un bruit de quelqu'un qui a traversé des champs de bataille pour arriver jusqu'ici.Je ne recule pas.Je sens mes muscles se tendre. Mes cuisses se contractent. Mon dos se redresse. Mais je ne recule pas.Pas par peur , bien que la peur soit là, tapie dans un coin de mon ventre.
DéesseIl n'entre pas par la porte.Il n'entre par rien.Un battement de cils. Une respiration. Une seconde où je regarde le mur et la seconde suivante où je regarde autre chose et soudain il est là.Debout au milieu de ma chambre.Comme s'il avait toujours été là. Comme si c'était moi qui venais d'apparaître. Comme si la pièce, la lumière, la pierre , tout cela n'était qu'un décor en attente de son arrivée, et que lui seul donnait un sens à l'ensemble.Kael.Je le reconnais immédiatement. Pas par mon esprit , mon esprit est toujours vide, toujours inutile, toujours ce grand théâtre abandonné où personne ne joue plus. Non.Par mon corps.Ma nuque se raidit. Mes épaules se serrent. Mes mains s'enfoncent dans les draps, les poings fermés, les jointures qui blanchissent. Mon cœur , mon stupide cœur qui ne connaît que la peur et l'attente , cesse de battre pendant une seconde entière.Une seconde de silence absolu dans ma poitrine.Puis il rattrape le temps perdu en s'emballant. Bam bam b







