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Bip. Bip. Bip.
Je grogne et enfouis mon visage dans l’oreiller.
— Tais-toi…
Bip. Bip. Bip.
Ma main tâtonne à l’aveugle sur la table de nuit. Je rate le réveil une première fois, puis une deuxième.
— J’arrive… marmonné-je.
Je finis par appuyer dessus. Le silence retombe. Enfin. Je reste immobile quelques secondes, les yeux fermés.
Je roule sur le dos et fixe le plafond.
— Sept ans de mariage… soufflai-je.
Et je l’aime toujours autant…
Je tourne la tête vers l’autre côté du lit.
Vide.
Mon sourire s’agrandit.
— Bien sûr… déjà parti.
Matteo et ses surprises…
Je me redresse lentement, encore un peu engourdie. Mon corps est lourd, mais il y a cette sensation étrange, persistante, au creux de mon ventre.
Depuis quelques jours déjà.
Je fronce légèrement les sourcils.
Je me sens vraiment bizarre…
Mon téléphone se met à vibrer sur la table de nuit.
Bzz… Bzz… Bzz…
Je le prends sans regarder l’écran.
— Allô… ?
— Elena !
Je souris instantanément.
— Maman…
Sa voix est vive, presque trop.
— Tu es réveillée ?! Tu dors encore ?!
Je laisse échapper un petit rire.
— Je viens d’ouvrir les yeux… laisse-moi au moins respirer…
— Aujourd’hui est un grand jour ! Tu ne peux pas dormir !
Je me lève en traînant légèrement les pieds.
— Oui, oui… je sais…
— “Oui, oui…” ?! répète-t-elle. Elena, c’est ton anniversaire de mariage !
Je roule des yeux en me dirigeant vers la salle de bain.
— Je sais, maman… sept ans… je n’ai pas oublié.
— Et tu es prête ?
Je m’arrête devant le miroir.
Mes cheveux sont en bataille. Mon visage encore marqué par le sommeil.
Mais mes yeux brillent.
— Je crois que oui…
Plus que prête…
Je baisse les yeux vers le tiroir.
Je l’ouvre.
Le test est là.
Je déglutis.
— Tu crois… que c’est le bon moment ? murmuré-je.
— Pour quoi ? demande ma mère.
Je prends le test dans ma main.
— Rien… oublie…
Non… je veux savoir… maintenant.
Je coince le téléphone entre mon épaule et mon oreille.
— Tu fais quoi ? demande-t-elle.
— Je vais… aux toilettes.
— Elena !
— Quoi ?!
— Tu ne vas pas me laisser en ligne pendant que—
— Trop tard.
Je coupe à moitié son protestation en posant le téléphone sur le meuble, haut-parleur activé.
— Ne raccroche pas.
— Je ne raccroche pas ! Mais dépêche-toi !
Je laisse échapper un petit rire nerveux.
Mes mains tremblent légèrement.
Allez… respire…
Quelques secondes passent.
Puis—
Un petit clic.
Je baisse les yeux.
Le voyant s’allume.
Deux traits.
Je reste figée.
— Elena ?! s’impatiente ma mère. Tu fais quoi ?!
Ma respiration se bloque.
— Elena ?
Je porte une main à ma bouche.
— Je…
Ma voix tremble.
— Je suis enceinte.
Un silence.
Puis—
— Quoi ?!
Sa voix explose dans le téléphone.
Je laisse échapper un rire étranglé, presque un sanglot.
— Je suis enceinte, maman…
Mes jambes flanchent et je m’assieds sur le rebord de la baignoire.
— Oh mon Dieu… oh mon Dieu… répète-t-elle.
Je ris, je pleure en même temps.
— Ça a marché… ça a vraiment marché…
— Ma chérie…
Sa voix se brise légèrement. Puis elle tousse, une toux sèche, brusque.
Je me redresse immédiatement.
— Maman ?
— Ça va…
Elle tousse encore.
— Maman, tu—
— C’est rien.
Je fronce les sourcils.
— Tu es sûre ?
— Oui… oui… j’ai juste attrapé un petit rhume.
Un rhume ?
— Tu es malade ?
— Un peu fatiguée, rien de plus.
Je serre le téléphone.
— Tu viens quand même aujourd’hui ?
— Elena… je ne pense pas pouvoir venir.
Mon cœur se serre.
— Quoi ?
— Je préfère rester me reposer.
— Non, attends, je peux venir te chercher ! dis-je rapidement. On appelle un médecin, on—
— Non.
Sa voix est douce, mais ferme.
— Elena… aujourd’hui, c’est ton jour.
Je baisse les yeux vers le test toujours dans ma main.
— Mais maman…
— Tu dois profiter. Avec Matteo.
Matteo…
— Et puis…
Sa voix s’adoucit encore.
— Tu vas avoir un bébé.
Je ferme les yeux.
— Je suis tellement heureuse pour toi…
Un petit sourire triste étire mes lèvres.
— Tu me manques déjà…
— On s’appelle ce soir ?
— Promis ?
— Promis.
Je souffle.
— Repose-toi.
— Toi aussi… prends soin de toi.
— Toujours.
Je raccroche. Le silence retombe. Je regarde le test puis mon reflet dans le miroir.
— Je suis enceinte…
Un rire m’échappe.
Je me lève d’un bond.
— Matteo va devenir fou !
Je me précipite hors de la salle de bain, attrape mon téléphone.
Je tape un message rapidement.
“J’ai une surprise pour toi.”
Je souris.
Non… mieux…
J’efface.
“J’ai hâte de te voir.”
J’envoie.
Quelques secondes.
Rien.
Je fais les cent pas.
Mon téléphone vibre enfin.
Bzz.
Je l’ouvre immédiatement.
Matteo : “Je serai directement au manoir. J’ai des choses à régler.”
Je fixe l’écran.
Mon sourire se fige légèrement.
Pas même un… “bonjour” ?
Je tape :
“Tout va bien ?”
Réponse quasi immédiate.
“Oui.”
C’est tout.
Je reste immobile.
Juste… oui ?
Je relis le message.
Encore.
Puis je verrouille mon téléphone.
— D’accord…
Je souffle doucement.
Il est juste occupé… c’est une grande soirée…
Je force un sourire.
— Il va adorer la surprise…
Je serre le test contre moi.
— Il doit juste être stressé.
Oui… c’est ça…
Je me dirige vers la chambre pour m’habiller.
Aujourd’hui…
Tout va changer.
Tout doit être parfait.
*****
Alors que j’arrivais au manoir, je ne reçu toujours pas de message venant de Matteo.
Il devrait déjà être là… Matteo n’a jamais été en retard pour une soirée qui lui est dédiée. Jamais.
La voiture s’arrête devant les marches en marbre. Un employé s’approche pour m’ouvrir la porte, et je lui adresse un sourire automatique en sortant.
— Bonsoir, madame.
— Bonsoir… merci.
Ma voix me semble un peu trop douce. Je lisse ma robe d’un geste machinal avant de lever les yeux vers la façade illuminée. Le manoir De Santis n’a jamais été aussi éclatant. Des lumières dorées habillent les balcons, et derrière les grandes fenêtres, je distingue déjà les silhouettes des invités.
— Elena !
Je me retourne au son de cette voix familière et la reconnais aussitôt – une des invitées qui s'approche, le visage illuminé.
— Tu es vraiment superbe ! lance-t-elle en m’attirant dans une brève étreinte.
— Oh, merci, c’est adorable de ta part, lui réponds-je.
— Matteo va être fou en te voyant comme ça.
Oui… il va être fou, mais pas pour la raison que tu crois.
Je hoche la tête, le cœur un peu plus léger à cette pensée.
— Tu sais où il est ? demandai-je naturellement.
Elle hésite une fraction de seconde.
— Je… non, je ne l’ai pas encore vu.
Mon sourire vacille à peine, juste assez pour que moi seule le remarque.
— Il doit être en retard.
— Probablement, ajoute-t-elle rapidement.
Je m’éloigne doucement, saluant d’autres invités au passage, répondant aux compliments, laissant échapper quelques rires. Mais mon regard continue de balayer la pièce, inlassablement.
Pas de Matteo.
Je vérifie mon téléphone.
Aucun nouveau message.
D’accord… respire… il arrive.
— Tu le cherches ?
La voix derrière moi me fait légèrement sursauter. Je me retourne et croise le regard d’un des amis de Matteo.
— Oui… tu l’as vu ?
Il hausse les épaules.
— Pas depuis cet après-midi.
Mon estomac se serre imperceptiblement.
— Ah… d’accord.
— Il doit être occupé, ajoute-t-il avec un sourire un peu trop détendu.
Occupé… oui… comme toujours.
Je repose mon verre sans y avoir touché et m’écarte du groupe. L’agitation autour de moi devient soudain étouffante. Les rires me semblent trop forts, les voix trop nombreuses.
Je dois le trouver.
Il est sûrement dans sa chambre…
C’est là qu’il se réfugie toujours quand il veut éviter le monde.
Je monte à l’étage. Je fais quelques pas, puis m’arrête. Un son. Faible. Étouffé.
Je fronce les sourcils.
C’est quoi ?
Je tends légèrement l’oreille. Le son se répète. Un souffle. Puis un autre.
Mon cœur ralentit une seconde, comme suspendu.
Non…
Je secoue légèrement la tête, comme pour chasser cette idée.
Ce n’est rien… probablement un invité…
Je reprends ma marche, un peu plus lentement cette fois. Plus je m’approche, plus les sons deviennent clairs. Des gémissements. Indiscutables.
Je m’arrête net devant la porte de la chambre d’ami.
Mon estomac se noue.
— Sérieusement… murmuré-je à voix basse, agacée malgré moi.
Ils ne peuvent pas attendre ? Ici ? Aujourd’hui ?
Je lève les yeux au ciel, prête à continuer mon chemin, quand un détail me fige.
— Plus fort babe, encore..., oui, oui, oui
— Oh oui, oh oui, tu aimes ça ... hun, hun, hun
Quelque chose de… familier.
Mon cœur rate un battement.
Non…
Je me tourne lentement vers la porte.
Le silence autour de moi devient assourdissant. Je n’entends plus que ça. Ces sons. Cette voix.
Mes doigts se crispent légèrement.
Tu te fais des idées…
Je fais un pas en arrière.
Puis un autre.
Mon regard glisse vers la porte de la chambre de Matteo, un peu plus loin dans le couloir.
Fermée.
Je déglutis.
Alors… pourquoi…
Un nouveau son traverse la porte.
Plus clair.
Plus reconnaissable.
Mon souffle se bloque.
Non… ce n’est pas lui…
Je sens mon cœur accélérer brutalement, cognant contre ma poitrine.
Je fais un pas en avant.
Puis un autre.
Ma main se lève lentement vers la poignée.
Elle tremble.
Si tu ouvres… tout change.
Tout s’embrouille dans ma tête.Épouse-moi.Je ferme les yeux brusquement.— Non…Le mot m’échappe à voix basse, presque comme une prière.C’est absurde. Complètement absurde.Je passe une main sur mon visage, essayant de me ramener à quelque chose de concret, de rationnel.— Ce n’est pas une solution…Ce n’est pas une solution… c’est un piège.Je me laisse finalement tomber sur le lit, le regard perdu dans le vide. Mon corps proteste légèrement, une douleur sourde me rappelant à la réalité.Tu n’as plus rien…Ses mots reviennent.Je serre les dents.— J’ai encore ma mère.Mon téléphone se met à vibrer sur la table de nuit.Je sursaute légèrement.L’écran s’allume.Papa.Mon cœur se serre immédiatement.Je décroche sans réfléchir.— Papa ?— Elena…Je me redresse aussitôt.— Qu’est-ce qu’il y a ?— Ta mère…Mon souffle se bloque.— Elle a fait un malaise ce matin.Le monde vacille légèrement.— Quoi ?— Elle est à l’hôpital.Je me lève d’un bond malgré la douleur.— Dans quel hôpital
Quand je rouvre les yeux, tout est silencieux.Le plafond blanc au-dessus de moi me semble étranger. Il me faut quelques secondes pour comprendre où je suis. L’odeur antiseptique, la lumière trop nette, le léger bourdonnement d’un appareil quelque part dans la pièce… tout me revient d’un coup.L’hôpital.Ma gorge est sèche. J’essaie d’avaler, mais le geste est douloureux. Mon corps est lourd, engourdi, comme si chaque muscle refusait de m’obéir. Lentement, je tourne la tête.Mes vêtements sont posés sur une chaise. Mon sac est là aussi.Je ferme les yeux un instant, mais les images reviennent aussitôt. La chambre. Matteo. Son regard. Ses mots.“Avec toi… je me sens étouffé.”Une pression se forme dans ma poitrine, mais aucune larme ne vient. C’est comme si quelque chose en moi s’était vidé en même temps que… le reste.Ma main glisse lentement sur le drap, jusqu’à mon ventre.Je m’arrête avant de le toucher.Un frisson me traverse.Il n’y a plus rien.Je retire ma main brusquement, com
La porte s’ouvre. Pendant une fraction de seconde, je ne comprends pas ce que je vois. Mon regard glisse sur les draps froissés, sur des silhouettes emmêlées, sur une peau que je reconnais… puis tout devient brutalement clair.L’air quitte mes poumons.Matteo.Mon mari.Son dos se fige. Son corps se tend. Et la femme sous lui tourne légèrement la tête.Je la reconnais immédiatement.Un rire nerveux, étranglé, m’échappe malgré moi.— …Non…Matteo se redresse lentement, et son regard croise le mien.Et là, il n’y a plus de doute possible.Le silence s’abat sur la pièce, lourd, oppressant. Même leurs respirations semblent s’être arrêtées.Je reste sur le seuil, incapable d’avancer, incapable de fuir.— Elena…Sa voix est rauque, coupée.Je recule d’un pas.Puis d’un autre.Comme si la distance pouvait effacer ce que je viens de voir.— Ne prononce pas mon nom !Ma voix tremble, mais elle sort plus ferme que je ne l’aurais cru.La femme attrape précipitamment le drap pour se couvrir. Son
Bip. Bip. Bip.Je grogne et enfouis mon visage dans l’oreiller.— Tais-toi…Bip. Bip. Bip.Ma main tâtonne à l’aveugle sur la table de nuit. Je rate le réveil une première fois, puis une deuxième.— J’arrive… marmonné-je.Je finis par appuyer dessus. Le silence retombe. Enfin. Je reste immobile quelques secondes, les yeux fermés.Je roule sur le dos et fixe le plafond.— Sept ans de mariage… soufflai-je.Et je l’aime toujours autant…Je tourne la tête vers l’autre côté du lit.Vide.Mon sourire s’agrandit.— Bien sûr… déjà parti.Matteo et ses surprises…Je me redresse lentement, encore un peu engourdie. Mon corps est lourd, mais il y a cette sensation étrange, persistante, au creux de mon ventre.Depuis quelques jours déjà.Je fronce légèrement les sourcils.Je me sens vraiment bizarre…Mon téléphone se met à vibrer sur la table de nuit.Bzz… Bzz… Bzz…Je le prends sans regarder l’écran.— Allô… ?— Elena !Je souris instantanément.— Maman…Sa voix est vive, presque trop.— Tu es ré







