เข้าสู่ระบบEmma avait passé la journée cloîtrée dans sa chambre, la clé tournée deux fois dans la serrure. Le frôlement dans le couloir, le regard appuyé, le frisson coupable, tout tournait en boucle dans sa tête, lui nouant les entrailles. La faim finit par la faire sortir à la nuit tombée, poussée par un estomac vide et l’espoir de trouver la cuisine déserte.
Elle se trompait.
Une musique douce, du jazz, s’échappait de la cuisine. Une odeur d’ail et d’herbes grillait dans l’air. Et il était là. Marc, debout devant le large plan de travail en granit, dos à elle. Il portait un simple tablier bleu par-dessus son jean, et rien d’autre. Son torse, nu sous la bavette de tissu, était sculpté, bronzé, les muscles de son dos se dessinant et bougeant avec une fluidité animale à chaque mouvement du couteau qui hachait des légumes avec une précision de chef.
Le choc de cette image la cloua sur le seuil. C’était trop intime. Trop domestique, et pourtant d’une sensualité brute, dérangeante. Elle voulut faire demi-tour, disparaître, mais ses pieds refusaient de bouger. Son regard, malgré elle, était capté par le jeu des ombres et des muscles sous sa peau, par la légère moiteur qui luisait à la base de son cou.
— Tu as de très beaux yeux, Emma.
La voix de Marc, calme, presque pensive, la fit sursauter. Il n’avait pas tourné la tête. Il continuait de trancher un poivron rouge, le couteau tombant avec un rythme régulier. Comment savait-il qu’elle était là ? Comment avait-il senti son regard ?
— Une couleur rare, poursuivit-il, comme s’il commentait le temps. Ce gris-vert. Comme l’eau sous un orage. Claire ne m’avait pas dit à quel point tu étais… développée.
Le mot tomba dans le silence de la cuisine, lourd et glissant. Développée. Ce n’était pas « grande », « jolie », « mûre pour ton âge ». C’était un terme qui parlait de son corps, de ses formes. Un terme d’adulte, chargé d’une appréciation qui la fit rougir jusqu’à la racine des cheveux. Elle croisa les bras sur sa poitrine, un geste de protection futile.
Il posa enfin son couteau, essuya ses mains sur le tablier d’un mouvement lent. Puis il se retourna pour lui faire face, s’adossant contre le plan de travail. Il croisa les bras sur sa poitrine nue, et la lumière chaude des spots encastrés dans le plafond joua sur les creux et les reliefs de ses abdominaux, sur la ligne fine qui disparaissait sous la ceinture de son jean.
Emma força son regard à se poser sur le carrelage, sur la crédence, n’importe où ailleurs.
— À ton âge, reprit-il, sa voix un murmure confidentiel qui couvrait à peine la musique de saxophone, les filles sont souvent encore des gamines. Maladroites. Insignifiantes. Il marqua une pause, la laissant digérer le mépris doux de ses mots. Mais toi… tu as une présence. Une maturité. Ça se sent.
Il se poussa du plan de travail et se dirigea vers la table où une bouteille de vin rouge était déjà ouverte, respirant. Il prit deux verres à pied, les tint avec une élégance décontractée.
— Je me dis que tu dois souvent te sentir seule, dit-il en versant un liquide rubis sombre qui scintillait comme du sang dans la lumière. Entre le monde des adultes que tu comprends déjà, et celui des adolescents que tu as déjà dépassé.
Il s’approcha d’elle, un verre dans chaque main. L’espace entre eux, déjà réduit, se remplit soudain de sa présence, de la chaleur qui émanait de sa peau nue, de son odeur un mélange de savon boisée, de sueur légère et de l’arôme du dîner en préparation. Une odeur mâle, enveloppante, qui pénétra ses poumons et sembla lui couper le souffle.
Il tendit un verre vers elle.
— Tiens. Goûte. C’est un Saint-Emilion. Tu vas voir.
Elle ne bougea pas. Ses mains étaient des blocs de glace collés à ses côtes. Son cœur, lui, cognait contre son sternum avec une force sauvage, douloureuse. C’était un mélange nauséeux de peur pure, d’un effroi instinctif face à ce prédateur qui la cernait, et… autre chose. Une excitation sourde, inavouable, née de l’attention exclusive, dangereuse, de cet homme. De la façon dont il la regardait, non comme une enfant, mais comme une femme. Une femme qu’il évaluait, qu’il désirait peut-être. C’était terrifiant. C’était enivrant. C’était monstrueux.
— Je… je ne bois pas, parvint-elle à murmurer, les yeux fixés sur le verre qu’il lui tendait, sur ses doigts longs qui le tenaient avec une assurance tranquille.
Un léger sourire flotta sur ses lèvres.
— Tout s’apprend, Emma. Il insista, le verre toujours tendu. Commence par une gorgée. Pour me faire plaisir.
Le silence qui suivit fut lourd de tous les non-dits, de toutes les menaces voilées. Elle finit par tendre une main tremblante et saisit le pied du verre, évitant soigneusement de toucher ses doigts. Le cristal était froid, lisse.
— À ta santé, dit-il doucement, en levant légèrement le sien avant d’y porter les lèvres, ses yeux noirs ne la quittant pas une seconde.
Emma porta le verre à sa bouche. Le vin était épais, tannique, trop fort. Elle en avala une minuscule gorgée, le goût âcre lui brûlant la langue. Mais la brûlure sur sa peau, là où son regard se posait, était bien plus intense.
Il sourit, comme si elle venait de franchir une première étape, un premier pacte secret.
— Voilà, murmura-t-il. Ce n’était pas si difficile, n’est-ce pas ?
Il ne s’éloigna pas. Il resta là, à la regarder, à boire son vin, emplissant la pièce de sa présence magnétique et menaçante. Et Emma, le verre glacé dans sa main moite, sentit avec une certitude grandissante qu’elle n’était plus seulement une invitée mal à l’aise dans cette maison. Elle était devenue le centre d’un jeu dont elle ne connaissait pas les règles, mais dont les enjeux, elle le sentait dans chaque fibre de son être, étaient terribles.
La nuit avait été blanche, hantée par la brûlure fantôme sur sa hanche et le reflet accusateur dans le miroir. Emma s'était réveillée les yeux cernés, le corps lourd d'une fatigue nerveuse. La maison, silencieuse en ce dimanche matin, était devenue une jungle aux ombres menaçantes. Chaque craquement du parquet, chaque clic du chauffage, lui faisait dresser la tête, le cœur battant.Marc était sorti faire un footing, avait-il crié en passant devant sa porte fermée. Une heure de répit. Une heure pour agir.Elle attendit d'entendre la lourde porte d'entrée se refermer, puis le silence complet s'établir. Alors, elle s'extirpa de son lit et se précipita vers le téléphone fixe ancien en porcelaine blanche posé sur une console dans le couloir du premier étage. Un appareil démodé, mais qui semblait être sa seule bouée de sauvetage vers le monde extérieur.Elle saisit le combiné, ses doigts glacés malgré la chaleur ambiante de la maison. Elle composa le numéro de portable de Claire, le cœur co
Le dîner s’était déroulé dans un silence oppressant, coupé seulement par les commentaires de Marc sur le vin, sur la cuisson du poisson. Emma avait à peine touché à son assiette, chaque bouchée ayant du mal à passer le nœud qui s’était formé dans sa gorge. La présence de Marc, sa manière de la dévisager en prenant son temps, la sensation obsédante de ses yeux sur elle, tout concourait à lui couper l’appétit.Quand il se leva enfin pour débarrasser, elle saisit l’occasion comme une bouée.— Je… je vais me coucher, je suis fatiguée, annonça-t-elle d’une voix qu’elle voulait ferme mais qui tremblait légèrement.Marc, les mains pleines d’assiettes, lui jeta un regard par-dessus son épaule. Un sourire trop compréhensif étira ses lèvres. — Bien sûr. Ces premiers jours doivent être éprouvants. Dors bien, Emma. Elle se leva si vite que sa chaise gratta le parquet. Elle se dirigea vers l’escalier en colimaçon qui menait à l’étage, son refuge. Ses pas résonnaient dans le hall trop vaste, pres
Emma avait passé la journée cloîtrée dans sa chambre, la clé tournée deux fois dans la serrure. Le frôlement dans le couloir, le regard appuyé, le frisson coupable, tout tournait en boucle dans sa tête, lui nouant les entrailles. La faim finit par la faire sortir à la nuit tombée, poussée par un estomac vide et l’espoir de trouver la cuisine déserte.Elle se trompait.Une musique douce, du jazz, s’échappait de la cuisine. Une odeur d’ail et d’herbes grillait dans l’air. Et il était là. Marc, debout devant le large plan de travail en granit, dos à elle. Il portait un simple tablier bleu par-dessus son jean, et rien d’autre. Son torse, nu sous la bavette de tissu, était sculpté, bronzé, les muscles de son dos se dessinant et bougeant avec une fluidité animale à chaque mouvement du couteau qui hachait des légumes avec une précision de chef.Le choc de cette image la cloua sur le seuil. C’était trop intime. Trop domestique, et pourtant d’une sensualité brute, dérangeante. Elle voulut fair
Le lendemain du départ de Claire, la maison avait l’air de retenir son souffle. Le silence était devenu une présence, un bourdonnement sourd dans les oreilles d’Emma. Elle avait passé la journée à errer comme une âme en peine, évitant les pièces communes, guettant le bruit des pas de Marc. Il était sorti quelques heures, et elle avait savouré ce répit étrange, assise au milieu du lit trop grand de sa chambre d’hôtel.Le soir venu, la perspective de la nuit à venir, seule avec lui dans cette maison trop vaste, lui noua l’estomac. Elle décida de prendre une longue douche, comme pour se laver de l’angoisse qui lui collait à la peau.La salle de bain principale, attenante à sa chambre, était un temple de marbre blanc et de chromes. L’eau, chaude et puissante, sembla un moment laver aussi la tension. Elle ferma les yeux, laissant la vapeur l’envelopper, étouffant le monde extérieur. Quand elle coupa l’eau, le silence retomba, plus dense encore, brisé seulement par le goutte-à-goutte du pom
La lumière du matin inondait la cuisine par les grandes baies vitrées, créant des rectangles parfaits de soleil sur le sol en pierre. Emma avait mis du temps à s'endormir la veille, hantée par le contact sous la table et la promesse voilée d'une visite. Elle était descendue un peu tard, espérant avoir manqué le petit-déjeuner.Claire était déjà là, impeccable dans un tailleur crème, debout devant le plan de travail avec un bol de café vide à la main. Marc, lui, était assis à la table, attaquant un fruit pressé avec une lenteur délibérée. Il leva les yeux quand elle entra, un léger mouvement des sourcils qui tenait lieu de bonjour.— Ah, Emma ! Enfin réveillée, dit Claire en posant son bol. Elle ne semblait pas en colère, juste distante, l'esprit déjà ailleurs. Tu veux un café ? Un thé ?— Juste un thé, merci, murmura Emma en se dirigeant vers le placard.— Parfait. Claire prit une inspiration, croisant et décroisant ses bras. Écoute, ma chérie, il faut que je te parle. Une opportunité
Le dîner s'éternisait, prisonnier des longueurs du vin et des histoires de Marc. Claire, après avoir posé sa fourchette, avait discrètement sorti son téléphone posé sur ses genoux. Son pouce glissait sur l'écran à intervalles réguliers, un léger froncement de sourcils trahissant l’absorption dans un e-mail professionnel.Emma sentait le poids d'une fatigue lourde et soudaine. Le voyage, l’émotion, la tension étrange de cette soirée s’accumulaient derrière ses tempes. Mais elle n’osait pas bouger, clouée sur sa chaise par une politesse qu’on lui avait inculquée et par le regard constant qui pesait sur elle.Car Marc parlait, mais ses yeux, eux, ne la quittaient pas. Il racontait une anecdote sur une tempête lors d’une traversée en voilier, ses mains dessinant des vagues dans l’air, mais son attention entière semblait braquée sur elle. Il observait, avec une intensité déconcertante, la façon dont ses doigts maladroits essayaient de décoller une feuille de salade de son assiette de porce







