LOGINIl ouvre les yeux, et dans ces yeux aigus, je vois une honte profonde, ancienne, dévastatrice.— Une partie de Lyra est libre. C'est cette partie que tu as vue dans le jardin. C'est cette partie qui te parle, qui te sourit, qui t'appelle maman. Mais ce n'est qu'une fraction de son âme. Un fragment. Le reste est toujours prisonnier de Maëva, dans les profondeurs.— Pourquoi tu ne m'as pas dit ça tout de suite ?— Parce que je ne voulais pas t'infliger cette souffrance. Parce que je ne voulais pas que tu saches que j'avais mutilé l'âme de ta fille.Sa voix se brise sur les derniers mots.— J'ai mutilé son âme, Déesse. Je l'ai déchirée en deux. Une moitié libre, une moitié prisonnière. Et je ne sais pas si elle pourra jamais être réunifiée.Le silence retombe. Lourd. Écrasant. Je regarde E
Je ne sais pas. Je ne sais plus.Je m'allonge sur le lit, les yeux fixés sur le plafond de pierre noire. La lumière bleutée pulse doucement au-dessus de moi, indifférente à mes tourments. La marque sur mon avant-bras est redevenue silencieuse, mais je sais qu'elle est toujours là, prête à s'activer.Maëva m'a invitée à descendre dans les profondeurs. Seule. Sans prévenir Kael ni Eryon. Sans attendre les trois jours de préparation. Sans l'armée de mages.C'est peut-être un piège. C'est probablement un piège. Mais si c'est le seul moyen de découvrir la vérité ?Je ferme les yeux. Le sommeil ne viendra pas, je le sais. Mais j'essaie quand même. J'essaie de faire le vide, de calmer le tourbillon de pensées qui menace de m'engloutir.Et dans le silence de la nuit, une dernière phrase résonne d
Mon cœur s'arrête. Littéralement, j'ai l'impression qu'il cesse de battre pendant une seconde.— Qu'est-ce que vous voulez dire ?— Ils t'ont dit que Lyra était prisonnière, n'est-ce pas ? Ils t'ont dit que j'avais capturé son âme et que je la retenais dans une cage de lumière noire. C'est ce qu'ils t'ont dit ?— Oui.— Et tu les as crus ?— J'ai vu Lyra. Je lui ai parlé. Elle m'a confirmé ce que vous dites.— Tu as vu une illusion, ma colombe. Une projection que j'ai créée pour te rassurer. La vraie Lyra n'est pas prisonnière. La vraie Lyra est en sécurité. C'est moi qui l'ai sauvée.— Vous mentez.— Vraiment ? Réfléchis. Le jour de la chute, quand tout brûlait, qui était là pour protéger Lyra ? Kael ? Il est mort en e
La femme aux yeux pâles lève la main immédiatement. Quatre autres mages l'imitent. Le dernier mage , un homme jeune, au visage caché par une capuche , hésite, puis lève la main à son tour.Six contre six. L'assemblée est divisée.— Égalité, dit Eryon. Conformément aux règles du conseil, c'est au président de trancher.Il sourit – un sourire froid, sans humour.— Je tranche en faveur de Déesse. Nous l'aiderons à vaincre Maëva.La femme aux yeux pâles se lève brusquement, faisant grincer son siège sur le sol de pierre.— C'est une folie, Eryon. Vous condamnez Elyndor tout entier.— C'est possible. Mais au moins, nous mourrons en nous battant, plutôt qu'en nous cachant.Il se lève à son tour, imité par les autres mages.
C'est une femme qui a parlé. Une femme jeune , en apparence , aux cheveux d'un blond presque blanc, aux yeux d'un bleu si pâle qu'ils en sont presque transparents. Elle me regarde avec une expression de curiosité mêlée de mépris.— Ou plutôt, ce qu'il en reste, continue-t-elle. Une femme sans souvenirs, sans pouvoirs, sans identité. Une coquille vide. Et c'est pour elle que nous devrions risquer nos vies ?— Elle a des pouvoirs, dit Eryon. Elle les a manifestés aujourd'hui même. Une lumière violette qui a détruit les Éveilleurs.Un nouveau murmure, plus intense que le précédent. Les mages se redressent sur leurs sièges, soudain plus intéressés.— La lumière violette ? dit un mage chauve aux mains couvertes de tatouages runiques. C'est la signature de Maëva. Si Déesse peut l'utiliser, c
Elle lève les yeux vers lui. Quelque chose passe entre eux, un échange silencieux que je ne peux pas déchiffrer. Je détourne le regard, mal à l'aise. Même après toutes ces années, voir leur complicité me fait mal. Voir leur amour me fait mal.— Très bien, dis-je en m'éloignant vers mon bureau. Puisque nous sommes d'accord sur le principe, il faut maintenant décider de la stratégie.— Quelle stratégie ? dit Kael.— Nous ne pouvons pas descendre dans les profondeurs sans préparation. Maëva nous attend. Elle a eu des siècles pour fortifier son domaine, pour créer des pièges, pour rassembler ses forces. Si nous y allons maintenant, nous mourrons tous les trois avant d'avoir atteint la première marche de son trône.— Alors qu'est-ce qu'on fait ?— Nous consultons les au
DéesseAprès le départ de la Silencieuse, je reste assise sur le lit sans bouger.Longtemps.Très longtemps.Le temps passe — je ne sais pas combien. Les heures n'ont pas de sens, ici. La lumière bleutée ne change pas d'intensité. La pierre noire ne se réchauffe ni ne refroidit. Le monde, dehors, p
Déesse Sa réponse est immédiate. Presque blessée.— Je les envie.Le mot résonne dans la petite pièce. L'envie. La Silencieuse envie les simples, ceux qui ne savent pas, ceux qui ne voient pas, ceux qui n'ont pas à porter le poids de ce qu'ils savent.— Pourquoi suis-je ici, moi ?Je repose le pai
Déesse Elle recule d'un pas. Son ombre glisse sur le mur de pierre , trop grande, trop déformée, une ombre qui n'appartient pas à un corps humain.— Repose-toi. Demain, des gens viendront te voir. Des gens qui te connaissent mieux que tu ne te connais toi-même.— Attends ...— Des gens qui t'ont a
DéesseJ'ouvre les yeux.Le plafond est noir. Pas noir comme la nuit dehors, non ,noir comme une pierre polie depuis des siècles, veinée de reflets bleutés qui coulent lentement, comme des souvenirs liquides qui auraient oublié leur propre sens. Je fixe ces veines pendant un long moment. Elles boug







