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Chapitre 5 — Entre Quatre Murs

last update Petsa ng paglalathala: 2026-06-01 21:46:18

Je commençais à perdre la notion du temps lorsque j’entendis des voix de l’autre côté de la porte.

J’ignorais combien d’heures s’étaient écoulées depuis mon réveil sur ce navire. Sans mon téléphone, sans montre et sans aucun repère autre que la lumière qui traversait les rideaux, tout semblait se fondre dans une interminable succession de moments passés à attendre.

Je détestais attendre.

Surtout lorsque d’autres personnes décidaient de ce que j’avais le droit de faire ou non.

Je réajustai mes vêtements et m’assis au bord du lit. Mes poignets portaient encore les marques des cordes, mais on m’avait détachée. Je n’étais pas libre pour autant, même si je pouvais au moins me déplacer dans la pièce.

Lorsque j’essayai d’ouvrir la porte, je découvris qu’elle était verrouillée.

— Évidemment, murmurai-je en tournant une nouvelle fois la poignée.

Je frappai la porte de la paume de la main.

— Zion !

Personne ne répondit.

Je frappai de nouveau, plus fort cette fois.

— Luka ! Elias ! Est-ce que l’un de vous compte m’expliquer quand je pourrai sortir d’ici ?

J’entendis des pas s’approcher, mais ils s’arrêtèrent avant que la porte ne s’ouvre.

— Retournez à l’intérieur, Maeve, ordonna une voix masculine de l’autre côté.

Je ne reconnus aucun des trois hommes dans cette voix.

Cela ne fit qu’accroître mon irritation.

— Ouvrez cette porte.

— J’ai reçu l’ordre de vous garder ici.

— Alors dites à vos supérieurs de venir me donner ces ordres en personne.

L’homme ne répondit pas.

Je m’éloignai de la porte avant que l’envie de lui donner un coup de pied ne devienne irrésistible. Cela ne servirait à rien de passer ma frustration sur un employé qui ne faisait probablement qu’obéir aux ordres.

Mais cette découverte m’inquiétait.

Les trois hommes ne se contentaient pas de me garder dans cette suite. Ils avaient placé d’autres personnes pour surveiller la porte, ce qui signifiait que ma liberté dépendait d’une décision qu’ils n’avaient toujours pas l’intention de prendre.

Je retournai m’asseoir sur le lit, essayant de remettre mes pensées en ordre.

Je devais découvrir où nous étions et comment contacter Matthew. Je devais également comprendre pourquoi Zion insistait sur le fait que j’étais en danger.

Je ne croyais pas qu’il avait tout inventé. Je connaissais les risques de cet univers et savais que l’Organisation avait suffisamment d’ennemis pour que le moindre faux pas se transforme en menace.

Mais cela ne justifiait pas ce qu’ils m’avaient fait.

S’ils voulaient réellement me protéger, ils auraient pu commencer par m’expliquer la situation au lieu de me droguer et de m’emmener sur un navire contre ma volonté.

À moins qu’il n’y ait quelque chose qu’ils ne voulaient pas que je découvre avant notre arrivée à destination.

Cette possibilité ne me quitta plus.

La porte finit par s’ouvrir alors que j’étais sur le point d’essayer de démonter un objet de la chambre pour fabriquer un outil improvisé.

Luka entra seul.

— Avant que tu te mettes à crier, je suis venu discuter.

— Parfait. Je pensais justement arracher la porte pour redécorer la suite.

Il jeta un regard à la poignée, puis à moi.

— J’imagine que tu as compris que tu ne pouvais pas sortir d’ici toute seule.

— J’ai surtout compris que vous faites un effort impressionnant pour transformer une conversation en enlèvement prolongé.

Luka ne discuta pas. Il s’approcha de la table et y posa un téléphone portable.

Mon regard se fixa aussitôt sur l’appareil.

— C’est le mien ?

— Non. C’est un téléphone que tu pourras utiliser pour parler à Matthew, à condition que Zion autorise l’appel.

L’espoir qui venait de naître en moi disparut presque aussi vite qu’il était apparu.

— Tu te moques de moi ?

— Non.

— Alors pourquoi m’apporter un téléphone que je ne peux pas utiliser ?

— Parce que nous essayons d’organiser l’appel en toute sécurité.

Je croisai les bras.

— Vous êtes capables de commander des hommes armés, de gérer des affaires et de résoudre des problèmes qui empêcheraient n’importe qui de dormir, mais vous n’arrivez pas à laisser une mère parler à son propre fils ?

Luka soutint mon regard.

— Ce n’est pas une question de capacité, Maeve. C’est une question de sécurité.

— Vous adorez ce mot.

Il resta silencieux quelques secondes, puis tira une chaise.

— Je veux que tu comprennes une chose. Personne ici ne souhaite que Matthew souffre.

— Alors cessez de m’éloigner de lui.

— Je ne peux pas te promettre que tout sera réglé immédiatement.

— Tu peux commencer par tenir la promesse de Zion.

Luka baissa les yeux vers le téléphone.

— Je vais lui en reparler.

Cette réponse m’irrita, mais je décidai de ne pas prolonger la dispute. Je devais préserver la possibilité de passer cet appel, et crier ne ferait pas sonner le téléphone plus vite.

— Maintenant, dis-moi ce qui se passe, demandai-je. Tu as parlé de l’Organisation, de menaces et d’informations qui pourraient avoir un lien avec moi. Je veux savoir de quoi il s’agit.

Luka posa les coudes sur ses genoux.

— Certaines choses ont changé pendant ton absence. Il y a des mouvements que nous n’arrivons pas encore à expliquer complètement, et ton nom est réapparu dans des conversations que nous préférerions garder sous contrôle.

Mon estomac se noua.

— Mon nom est apparu où ?

— Dans des informations que nous sommes en train de vérifier.

— Cela ne signifie absolument rien.

— Cela signifie que nous devons comprendre pourquoi tu pourrais être impliquée.

Je me levai et commençai à faire les cent pas dans la pièce.

Je connaissais cette sensation. C’était la même que j’éprouvais lorsque mon père recevait de mauvaises nouvelles et passait toute la nuit à passer des appels. Je n’avais jamais aimé être tenue à l’écart des décisions, mais j’avais appris que, dans cet univers, certaines informations pouvaient mettre une personne en danger simplement parce qu’elle les connaissait.

Malgré tout, je refusais de rester dans l’ignorance.

— Si quelqu’un me recherche, je veux savoir qui.

— Nous devons encore confirmer certaines informations.

Je m’arrêtai devant lui.

— Vous m’avez donc emmenée ici sans savoir s’il existe réellement une menace ?

— Nous savons qu’il y a des raisons de nous inquiéter.

— Des raisons ne sont pas des réponses, Luka.

Il se leva à son tour.

— Je sais.

Cette sincérité inattendue m’empêcha de lancer la prochaine remarque qui me venait à l’esprit.

Pendant un instant, je vis à quel point cette situation pesait également sur lui. J’ignorais s’il s’inquiétait pour moi, pour l’Organisation ou pour les conséquences qui pourraient survenir si quelque chose tournait mal.

Mais je ne pouvais pas laisser cela me détourner de ce qui comptait vraiment.

— Je veux parler à Matthew aujourd’hui, déclarai-je. Pas demain, pas lorsque vous aurez terminé de discuter de vos affaires. Aujourd’hui.

Luka regarda le téléphone posé sur la table.

— Je ferai tout mon possible.

— Fais davantage que le possible.

Il prit l’appareil et se dirigea vers la porte.

— Maeve ?

Je me tournai vers lui.

— Quoi ?

— Si tu sais quelque chose qui pourrait nous aider, tu dois nous le dire.

Je le fixai quelques secondes.

Il y avait des choses que je savais. Des informations que je gardais pour moi depuis des années et qui pouvaient avoir un lien avec la situation actuelle. Mais je n’avais pas suffisamment de preuves pour conclure que ces événements étaient liés.

Et je ne leur faisais pas assez confiance pour tout révéler.

— Lorsque j’aurai des raisons de croire que vous me dites la vérité, nous pourrons peut-être en parler, répondis-je.

Luka acquiesça sans insister.

Cette fois, lorsqu’il sortit, il ne verrouilla pas immédiatement la porte.

Je m’approchai rapidement et saisis la poignée.

Le couloir était presque vide. J’aperçus deux hommes à une certaine distance ainsi qu’une caméra installée près du plafond.

Ce n’était pas une véritable occasion de fuir.

Mais c’était une occasion d’observer.

Je mémorisai la position des gardes, la distance jusqu’à l’ascenseur et l’emplacement de la caméra. Puis je refermai la porte avant que quelqu’un ne remarque ma tentative.

Je n’avais toujours pas de plan.

Mais je commençais à connaître ma prison.

Et, pour m’en échapper, je devais en comprendre chaque détail.

Je retournai près de la fenêtre tandis que le ciel commençait à s’assombrir.

Je pensai à Matthew, à mon père et aux trois hommes qui avaient décidé de me ramener dans leur vie sans me laisser la moindre possibilité de choisir.

J’ignorais combien de temps nous resterions sur ce navire, ni ce qui m’attendrait lorsque nous arriverions enfin à destination.

Mais une chose était déjà décidée.

Je ne livrerais pas mes secrets simplement pour acheter quelques heures de tranquillité. Je ne laisserais pas non plus ces hommes se servir de mon fils comme prétexte pour contrôler chacun de mes mouvements.

S’il existait une véritable menace, je devais la connaître.

Si mon passé était lié à ce qui se passait maintenant, je devais découvrir comment.

Et si Zion, Luka et Elias pensaient que j’allais simplement accepter cette situation parce que j’avais autrefois fait partie de leur vie, ils allaient être déçus.

Je n’étais pas ici par choix.

Mais lorsque j’aurais enfin l’occasion de décider de la suite, je le ferais pour moi-même.

Sans demander la permission à aucun d’eux.

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