تسجيل الدخولIl encaisse le coup, il baisse la tête, il serre les poings. Il cherche une réponse, un argument, une faille dans ma défense. Mais il n'en trouve pas, parce qu'il n'y en a pas, parce que j'ai raison, parce que la vérité est celle que je viens d'énoncer.— Brigitte pense la même chose que toi ? demande-t-il.— Brigitte pense exactement la même chose. On ne change pas à quarante ans passés, on ne change pas quand on a passé sa vie entière à mentir. On peut peut-être s'améliorer à la marge, on peut peut-être apprendre à mieux contrôler ses pulsions. Mais on ne devient pas quelqu'un d'autre, on ne devient pas quelqu'un de bien, on reste ce qu'on a toujours été.— Et Chloé ?— Chloé pense qu'on change peut-être, oui, certaines personnes changent. Mais pas avec nous, Marc. Pas après ce que tu nous as fait. Tu pourras peut-être devenir quelqu'un de meilleur pour une autre femme, dans une autre vie. Mais avec nous, c'est fini, c'est terminé, c'est mort.Il fait un pas vers moi, il tend la mai
Chloé hoche la tête, elle semble rassurée par ma détermination. Elle lâche la main d'Elsa, elle se lève, elle va à la fenêtre, elle regarde les premières lueurs du jour qui colorent le ciel en rose et en orange.— Lucas ne doit pas savoir, dit-elle d'une voix étranglée. Jamais. C'est ma condition, c'est mon exigence absolue. Gabriel est son fils maintenant, il l'aime comme son fils, il l'élève comme son fils, il est le seul père que Gabriel connaîtra jamais. Je ne veux pas détruire mon mari, je ne veux pas détruire ma famille, je ne veux pas que Gabriel grandisse dans un foyer brisé à cause des mensonges de Marc.— Tu ne crois pas que Lucas a le droit de savoir ? demande Elsa doucement. Malgré tout, malgré la douleur que ça lui causerait, tu ne crois pas qu'il a le droit de connaître la vérité sur son fils ?— Non. La vérité ne sert à rien dans ce cas précis. Elle détruirait Lucas, elle détruirait son amitié avec Marc, elle détruirait sa relation avec Gabriel. Et pour quoi ? Pour qu'i
Il relève la tête, il me regarde avec une expression que je ne lui ai jamais vue. Ce n'est pas de la colère, ce n'est pas de la rancœur, ce n'est pas de la tristesse. C'est comme une acceptation, une résignation, une lucidité nouvelle.— C'est ce que je vais faire, dit-il calmement. Consulter, pour la première fois de ma vie. Me faire soigner, pour la première fois de ma vie. Essayer de comprendre pourquoi je suis comme ça, essayer de changer, essayer de devenir quelqu'un de meilleur.— Pour qui ? demande Elsa, sceptique. Pour nous ? Pour les enfants ?— Pour moi d'abord. Et pour les enfants, oui, surtout pour les enfants. Louise, Gabriel, Simon. Ils ne sont responsables de rien, ils ne méritent pas de grandir avec un père comme moi. Je veux devenir quelqu'un de bien pour eux, quelqu'un dont ils pourront être fiers, quelqu'un qu'ils pourront aimer sans honte.— C'est un beau programme, dis-je. Mais les belles paroles, on connaît. Tu nous as fait des promesses pendant des années, et tu
Les trois femmes se regardent, elles échangent un regard que je ne peux pas déchiffrer. Est-ce qu'elles me croient ? Est-ce qu'elles pensent que je suis en train de leur mentir une fois de plus, de leur jouer une nouvelle comédie, de les manipuler jusqu'au bout ? Je ne sais pas, je ne peux pas savoir, je ne suis plus en position de savoir quoi que ce soit.— Tu as raison sur un point, dit Elsa après un long silence. Tu as causé des dégâts énormes. Des dégâts humains, des dégâts familiaux, des dégâts irréparables. Et tu dois maintenant en assumer les conséquences.— Je sais. Je suis prêt.— Prêt à quoi ? demande Chloé, sceptique. Prêt à assumer financièrement tes enfants illégitimes sans jamais les reconnaître officiellement ? Prêt à rester dans l'ombre, à te taire, à faire semblant que tout va bien ? Prêt à perdre ta femme et à ne voir ta fille qu'un week-end sur deux ?La description est cruelle, mais elle est juste. C'est exactement ce qui m'attend, ce que je mérite, ce que j'ai con
MarcJe suis piégé. Pour la première fois de ma vie, je suis complètement, totalement, absolument piégé. Les trois femmes que j'ai aimées, ou cru aimer, ou fait semblant d'aimer, sont debout face à moi comme un tribunal, comme un peloton d'exécution, comme les trois Parques qui tiennent le fil de mon destin. Elsa, ma femme légitime, la mère de Louise, celle qui m'a fait confiance pendant huit ans. Brigitte, ma maîtresse de cinquante-deux ans, la mère de Simon, celle qui a cru en mes promesses pendant deux ans. Chloé, ma jeune amante, la mère de Gabriel, celle qui s'est tue pendant toutes ces années pour protéger son mariage. Trois femmes, trois victimes, trois juges. Et moi, seul face à elles, sans avocat, sans défense, sans échappatoire.— Ce n'est pas ce que vous croyez, murmuré-je, et c'est ridicule, c'est pathétique, c'est la seule chose que j'arrive à dire.— Alors dis-nous ce que c'est, répond Chloé, la voix dure comme le marbre.Elle me regarde avec des yeux que je ne lui conna
Je fais une pause, je respire profondément, je prépare la suite de mon réquisitoire. Brigitte et Chloé sont à mes côtés, silencieuses, solidaires, elles me soutiennent sans avoir besoin de parler.— J'ai cru en toi, Marc. Pendant huit ans, j'ai cru en toi, en nous, en notre couple. J'ai ignoré mes doutes, j'ai étouffé mes soupçons, j'ai refusé de voir ce qui crevait les yeux. Quand j'étais enceinte de Louise, je sentais que quelque chose n'allait pas, je sentais que tu t'éloignais, que tu me mentais. Mais je me suis tue, je me suis voilé la face, je me suis dit que c'étaient les hormones, la fatigue, l'imagination. Et toi, pendant ce temps, tu courais chez Brigitte, tu voyais Chloé en cachette, tu préparais la naissance de tes deux autres enfants dans mon dos.— Elsa...— Ne m'interromps pas. J'ai failli engager un détective privé, tu sais. Pendant ma grossesse, j'étais tellement désespérée, tellement perdue, que j'ai pris rendez-vous avec un cabinet d'enquêteurs. J'y suis allée, je m
ChloéLa maison s'est vidée il y a une heure. Marc et Elsa sont partis, leur visite de courtoisie terminée, leurs sourires de façade remballés avec leurs manteaux dans l'entrée. Lucas est monté se reposer, épuisé par l'émotion de cette journée, par cette proposition de parrainage qu'il a lancée ave
ChloéLa maison n'est plus la même. Ou plutôt, c'est moi qui ne suis plus la même. Je suis entrée dans cette maternité en étant une femme adultère, je suis sortie en étant une mère. Et cette transformation, ce bouleversement intime, cette révolution intérieure, personne ne peut
MarcLa journée a été longue, épuisante, une succession de patients difficiles et de réunions interminables. Je rentre chez moi avec cette fatigue visqueuse qui colle à la peau, cette lassitude qui ne me quitte plus depuis des mois. Elsa est dans le salon, assise sur le canapé,
BrigitteLa salle d'échographie est la même que la dernière fois. Même lumière tamisée, même odeur de gel antiseptique, même table d'examen recouverte de papier blanc. Mais aujourd'hui, c'est différent. Aujourd'hui, c'est l'échographie de morphologie, celle où l'on vérifie que tout est en place, qu







