MasukFiorenza.
Je remercie, traverse le hall, m'enfonce dans un canapé en velours qui semble vouloir m'avaler tout entière. Mes mains sont moites. Mon cœur bat trop vite. Je n'ai pas de CV. Pas de références. Pas d'expérience officielle. J'ai falsifié tout ce que je pouvais falsifier sur un document imprimé à la hâte dans un cybercafé de Milan, mais si on me pose des questions précises, je vais m'effondrer. Les minutes s'égrènent, interminables. Je regarde les clients aller et venir, riches et insouciants, leurs vies si éloignées de la mienne qu'ils pourraient appartenir à une autre espèce. Je regarde les employés, courbés, déférents, leurs sourires figés comme des masques. Je regarde les lustres en cristal, les tapis persans, les tableaux de maîtres anciens accrochés aux murs. Et puis je la vois. Une femme d'une cinquantaine d'années traverse le hall, élégante comme une gravure de mode dans son tailleur gris perle, ses cheveux argentés tirés en un chignon sophistiqué. Elle a un port de reine, des yeux gris perçants, une bouche fine aux commissures légèrement tombantes. Tout en elle respire l'autorité, la compétence, l'exigence. Elle s'arrête devant moi, me toise de la tête aux pieds. — Vous êtes la candidate pour le poste de fleuriste ? Sa voix est une cascade de notes graves, un contralto qui ne laisse aucune place à l'hésitation. — Oui, madame. Fiorenza De Luca. — Suivez-moi. Elle tourne les talons sans attendre ma réponse, et je lui emboîte le pas, ma valise toujours à la main, je refuse de la laisser à la réception, je refuse de me séparer de ce qui me reste de vie. Nous traversons le hall, empruntons un couloir de service, puis un escalier étroit qui descend vers les sous-sols. Le luxe disparaît progressivement, remplacé par des murs blancs, des néons blafards, des portes métalliques. Le bureau de Signora Gallo est une pièce austère, fonctionnelle, qui contraste avec le faste de l'hôtel. Une table en formica, deux chaises en plastique, des étagères chargées de dossiers. Elle s'assied derrière la table, me fait signe de m'asseoir en face d'elle, et pose ses mains à plat devant elle. — Votre CV. Je le sors de ma poche, froissé, plié en quatre. Elle le prend du bout des doigts, le déplie, le parcourt en silence. Ses yeux gris vont et viennent sur les lignes, s'arrêtent sur les trous, les incohérences, les silences. — Vous avez travaillé à Milan. Chez Fiori di Milano. — Oui. Pendant quatre ans. Le nom de la boutique est réel. J'y ai vraiment travaillé. C'est le seul détail véridique de mon CV. Le reste, les dates, les fonctions, les références, est inventé. — Pourquoi avez-vous quitté cet emploi ? — Des raisons personnelles, madame. Je préfère ne pas en parler. Elle me regarde, ses yeux gris plongeant dans les miens. Je soutiens son regard sans ciller. C'est un test. Je le sais. Elle veut voir si je vais me dérober, si je vais mentir, si je vais me trahir. — Et pourquoi Naples ? — J'avais besoin de changer de vie. Naples est une belle ville. — Vous n'y connaissez personne ? — Personne. Elle repose le CV, joint les doigts, m'observe encore un instant. Le silence s'étire, lourd, pesant, et j'ai l'impression qu'elle lit en moi comme dans un livre ouvert. — Le Ravelli Palace est un établissement d'exception. Nos clients attendent le meilleur. Nous n'engageons pas n'importe qui. Mais quelqu'un vous a recommandée. Je cligne des yeux, surprise. Recommandée ? Par qui ? Personne ne sait que je suis ici. Personne ne sait même que je suis en vie. — Je ne comprends pas. — Moi non plus. Mais la recommandation vient d'en haut. Assez haut pour que je n'aie pas à poser de questions. Elle se lève, contourne la table, s'approche de moi. Ses yeux gris m'évaluent une dernière fois, avec une expression indéchiffrable. — Vous commencez demain. Sept heures précises. La boutique est au rez-de-chaussée, près du jardin d'hiver. Vous serez sous les ordres du chef fleuriste, un homme qui ne tolère ni les retards ni les excuses. Ne soyez pas en retard. Et surtout, ne décevez pas la personne qui vous a recommandée. C'est un conseil que je vous donne. Elle ouvre la porte, me fait signe de sortir. Je reprends ma valise, mon cœur battant à tout rompre, et je remonte l'escalier de service sans comprendre ce qui vient de se passer. Quelqu'un m'a recommandée. Quelqu'un que je ne connais pas. Quelqu'un d'assez puissant pour que Signora Gallo ne pose pas de questions. Quelqu'un qui sait que je suis ici, qui sait que j'ai postulé, qui sait peut-être qui je suis vraiment. L'angoisse me serre la gorge tandis que je sors du palace, ma valise à la main, le soleil pâle de Naples sur mon visage. J'ai obtenu le poste. Je devrais être soulagée, heureuse, reconnaissante. Mais je ne peux pas me défaire de cette impression étrange, ce pressentiment glacé qui me glace le sang. Quelqu'un m'attendait. Et je ne sais pas si c'est une bénédiction ou une malédiction. La chambre que je loue ce soir-là est un peu moins misérable que celle de la veille. J'ai trouvé une pension de famille dans le quartier espagnol, tenue par une vieille femme qui m'a loué une chambre minuscule avec salle de bain privative pour deux cents euros par mois. C'est une fortune, mais c'est le prix de la discrétion. La vieille femme n'a posé aucune question. Elle a pris mes billets, m'a donné une clé, et elle est retournée à ses telenovelas sans même me regarder. La chambre est sous les toits, une mansarde aux poutres apparentes qui sent la lavande et la poussière. Une fenêtre à tabatière donne sur les toits de Naples, un océan de tuiles roses qui s'étend jusqu'à la mer. Le soir tombe lentement, teintant le ciel de pourpre et d'or. Les cloches des églises sonnent l'angélus. Je m'assois sur le lit, le seul meuble de la pièce avec une chaise bancale et une armoire vermoulue, et je regarde le soir tomber sur Naples. Demain, je serai fleuriste au Ravelli Palace. Demain, je commencerai ma nouvelle vie. Demain, je serai Fiorenza De Luca, une femme sans passé, sans peur, sans cicatrices. Mais en attendant, je suis toujours la même. La femme qui a fui. La femme qui a brûlé son passé. La femme qui sursaute au moindre bruit, qui vérifie dix fois le verrou de sa porte, qui dort avec un couteau suisse sous son oreiller. Je ne prononce plus son nom. Mais il est là, tapi dans l'ombre de mes pensées, prêt à ressurgir au moindre instant de faiblesse. Adriano Bellini. L'homme qui a détruit ma vie. L'homme qui ne me retrouvera jamais. Je ferme les yeux, inspire profondément, et je répète mon nouveau nom comme une prière, comme une incantation, comme un bouclier contre les fantômes du passé. Fiorenza. Fiorenza De Luca. Demain, tout commence.Je murmure ça contre sa clavicule, là où je viens de poser mes lèvres. Un baiser sec, presque chaste. Puis un autre, un centimètre plus bas. Et un autre. Et un autre. Chaque baiser est une phrase, chaque contact de mes lèvres un mot que je n'arrive pas à dire autrement. Je défais sa jupe. Le bouton d'abord , mes doigts luttent, tremblent, et j'ai un sourire nerveux, presque gêné, qui me serre le cœur. Puis la fermeture éclair. Puis le tissu qui glisse sur ses cuisses. Je reste un moment immobile, à genoux, regardant ses jambes. Mes mains reposent sur ses genoux, immobiles aussi. Mon souffle s'est accéléré , je vois mon torse se soulever rapidement, les muscles de mon abdomen se contracter. — Alejandro … Mon prénom dans sa bouche. Je lève les yeux. Il y a quelque chose de brisé dans mon regard, quelque chose de trop grand pour mon visage. — No tengas miedo, me susurro. N'aie pas peur.
Ximena Je découvre la date par hasard. Un document oublié sur son bureau, une mention dans un article, une coïncidence. C'est son anniversaire. Il n'en parle jamais. Il ne célèbre rien. Mais je le sais. Et je décide de braver l'interdit. Je passe des jours à chercher. Je fouille les boutiques de Salamanque, les marchés aux puces, les librairies anciennes. Je demande aux vendeurs, je fouille les bacs, je retourne les cartons. Et je le trouve. Un disque vinyle, usé, rayé, mais encore lisible. De la musique classique mexicaine. Des boléros, des rancheras, des chansons d'amour. Des chansons que sa mère écoutait, peut-être. Des chansons qui lui rappelleront quelque chose. Des chansons qui le feront sourire. Le jour de son anniversaire, je me rends à la propriété sans être invitée. Je sais que c'est interdit. Je sais qu'il n'aime pas les surprises. Je sais qu'il va se mettre en colère. Mais je le fais quand même. Parce que je l'
Ximena J'obéis. Je m'immobilise, les bras le long du corps, les paumes contre les touches de bois, et je le laisse me pénétrer avec une lenteur atroce. Il ajuste l'angle, cherche quelque chose et quand il le trouve, quand la tête de sa queue bute contre ce point profond à l'intérieur de moi, un ré aigu jaillit du piano sous mon rein droit. Mon souffle se bloque. Le son traverse ma chair comme une décharge électrique. Il sourit. Un vrai sourire, le premier depuis des semaines, et il fredonne cette note, l'intègre à sa mélodie. Ses hanches pivotent légèrement, cherchant un autre angle, et quand il trouve, un si surgit, clair et brillant cette fois. Sa composition grandit. Les phrases s'allongent, s'enrichissent, modulent. Il me prend avec la précision d'un pianiste qui travaille un passage difficile , chaque coup de reins calculé pour extraire une note spécifique du clavier sous mon dos. Mes gémissements deviennent sa partie de voix, ses coups de reins d
XimenaLe dernier accord dissonant vibre encore dans l'air quand Valerio ralentit ses mouvements. Ses doigts desserrent leur prise dans mes cheveux, glissent le long de ma nuque, et je sens sa respiration contre mon épaule, rauque, irrégulière, comme un souffle de cuivre après un solo trop long. Il reste en moi, immobile, et la chaleur de son bassin collé contre mes fesses envoie des ondes jusqu'au sommet de mon crâne. Les cordes du piano frémissent encore sous la caisse de résonance, et chaque vibration traverse mes os, mes reins, la courbe de mes fesses plaquées contre les touches noires.— XimenaSa voix est grave, presque cassée. Il se retire lentement, et le glissement de sa queue le long de mes parois provoque un frisson qui me fait agripper les touches , un fa grave résonne, sourd et solitaire. Le vide qu'il laisse en moi palpite, ouvert, béant, et mes doigts s'enfoncent dans l'ivoire comme pour s'ancrer à quelque chose de solide.Je m
Ximena Il me regarde. Ses yeux, bruns, presque noirs dans la lumière du soir, sont fixes, intensément fixes. Ses pupilles sont dilatées, tellement dilatées que l'iris n'est plus qu'un anneau mince autour du noir. Ses lèvres sont entrouvertes, humides, gonflées par nos baisers. Je vois ses mains trembler quand elles montent pour se poser sur mes hanches. Ses pouces caressent mes os iliaques, dessinent des cercles lents sur ma peau, et chaque cercle envoie une décharge électrique directement entre mes jambes.Je déboutonne son pantalon. Le son de la ceinture qui claque, métallique, violent. Le zip. Il se soulève légèrement sous moi, tire sur le tissu, libère sa queue. Je la sens contre moi, chaude, dure, le gland qui presse contre mes lèvres, contre ma chatte trempée. Il est épais, plus épais que ce que j'imaginais, et les veines qui parcourent sa longueur pulsent contre ma chair, chaque pulsation un battement de cœur qui se transmet directement à mon clitoris.— Putain, tu es mouillée
XimenaLe salon de musique de la propriété est une pièce que je n'avais jamais vue. Il m'y conduit un après-midi, sans explication, sa main ferme sur mon poignet. Nous traversons des couloirs que je ne connaissais pas, des portes que je n'avais jamais franchies, et je sens mon cœur battre plus vite à chaque pas. La propriété est un labyrinthe de secrets, et je n'en connais qu'une infime partie. Chaque pièce nouvelle est une découverte, chaque porte ouverte une révélation. Les murs de pierre suintent l'histoire, les parquets craquent sous nos pas, et je sens les fantômes du passé qui rôdent dans chaque recoin.La porte s'ouvre sur un espace immense, baigné de lumière dorée, avec des fenêtres à meneaux qui donnent sur les collines. Le soleil de l'après-midi entre à flots, projetant des rectangles de lumière sur le parquet ancien, faisant danser la poussière dans l'air comme autant de particules d'or en suspension. Au centre trône un piano à queue noir, un Steinway ancien, dont le bois l







