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CHAPITRE 15 — LE NOUVEAU CONTRAT

Author: Eternel
last update publish date: 2026-09-19 18:23:38

— Chiara

Je suis allée au gala.

Voilà, c'est dit. J'ai passé l'après-midi assise sur mon lit, face au placard, à peser deux vies, celle où je refuse, où je fuis, où je découvre ce que cache le mot danger, et celle où j'y vais, les yeux ouverts, en sachant ce que je sais, qu'il ment sur son nom, que son passé a des dents, que quelqu'un me suit dans la rue et que lui seul sait pourquoi.

À dix-neuf heures, j'enfile la robe. Zoé, adossée à l'embrasure de la porte, les bras croisés, me regarde faire
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  • DOUBLE VIE   CHAPITRE 15 — LE NOUVEAU CONTRAT

    — ChiaraJe suis allée au gala.Voilà, c'est dit. J'ai passé l'après-midi assise sur mon lit, face au placard, à peser deux vies, celle où je refuse, où je fuis, où je découvre ce que cache le mot danger, et celle où j'y vais, les yeux ouverts, en sachant ce que je sais, qu'il ment sur son nom, que son passé a des dents, que quelqu'un me suit dans la rue et que lui seul sait pourquoi.À dix-neuf heures, j'enfile la robe. Zoé, adossée à l'embrasure de la porte, les bras croisés, me regarde faire en silence. Puis :— Tu sais que tu ne vas pas à ce gala pour le contrat.— Je sais.— Tu sais que c'est la pire raison du monde.— Je sais. Je ferme le fermoir du collier. Mais je suis fatiguée d'être spectatrice de ma propre vie, Zoé. Il y a une vérité quelque part, là-dedans. Et je ne la trouverai pas en fuyant.Le gala est un succès, si ces choses-là se mesurent. Je souris, je valse, je charme les épouses et je désarme les rivaux. Ryan ne me quitte pas d'une semelle. Sa main sur mon dos e

  • DOUBLE VIE   CHAPITRE 14— LA CLAUSE PIÈGE

    — ChiaraJe passe trois jours à préparer ma décision. Trois jours sans répondre à ses messages, deux, courts, professionnels, Gala samedi. Présence requise. Je les laisse en plan comme des factures impayées. Le samedi matin, au lieu de la robe de gala, j'enfile mes vêtements les plus simples, je mets le contrat dans mon sac, et je vais à la tour de verre sans être annoncée.L'assistante tente de m'arrêter. Je la dépasse. Je pousse la double porte du bureau, et Ryan lève les yeux de ses écrans, et dans la demi-seconde où son masque n'est pas encore en place, je vois quelque chose qui ressemble à du soulagement. Puis le masque est là.— Le gala est à vingt heures, dit-il. Vous êtes en avance de huit heures.— Je ne viendrai pas au gala. — Je pose le contrat sur son bureau, à plat, entre nous, comme un acte d'accusation. — Je romps le contrat. Article onze, préavis de deux semaines. Considérez que c'est chose faite.Il ne bouge pas. Il ne prend même pas le document. Il me regarde, et un

  • DOUBLE VIE   CHAPITRE 13— LA FOUILLE

    — ChiaraJe n'aurais pas dû. Je le savais en le faisant, et je l'ai fait quand même. Voilà la vérité sur moi, Chiara De Luca, la prudence est mon armure, mais la curiosité est ma faille, et la photo gravée Raymond a creusé cette faille pendant six jours entiers, nuit et jour, jusqu'à ce que je cède.Le jeudi suivant, Ryan doit me rejoindre à son appartement après une réunion, il m'a laissé le code, ce qui est en soi une forme de confiance dont je mesure le prix pendant que je trahis exactement ça. Il a trente minutes de retard, annoncés par message. Trente minutes. Assez pour la bibliothèque.Le cadre n'est plus à sa place. Je fouille les dossiers, les étagères, les tiroirs du bas. Mon cœur cogne dans mes tempes. Raymond, Raymond, il faut que je sache, il faut que je trouve autre chose, un document, un nom, n'importe quoi qui ancre cet homme dans la réalité. Le dernier tiroir est verrouillé. Bien sûr qu'il est verrouillé. Je cherche la clé sous les livres, derrière les cadres vides, e

  • DOUBLE VIE   CHAPITRE 12 — RAYMOND

    — ChiaraL'homme apparaît un mardi. Je le remarque d'abord en sortant de la fac, une silhouette immobile de l'autre côté de la rue, manteau gris, casquette, un visage ordinaire, trop ordinaire, le genre de visage fabriqué pour être oublié. Je ne m'en formalise pas. Paris est pleine d'hommes immobiles.Mais mercredi, il est devant le Velours au début de mon service, et je le retrouve à la sortie du métro à une heure du matin. Jeudi, il est assis sur un banc en face de la bibliothèque, avec un journal qu'il ne tourne jamais. Vendredi, en plein jour, sur le boulevard, je fais demi-tour brusquement, et il fait demi-tour aussi, à quarante mètres derrière moi, avec une fluidité qui me glace le sang.Ce n'est pas une coïncidence. C'est une filature.La panique me prend dans la rue, en plein jour, comme une noyade. Mon cœur cogne si fort que j'ai du mal à respirer. Je m'engouffre dans une pharmacie, je fais mine de regarder des rayonnages, et les mains tremblantes, je compose le numéro de Rya

  • DOUBLE VIE   CHAPITRE 11— VIKTOR

    — ChiaraJe rencontre Viktor un jeudi soir, dans un restaurant privé du seizième arrondissement. Ryan m'a prévenue dans la voiture, d'une phrase :— Viktor est un vieil ami. Ne lui dites rien du contrat. Pour lui, nous sommes ensemble depuis quatre mois.— Il ne sait pas ?— Personne ne sait. Une pause. Personne ne doit jamais savoir.Viktor Sokolov est un homme d'une cinquantaine d'années, grand, mince, avec des cheveux gris coupés court et des yeux d'un bleu si clair qu'ils en deviennent dérangeants. Il est charmant, c'est le premier mot qui me vient, et c'est le mauvais. Son charme est un instrument de précision, le baise-main, le compliment mesuré, l'attention parfaite à mes moindres paroles. Et sous le charme, quelque chose d'autre patrouille, comme un requin sous une surface calme.— Alors, c'est vous, dit-il en français impeccable, teinté d'un accent que je n'arrive pas à placer. Ryan m'a beaucoup parlé de vous.— Vraiment ? Je jette un coup d'œil à Ryan, dont la mâchoire est

  • DOUBLE VIE   CHAPITRE 10 — LE MOT DÉRAPAGE

    — ChiaraLe lendemain matin, au petit-déjeuner des Deverell, Ryan est d'une courtoisie glaciale. Il me tire ma chaise. Il me tend la corbeille de viennoiseries. Il dit Chiara, chérie devant les autres avec une intonation si parfaitement fausse que j'ai envie de renverser mon café sur la nappe. Devant les Deverell, nous sommes le couple idéal. Dès que les regards se détournent, il cesse d'exister, ou plutôt, c'est moi qui cesse d'exister. Ses yeux glissent sur moi comme sur un meuble.Je connais ce traitement. Je l'ai vu cent fois au Velours, chez ces hommes qui paient l'addition et oublient le prénom de la serveuse avant d'avoir franchi la porte. Seulement voilà, hier, contre le mur de la remise, il murmurait mon prénom dans mon cou comme une prière. Et ce matin, je suis redevenue la prestataire. La bascule est si brutale que j'en ai le vertige.Dans la voiture du retour, le dimanche après-midi, je fais une dernière tentative.— Ryan.— Hmm. Il ne lève pas les yeux de sa tablette.—

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