Mag-log inChapitre 53
Ximena
L'atelier de Coyoacán est devenu un champ de bataille. Les toiles s'accumulent contre les murs, empilées les unes sur les autres comme des soldats tombés au combat. Il y en a partout : sur le chevalet, sur le sol, sur la vieille commode que j'ai débarrassée pour y poser des pots de peinture. Les couleurs explosent dans la lumière crue du matin mexicain, rouge carmin, bleu de Pr
Chapitre 96GaelLa pluie tombe sur Coyoacán. Une pluie fine, obstinée, qui coule sur les façades blanchies à la chaux, sur les volets verts, sur les bougainvilliers dont les fleurs magenta s’alourdissent d’eau et se penchent vers le sol. Les pavés sont luisants, glissants, mes semelles crissent sur la pierre humide. Je n’ai pas de parapluie. Je n’ai pas de manteau. Juste une chemise blanche, un jean, des baskets qui laissent entrer l’eau. La pluie a traversé le tissu, ma peau est froide, mes cheveux collent à mon front, l’eau coule le long de ma nuque, descend dans mon dos.Je suis là, devant l’atelier de Ximena. La porte en bois massif est fermée, les volets sont tirés, mais une lumière filtre par les interstices, une lueur jaune, chaude, celle des lampes qu’elle allume le soir quand elle travail
Chapitre 95GaelLe cabinet du docteur Valeria Fuentes est toujours le même. Les murs blancs, la plante verte suspendue au plafond, les stores en bambou qui filtrent la lumière madrilène, le fauteuil en cuir cabossé où je m’assieds deux fois par semaine, les mardis et les jeudis, à dix-sept heures précises. L’odeur de lavande et d’encens flotte, douce, apaisante. Les pierres polies sur l’étagère, le petit Bouddha en bois, le livre à la couverture usée. Tout est inchangé.Mais moi, j’ai changé.Valeria est assise en face de moi, son bloc sur ses genoux, son stylo à la main. Elle m’écoute sans m’interrompre, ses yeux bruns fixés sur moi, calmes, attentifs. Elle a un pull en laine grise, une jupe longue, ses cheveux bruns tirés en a
Chapitre 93GaelLe téléphone sonne dans le silence de la petite maison. Il est tard, presque minuit, la lune est haute, sa lumière blanche entre par les persiennes entrouvertes, dessine des losanges sur le sol en terre cuite. Je suis assis sur le bord du lit, en train d'écrire mon journal, la lampe à huile allumée, sa petite flamme jaune qui vacille au moindre courant d'air. Les mots coulent, lents, appliqués. Je raconte ma journée, la chaleur du soleil sur ma nuque, les figues du figuier qui tombent et éclatent, la serveuse du café El Olivo qui m'a souri. Je raconte ce que j'ai vu d'elle, sa robe blanche à petites fleurs bleues, son panier en osier, ses yeux qui ont effleuré les miens une fraction de seconde avant qu'elle ne détourne la tête.Le téléphone vibre sur la table de nuit. Son nom s'affiche sur l'&ea
Chapitre 92XimenaL'atelier est presque noir. La nuit est tombée sans que je m'en rende compte, la lumière a glissé du doré au gris, du gris au noir, et je suis restée là, debout près de la fenêtre, à regarder la rue sans la voir. Mes yeux sont fixés sur le rectangle de ciel étoilé entre les rideaux entrouverts, sur la lune qui monte, mince, acérée comme une faucille, sa lumière pâle qui blanchit les toits de Coyoacán. Les mots d'Emilio tournent encore dans ma tête, ils tournent, ils tournent, ils ne s'arrêtent pas. "Tu es encore amoureuse de cet homme."Je devrais me fâcher. Je devrais lui crier qu'il se trompe, qu'il ne connaît rien de moi, de mon cœur, de ce que j'ai traversé. Je devrais lui dire que Gael est le passé, une cicatrice, une erreur qu'on ne r&eac
Chapitre 91XimenaL'atelier est silencieux. La lumière de l'après-midi est douce, presque dorée, elle entre par les fenêtres sales et caresse les toiles alignées contre les murs, les pinceaux dans les pots, les tubes de peinture éparpillés sur la commode. L'odeur de la térébenthine flotte, âcre et douce à la fois, familière, rassurante. Je suis assise devant mon chevalet, les mains posées sur mes genoux, le pinceau posé sur la palette. Je ne peins pas. Je ne peux pas peindre.Les mots de Rivas tournent encore dans ma tête, ses insultes, ses mépris, sa certitude arrogante que je ne suis qu'une usurpatrice, une femme riche qui joue à l'artiste. Mais ce n'est pas cela qui me paralyse. C'est autre chose. C'est ses mains à lui. Les mains de Gael. Ses mains tremblantes sur le col de la veste, ses doigts q
Chapitre 90GaelLa petite maison est silencieuse. La nuit est tombée depuis longtemps, les volets sont fermés, les rideaux tirés. La lampe à huile posée sur la table de nuit est allumée, sa petite flamme jaune vacille au moindre courant d'air, projetant des ombres mouvantes sur les murs blanchis à la chaux. L'odeur de la cire chaude se mêle à celle de la lessive, du bois ancien, de la terre humide du jardin.Je suis assis sur le bord du lit, le journal intime ouvert sur mes genoux, le stylo à la main. Mes doigts tremblent encore, légèrement, malgré les heures passées depuis l'incident. Le souvenir de ses yeux, de sa voix glacée, de son "merci" qui m'a transpercé comme une épée, tout cela est encore trop vif, trop présent.Je n'ai pas pu manger. La faim est là, so







