Se connecterGabriel Les mois passent, Jeanne devient une présence constante dans ma vie, pas envahissante, pas oppressive, juste là, comme une lumière douce dans la pénombre, comme une musique lointaine, comme une promesse de bonheur, elle vient à la bibliothèque, elle m'attend à la sortie, nous allons boire un café, marcher dans le parc, regarder des films au cinéma du coin, des petites choses, des choses simples, des choses normales, des choses que je n'aurais jamais cru pouvoir faire à nouveau, des choses qui me rappellent que je suis humain, que je suis vivant, que je suis capable d'aimer et d'être aimé. Un jour, elle me dit : — Gabriel, tu veux venir chez moi ? Je sens mon cœur s'arrêter, mon estomac se nouer, ma gorge se serrer, chez elle, sa maison, son intimité, son monde, je pense à l'autre maison, la maison de Sébastien, la maison des masques, des caméras, des cordes, la maison où je suis devenu une chose, où
Gabriel Six mois plus tard, je vis toujours chez Claire, mais j'ai commencé à chercher un appartement, pas parce qu'elle me gêne, au contraire, elle est devenue plus qu'une amie, presque une mère, presque une sœur, mais parce que j'ai besoin de savoir que je peux vivre seul, que je suis capable de gérer ma vie, que je ne suis plus un enfant perdu, un homme brisé, une chose sans nom, que je suis un adulte, un homme, un être humain qui peut prendre soin de lui-même. Je travaille toujours à la bibliothèque, j'aime ce travail, les livres, le silence, les gens, les enfants qui viennent pour les histoires du mercredi, les vieux qui passent leurs journées à lire les journaux, les amoureux qui se retrouvent dans les rayons d'Histoire pour voler un baiser, un regard, un instant d'intimité, je fais partie de ce monde, j'en fais partie, j'y ai ma place, j'y suis utile. Un jour, une femme entre, elle est belle, pas belle comme Hélène,
Gabriel Les semaines passent, les mois passent, la ville devient familière, les rues, les visages, les habitudes, le matin je me lève, je prends un petit-déjeuner chez Claire, du café, des tartines, des fruits, des conversations légères qui n'attendent rien, qui ne demandent rien, qui sont juste là, comme une présence, comme une promesse, puis je vais à la bibliothèque, je traverse les rues que je connais maintenant, je salue les commerçants qui me connaissent, les voisins qui me sourient, les gens qui me voient comme un homme normal, un homme comme les autres, un homme qui a sa place dans ce monde. À la bibliothèque, je range les livres, je les classe, je les organise, chaque livre à sa place, chaque chose à sa place, ma vie aussi, je trouve une place, je trouve un rythme, je trouve un sens, j'aide les gens à trouver ce qu'ils cherchent, je les guide vers les romans, vers les essais, vers les poésies, vers les histoires qui changeront l
Je me réveille des heures plus tard, le train s'arrête, une petite gare, un panneau indique le nom de la ville, une ville que je n'ai jamais vue, une ville où personne ne me connaît, une ville où je peux devenir quelqu'un de nouveau, où je peux laisser derrière moi tout ce que j'ai été, tout ce que j'ai fait, tout ce qu'on m'a fait, je descends du train, mes pieds touchent le quai, le sol est solide, réel, je suis là, je suis vivant, je suis libre. La gare est petite, propre, presque vide, un quai, un bâtiment en pierre, des bancs, des arbres, des jardinières, une fontaine où l'eau coule en un filet clair et musical, je m'approche, je bois, l'eau est froide, fraîche, pure, elle coule dans ma gorge comme une bénédiction, elle me lave de l'intérieur, elle me purifie, je me relève, je regarde autour de moi, la ville est jolie, des maisons anciennes, des toits en tuiles, des murs en pierre, des rues pavées, des boutiques aux devantures colorées
Gabriel La maison de Claire est petite, ancienne, pleine de livres, des livres partout, dans la salle de séjour, dans la cuisine, dans le couloir, même dans la salle de bain, des piles de livres sur les tables, sur les chaises, sur le sol, des étagères qui plient sous le poids de la connaissance, de l'imagination, de l'évasion, des livres ouverts, des livres refermés, des livres qui attendent d'être lus, des livres qui ont été lus cent fois, des livres qui sont des amis, des compagnons, des consolateurs, et je me sens chez moi pour la première fois depuis des mois, dans cette maison qui n'est pas la mienne, dans cette vie qui n'est pas la mienne, dans ce monde qui n'est pas le mien, mais qui pourrait le devenir, qui pourrait être à moi si je le veux, si je le mérite, si j'arrive à guérir. Elle me fait asseoir sur un canapé, un canapé de velours vert, usé, confortable, qui a vu des générations de lectures, de siestes, de rêves, elle me donne un verre d'
Je vais à la porte d'entrée, ma main se pose sur la poignée, le métal est froid contre ma paume, froid et solide et réel, une porte, une vraie porte, une porte qui s'ouvre sur l'extérieur, sur le monde, sur la vie, je tourne la poignée, le mécanisme grince, le bois s'ouvre, l'air extérieur me frappe, froid, vif, pur, il entre dans mes poumons comme un coup de poing, comme une gifle, comme une renaissance, je tousse, mes yeux piquent, mais je respire, je respire vraiment, pour la première fois depuis des mois, je respire.Je marche, je marche, je marche, je traverse le jardin, les rosiers fanés, les fleurs mortes, les épines qui accrochent mon jean, la pelouse jaunie, la piscine à l'eau verte, la grille, la grille est ouverte, elle l'a toujours été, je n'avais juste jamais eu le courage de la franchir, mais aujourd'hui je la franchis, je passe, je suis dehors, dehors, vraiment dehors, et je ne regarde pas en arrière, je ne regarde pas cette maison, je ne regarde pas ces
IsadoraLa convocation arrive sur un plateau d'argent, portée par une domestique au visage impassible. Un simple carton blanc, gravé aux armes de la famille, avec ces quelques mots tracés d'une écriture fine et acérée : "Mademoiselle Moreau est attendue dans le bureau de M. Hadrien Delacroix à dix-
IsadoraLe jardin d'hiver est une serre immense, adossée à la façade arrière de la maison, que l'on rejoint par un couloir vitré. C'est un lieu magique, un paradis de verdure et de lumière, où poussent des plantes exotiques venues des quatre coins du monde. Des palmiers nains, des fougères arboresc
IsadoraLe lendemain, le soleil brille sur la ville comme si la nuit précédente n'avait été qu'un rêve. Le vent est tombé, les nuages se sont dispersés, et un ciel d'un bleu limpide s'étend au-dessus des toits. C'est une journée magnifique, une journée d'automne comme on en voit rarement, chaude et
IsadoraJe n'arrive pas à dormir. Le lit est trop grand, trop moelleux, trop étranger. Les draps sentent la lavande et l'amidon, le matelas s'enfonce sous mon poids comme un ventre mou, et les rideaux de velours grenat frémissent à chaque courant d'air comme des spectres. Chaque fois que je ferme l







