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Dette de sang
Dette de sang
Author: Darkness

Chapitre 1 : Les Cendres du Passé

Author: Darkness
last update Last Updated: 2025-11-08 19:42:58

Ariana

Le bruit est une entité vivante. Une bête mugissante faite de centaines de voix, de clics d’appareils photo, du crépitement des éclairs blancs qui lacèrent la nuit new-yorkaise. Sur le tapis rouge des Fashion Awards, je souris. Un sourire de marbre, parfait, ciselé par des années de pratique. Mon armure. Sous les plis de soie rouge sang de ma robe, mon cœur cogne une cadence de guerre.

Cinq ans. Cinq ans que je vis à la lumière crue des projecteurs, et chaque instant passé sous leur feu est un défi lancé à l’ombre d’un homme. Nikos Laskaris. Un nom que je ne prononce même plus dans ma tête, de peur qu’il n’en ressorte comme un démon.

Une voix me transperce le brouillard :

—Ariana ! Par ici !

Je tourne la tête, le sourire toujours figé. Mon regard bleu-acier balaie la foule compacte au-delà des barrières. Je ne cherche pas des fans. Je cherche des yeux qui ne sourient pas. Des silhouettes trop immobiles. La menace.

— Ariana, tu es magnifique !

Je ne m’appelle pas Ariana. La pensée fuse, un éclair de panique familier. Je m’appelais Cassia. Et j’ai volé un lion dans sa tanière.

Le souvenir me frappe, brutal. Pas un souvenir flou, une sensation physique. L’odeur de sel et de tabac blond dans la villa sur les hauteurs de Monaco. L’humidité de la nuit sur ma peau. Le froid métallique des lingots que j’enfouis dans le double-fond de mon sac de sport. La voix rauque de Nikos au téléphone, dans la pièce voisine, qui promet la mort à un rival. Je marche sur la pointe des pieds, chaque fibre de mon être hurlant de terreur, sachant qu’une seule planche qui craquerait signerait mon arrêt de mort.

J’ai volé plus que de l’argent. J’ai volé sa fierté. Et un homme comme Nikos Laskaris, héritier d’un empire bâti sur la contrebande et la violence, ne peut laisser un tel affront impuni.

La soirée se poursuit dans un brouillard doré. Les congratulations, les bises feutrées dans les salons privés, le champagne qui a le goût de la cendre. Puis c’est le retour à mon loft de Tribeca, un sanctuaire de verre et d’acier que j’ai payé cash. L’argent de Nikos. Toujours lui. Il a financé mes premiers bookers, mes séances photos, mon ascension foudroyante. Mon poison et mon antidote, tout à la fois.

Je verrouille la porte derrière moi, dos contre le battant, et je ferme les yeux. Le silence me fait mal aux oreilles. C’est alors que mon téléphone personnel, un modèle basique et anonyme, vibre.

Aucun numéro affiché.

Mon sang se glace. Seules trois personnes ont ce numéro. Mon avocate, mon agent… et un contact à Monaco, un fantôme du passé qui m’a fourni les codes du coffre.

J’ouvre le message.

Ce n’est pas un texte. C’est une photo.

Une photo de moi, prise ce soir même sur le tapis rouge. Floue, prise à travers la foule. Et, superposé en transparence sur mon image, un petit dessin au trait noir. Une feuille de laurier sec, identique à la broche que Nikos m’avait offerte autrefois, et que j’ai laissée dans le coffre, sur l’oreiller, en partant. Une signature. Une moquerie.

Sous la photo, un seul mot, en grec :

« Χαϊδευτικά. »

Tendresses.

Le téléphone m’échappe des doigts et rebondit sur le parquet en bois sombre. La terreur, que j’ai si bien contenue pendant cinq ans, se déverse dans mes veines comme de l’acide. Je cours à la fenêtre, écartant le lourd rideau de lin d’une main tremblante.

En bas, dans la rue déserte, une voiture noire est garée, moteur éteint. Aucune plaque d’immatriculation visible. Je ne vois personne à l’intérieur, mais je sais. Ils sont là. Ils m’ont trouvée.

Nikos ne m’envoie pas une menace. Il m’envoie un rappel. Un souvenir de notre intimité perdue, teinté de la promesse d’une vengeance bien plus intime, bien plus cruelle, qu’une balle dans la tête.

Je recule dans l’obscurité de l’appartement, le souffle court. La femme la plus photographiée au monde se sent soudain d’une vulnérabilité absolue. La forteresse de verre n’est qu’une illusion. La gloire, un piège.

La dette de sang vient d’être présentée. Et Nikos Laskaris n’est pas un créancier qui accepte d’attendre.

Le jeu du chat et de la souris vient de commencer. Et moi, la reine sur son piédestal, je ne suis que la souris.

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