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Chapitre 3 — Secrets À La Dérive

last update publish date: 2026-05-31 09:34:53

Le bruit des vagues m’empêchait d’oublier où je me trouvais.

J’étais assise sur le lit, les yeux fixés sur les cordes qui retenaient encore mes poignets. Après ma dernière conversation avec Zion, je savais que je ne retrouverais pas ma liberté de sitôt. Tous les trois voulaient des réponses, mais ils semblaient incapables de comprendre que me garder prisonnière ne ferait qu’aggraver les choses.

Pourtant, quelque chose me préoccupait davantage que cet enlèvement : la mention des dangers qui pouvaient menacer notre famille.

Mon père.

L’Organisation.

Matthew.

Je connaissais ce monde et je savais que, lorsque des hommes comme Zion commençaient à parler de menaces, ils exagéraient rarement. Mais je savais aussi qu’ils avaient l’habitude de décider ce que les autres devaient savoir, dissimulant des informations sous prétexte de protection.

Je ne faisais plus confiance à ce genre de protection.

Je m’approchai de la tête de lit et tentai une nouvelle fois de desserrer les liens. Sans succès. Mes poignets me faisaient mal, et insister sans disposer d’un outil ne ferait que m’épuiser.

J’abandonnai pour le moment et tournai les yeux vers la porte.

Si je ne pouvais pas sortir d’ici tout de suite, je devais découvrir ce qui se passait.

Quelque temps plus tard, Luka revint seul.

Il apportait des vêtements propres et un petit plateau-repas. Il posa le tout sur la table avant de me regarder.

— Tu dois manger.

— Et toi, tu dois me détacher. On dirait qu’aucun de nous n’obtiendra ce qu’il veut aujourd’hui.

Luka soupira.

— Maeve, je ne cherche pas à me disputer avec toi.

— Alors tu commences très mal.

Il tira une chaise et s’assit. Pendant quelques secondes, il se contenta de m’observer, comme s’il cherchait la meilleure façon d’entamer la conversation.

Je connaissais cette attitude. Luka pesait toujours ses mots avant de les prononcer, surtout lorsqu’il savait que la vérité risquait de provoquer une réaction désagréable.

— Zion s’inquiète pour Matthew, finit-il par dire.

Mon corps se raidit.

— S’il s’inquiète, il n’a qu’à l’appeler. C’est son père.

— Ce n’est pas aussi simple.

— Bien sûr que non. Rien n’est jamais simple quand vous décidez de tout compliquer.

Luka ignora ma provocation.

— Il y a des questions liées à l’Organisation qui doivent être éclaircies. Ton absence, certains mouvements récents et des informations qui nous sont parvenues pourraient être liés.

— Quelles informations ?

Il hésita.

Cette pause suffit à éveiller davantage ma méfiance.

— Tu veux que je parle, mais tu n’es pas prêt à faire de même, fis-je remarquer. Pourquoi devrais-je coopérer ?

— Parce que cela pourrait affecter des personnes que tu veux protéger.

— Ne te sers pas de Matthew pour me mettre la pression.

— Ce n’est pas ce que je fais.

— Si. Peut-être que tu ne t’en rends même pas compte, mais c’est exactement ce que tu fais.

Luka passa une main sur son visage. Pour la première fois depuis son entrée, il sembla fatigué.

— Je ne veux pas qu’il lui arrive quoi que ce soit, Maeve.

— Alors commence par respecter sa mère.

Il garda le silence.

J’en profitai pour poser la question qui comptait vraiment :

— Mon père sait-il que je suis ici ?

Luka ne répondit pas immédiatement.

Mon estomac se noua.

— Oui ou non ?

— Je ne peux pas répondre à cette question pour le moment.

Je laissai échapper un rire incrédule.

— Vous enlevez une femme adulte, vous la gardez prisonnière sur un navire et vous pensez encore pouvoir décider des questions qu’elle a le droit de poser ?

— Ce n’est pas une question d’autorisation.

— Alors, c’est une question de quoi ?

Il se leva, mettant fin à la conversation sans me donner la réponse que je voulais.

— Je vais demander qu’on t’apporte quelque chose à porter. Et je vais insister pour que tu puisses appeler Matthew.

— Luka.

Il s’arrêta près de la porte.

— S’il arrive quoi que ce soit à mon fils, ni l’Organisation, ni l’argent, ni le pouvoir ne suffiront à vous protéger de moi.

Il soutint mon regard quelques secondes avant de sortir.

Je ne parvins pas à interpréter son expression, mais je compris qu’il prenait ma menace au sérieux.

C’était déjà ça.

Lorsque je fus de nouveau seule, j’essayai de remettre en ordre les quelques informations que j’avais obtenues.

L’Organisation rencontrait un problème. Mon père en savait peut-être plus que je ne l’imaginais. Et tous les trois pensaient que mon absence était liée à quelque chose qu’ils n’avaient pas réussi à résoudre au cours des cinq dernières années.

Mais qu’espéraient-ils exactement trouver chez moi ?

Je n’étais pas une dirigeante de l’Organisation. Je ne participais pas aux décisions concernant les affaires de la famille et, depuis que j’avais pris mes distances, j’avais fait tout mon possible pour tenir ma vie éloignée de cet univers.

Cela ne signifiait pas que j’avais oublié tout ce que je savais.

Il y avait des choses que je n’avais jamais racontées à Zion, Luka ou Elias. Certaines parce que je ne leur faisais plus confiance ; d’autres parce que je croyais que garder le silence suffirait à protéger les personnes concernées.

Peut-être avais-je eu tort de le croire.

Un coup frappé à la porte interrompit mes pensées.

Cette fois, ce fut Elias qui entra. Il apportait des vêtements et affichait une expression plus sérieuse que d’habitude.

— Je suis venu voir comment tu allais.

Je regardai mes poignets.

— Tu veux une réponse sincère ou une réponse qui te facilitera la tâche ?

Il posa les vêtements sur le fauteuil.

— Tu es toujours en colère.

— Et toi, tu continues à constater l’évidence.

Elias ne discuta pas. Il s’approcha juste assez pour examiner les marques laissées par les cordes, tout en conservant une distance respectueuse.

— Est-ce que les liens te font mal ?

— À ton avis ?

Il resta silencieux un instant.

— Je vais demander qu’on les desserre.

— Je ne veux pas qu’on les desserre. Je veux qu’on me détache.

— Je sais.

Sa réponse me surprit plus que je ne l’aurais cru. Au moins, il n’essayait pas de prétendre qu’une petite concession réglerait le problème.

— Alors pourquoi suis-je encore attachée ?

— Parce que les autres pensent que tu vas t’enfuir avant que nous ayons pu discuter.

— Et toi ?

Elias me regarda.

— Je pense que si nous continuons à te traiter comme une prisonnière, c’est exactement ce que tu essaieras de faire.

— Enfin, quelqu’un qui comprend.

Il ne sourit pas. Il se contenta d’acquiescer, comme s’il gardait cette information en réserve pour une prochaine discussion.

— Je ne peux pas te promettre que tu seras libérée maintenant, Maeve. Mais je peux essayer de faire en sorte que tu puisses parler à Matthew.

La mention de mon fils capta immédiatement toute mon attention.

— Quand ?

— Je vais demander une réponse à Zion.

Ce n’était pas une garantie, mais c’était davantage que ce que j’avais obtenu jusque-là.

— Et mon père ? demandai-je. Qu’est-ce que vous savez à son sujet ?

Elias détourna les yeux un instant.

Ce geste confirma mes soupçons : ils me cachaient quelque chose.

— Il y a des questions que nous devons éclaircir avant de tout te raconter.

— Vous ne comprenez pas que ce genre de réponse ne fait qu’accroître ma méfiance ?

— Si, je comprends.

— Alors arrêtez.

Il resta silencieux, sans chercher à se justifier.

Pendant quelques secondes, j’envisageai de révéler une partie de ce que je gardais pour moi. C’était peut-être l’occasion de découvrir si mes secrets avaient un lien avec les menaces dont ils parlaient.

Mais je me retins.

Je ne savais pas ce qu’ils voulaient réellement, ni jusqu’où ils étaient prêts à aller pour obtenir des réponses. Révéler des informations importantes alors que j’étais toujours prisonnière représentait un risque que je n’étais pas prête à prendre.

— Quand je serai libre, nous parlerons, déclarai-je.

Elias acquiesça lentement.

— Je m’en souviendrai.

Après son départ, je pris les vêtements qu’il avait apportés et les posai à côté de moi. Je ne savais pas combien de temps je resterais encore dans cette suite, mais une chose était claire : aucun des trois n’avait l’intention de me libérer avant d’avoir obtenu ce qu’il voulait.

Et je n’avais pas l’intention de leur livrer mes secrets simplement parce qu’ils avaient décidé qu’il était temps de les entendre.

Le navire poursuivait sa route, m’emmenant vers une destination que j’ignorais. À l’extérieur, la mer semblait infinie.

Pourtant, à l’intérieur de cette suite, une certitude commençait à prendre forme.

Si Zion, Luka et Elias pensaient que cinq années de silence pourraient être effacées par quelques conversations forcées, ils se trompaient.

Le passé ne disparaîtrait pas simplement parce qu’ils avaient enfin décidé de l’affronter.

Et je devais encore découvrir si le danger qu’ils redoutaient tant venait de l’extérieur de notre famille ou de quelque chose que nous avions nous-mêmes laissé grandir dans le secret.

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