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Chapitre 3 : Le Prix du Sang

Author: Darkness
last update Last Updated: 2025-11-08 19:44:43

Ariana

L'attente est une torture. Chaque seconde qui s'écoule dans le silence du motel est un filament qui grille, dégageant une odeur de peur et de sueur froide. Mes doigts serrent le couteau que j'ai trouvé dans le tiroir de la table de nuit – une lame cheap, émoussée, mais qui pèse lourd dans ma paume moite. C'est mon dernier rempart.

De l'autre côté de la rue, la voiture noire est une bête accroupie. Ses vitres teintées sont des yeux aveugles qui me fixent. Ils ne bougent pas. Ils attendent, eux aussi. Pour quoi ? Un ordre ? Le plaisir pervers de me voir craquer ?

Soudain, les phares de la voiture s'allument. Deux longs rectangles de lumière blanche qui balayent la façade décrépie du motel. Mon cœur s'emballe, prêt à jaillir de ma poitrine. C'est le signal. L'assaut.

Je me redresse, les jambes flageolantes, la lame pointée vers la porte. Ma respiration est un sifflement rauque dans le silence.

Mais la voiture ne bouge pas. Ses portes ne s'ouvrent pas. À la place, le coffre s'ouvre lentement, électriquement, comme une bouche noire.

Et puis, quelque chose tombe sur la chaussée. Une masse sombre, informe.

Le coffre se referme. Les phares s'éteignent. La voiture démarre, souple, et s'éloigne dans la nuit, sans un bruit, comme un fantôme.

Je reste figée, le couteau toujours levé, le cerveau en panne. Qu'est-ce que c'était ? Un piège ? Un leurre ?

La curiosité est une démangeaison mortelle. Je dois voir. Je dois savoir.

Je m'approche de la fenêtre, me forçant à regarder. La forme est toujours là, allongée sur le bitume, sous le halo jaunâtre d'un réverbère. Ce n'est pas un sac. C'est un corps. Vêtu de sombre. Immobile.

Mon estomac se serre. Une nausée acide remonte dans ma gorge.

Je reconnais les chaussures. Des mocassins italiens, élégants, même dans cette position grotesque. Je les ai vus mille fois. C'est Yannis. Le contact. Celui de Monaco. Celui qui m'a donné les codes. Celui à qui j'avais envoyé un message de détresse il y a une semaine, lui demandant s'il avait entendu quelque chose.

La réponse de Nikos est claire, atrocement littérale.

Une dette de sang.

Il ne m'a pas envoyé ses hommes. Il m'a envoyé un message. Un message écrit dans la chair et le sang de celui qui m'a aidée. Yannis n'est plus un homme, c'est un avertissement. Un exemple.

Je recule de la fenêtre, chancelante. La pièce tourne. Je vomis dans le lavabo, des spasmes secs qui n'apportent aucun soulagement. L'odeur du métal et du désinfectant se mêle à celle de la mort, réelle ou imaginée.

Mon téléphone anonyme vibre sur le lit. Je n'ai plus la force d'avoir peur. Je le ramasse. Le même numéro masqué.

Une photo. Yannis, de plus près. Ses yeux grands ouverts, vitreux. Une feuille de laurier, réelle cette fois, posée sur sa poitrine.

Et un nouveau message.

Le premier paiement a été effectué. Les intérêts s'accumulent. Où est mon argent, Cassia ?

L'argent. Il veut son argent. Mais je sais, avec une certitude viscérale, que ce n'est qu'un prétexte. Même si je lui rendais jusqu'au dernier centime, trempé dans le sang de Yannis, cela ne suffirait pas. L'affront est trop profond. La blessure trop personnelle.

Il ne veut pas seulement récupérer ce qui lui appartient. Il veut me reprendre. Me réduire à rien. Annihiler Ariana pour qu'il ne reste plus que Cassia, brisée et suppliante.

Je regarde mes mains. Elles tremblent. Ce ne sont plus les mains d'une icône, mais celles d'une voleuse, d'une meurtrière par procuration. Yannis est mort à cause de moi. Qui sera le suivant ? Mon agent ? Mon avocate ? Une personne que j'ai croisée une fois dans la rue ?

La peur se transforme. Elle se solidifie en une colère froide, désespérée. Je ne peux pas continuer à courir. Je ne peux pas laisser d'autres personnes mourir pour une faute qui n'est que la mienne.

Nikos Laskaris croit me contrôler. Il croit que je vais m'enfuir, me cacher, me rendre.

Mais il a oublié une chose.

La fille qu'il a connue, Cassia, était une survivante. Elle a volé un lion dans sa tanière. Et Ariana, qu'il méprise tant, a été forgée dans le feu de la peur et du mensonge.

Je me lève. Je vais dans la salle de bain, je me passe de l'eau froide sur le visage. Dans le miroir, une femme pâle, les yeux cernés de noir, me regarde. Mais derrière la terreur, je vois une lueur. Ténue, mais bien là. De la détermination.

Je ne vais pas attendre qu'il vienne me chercher.

Je vais le forcer à me trouver.

Je prends mon sac, je sors du motel. Je ne regarde même pas le corps de Yannis. Je le laisse dans la nuit, un testament silencieux de la cruauté de Nikos.

Je monte dans la voiture de location. Mes mains sur le volant sont stables, maintenant.

Je sais ce que je dois faire.

Je démarre et je me dirige vers le centre-ville. Vers la lumière. Vers les caméras. Vers mon monde.

S'il veut son argent, il l'aura. Mais ce sera à ma manière. Sur mon terrain.

La chasse vient de changer de règles.

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