로그인Anton
Je les observe depuis le début.
C'est mon travail. Mon rôle. Ma malédiction.
Anton n'est pas un nom, c'est une fonction. Le garde du corps, le chauffeur, l'homme de l'ombre. Celui qui voit tout, entend tout, et ne dit rien. Celui qui est là, toujours là, invisible mais présent.
Je l'ai vu naître, presque. Alexandre. Il avait dix ans quand je suis entré à son service. Dix ans, dé
Le matin arrive trop vite.Alexandre se réveille, m'embrasse l'épaule, se lève. Il est déjà dans la salle de bains que je n'ai pas bougé. Je regarde le plafond. Je pense au message. Je pense à midi. Je pense à ce café, L'Étoile, que je ne connais pas.— Tu es pâle, dit-il en sortant de la salle de bains.Il est en peignoir, les cheveux encore humides. Il s'approche du lit, s'assied sur le bord.— Tu as mal dormi ?— Comme d'habitude, dis-je.— C'est plus que d'habitude. Tes yeux sont cernés. Ta bouche est blanche.Il me prend le menton, tourne mon visage vers la lumière.— Quelque chose ne va pas.Ce n'est pas une question. C'est une constatation. Alexandre ne pose jamais de questions. Il lit. Il observe. Il devine.— Je ne sais pas, dis-je. Une insomnie. Rien de plus.
CassiaMon téléphone vibre à trois heures du matin.Je ne dors pas, comme toujours. Je suis allongée dans le noir, la tête posée sur la poitrine d'Alexandre, à écouter son cœur battre. Rythme lent, régulier, apaisant. Le cœur d'un homme qui dort sans remords.Le vibreur fait trembler la table de nuit. Je me dégage doucement, glisse hors du lit, attrape le téléphone avant qu'il ne sonne.L'écran est blanc. Un message. D'un numéro que je ne connais pas.Je sais qui tu es vraiment.Mon sang se glace. La pièce bascule. Mes doigts se crispent sur l'appareil. Je reste immobile, à fixer ces mots, à les regarder comme on regarde une lame qui s'approche.Je sais qui tu es vraiment.Six mots. Six balles en plein cœur.Je me retourne. Alexandre n'a pas bougé. Il dort, paisible, sa main posée sur l'oreiller là où était ma tête. Il cherche ma chaleur même dans son sommeil.Je sors de la chambre. Mes pieds nus sur le parquet. Le couloir est sombre, silencieux. La maison entière dort. Sauf moi. Sauf
Elle entre sans y être invitée. Elle pose son bouquet sur la table du salon, juste à côté de la boîte fermée. Elle s'assied dans le fauteuil préféré d'Alexandre, le grand fauteuil de cuir qui porte la marque de son corps. Elle croise les mains sur ses genoux, me regarde.— Il n'est pas là, dis-je, encore sur le seuil.— Je sais. C'est pour vous que je viens.Je ne bouge pas. Je reste sur le seuil, une main sur la poignée de la porte, prête à fuir ou à me battre. Je ne sais pas encore.— Pourquoi ?Elle me regarde longuement. Un regard qui pèse, évalue, juge. Un regard qui lit en moi comme dans un livre ouvert.— Asseyez-vous, mon enfant. Nous avons à parler.Je ne bouge pas.— Je préfère rester debout.Elle sourit. Un sourire sans chaleur, sans
Elle a secoué la tête. Pour le protéger. Parce que si je reste, Nikos le tuera.— Alexandre est fort. Il peut se défendre.Pas contre ce que Nikos a prévu. Pas contre quelqu'un qui lui est trop proche.Elle m'a donné la boîte. Garde ça. Si quelque chose m'arrive, donne-la à quelqu'un qui lui ressemble. Quelqu'un qui pourra comprendre.— Comprendre quoi ?Elle ne m'a pas répondu. Elle est partie. Et le lendemain, elle était morte.Je n'ai jamais su ce qu'elle voulait dire. Je n'ai jamais su ce qu'il y avait dans cette boîte. Je n'ai jamais su si elle avait raison, si Nikos l'avait tuée, si Alexandre aurait pu la protéger.Mais aujourd'hui, je commence à comprendre.Le matin du gala, je les conduis à la propriété pour qu'ils se préparent. Cassia est silencieuse, plus que d'hab
AntonJe les observe depuis le début.C'est mon travail. Mon rôle. Ma malédiction.Anton n'est pas un nom, c'est une fonction. Le garde du corps, le chauffeur, l'homme de l'ombre. Celui qui voit tout, entend tout, et ne dit rien. Celui qui est là, toujours là, invisible mais présent.Je l'ai vu naître, presque. Alexandre. Il avait dix ans quand je suis entré à son service. Dix ans, déjà des yeux durs, déjà une mâchoire serrée, déjà cette façon de regarder le monde comme un champ de bataille.Son père était un homme terrible. Un homme qui frappait quand il était frustré, qui hurlait quand il était contrarié, qui brisait ce qui ne lui obéissait pas. Sa mère était une femme douce, trop douce, qui prenait les coups sans se plaindre, qui souriait quand elle
Je suis dans ma chambre , une chambre à côté de la sienne, pas la sienne , quand le tonnerre gronde. La pluie frappe les vitres, violente, furieuse. Les éclairs illuminent la pièce par intermittence, blancs, aveuglants.Je n'ai jamais eu peur des orages. Mais ce soir, quelque chose est différent. Peut-être le lieu. Peut-être l'isolement. Peut-être cette vérité que je porte en moi et qui commence à peser trop lourd.Peut-être lui.Je suis allongée dans le noir, les yeux ouverts, à écouter le fracas du ciel. Et soudain, la porte s'ouvre.Il est là, debout dans l'encadrement, vêtu d'un simple pantalon de pyjama. Ses cheveux sont en désordre. Ses yeux brillent dans l'obscurité.— Je n'arrive pas à dormir, dit-il.— Moi non plus.— Je peux... je peux rester un moment ?
CassandreLa porte est close. Le silence de l’écrin blanc et parfait s’épaissit, devient palpable. Il pense m’avoir enfermée ici avec ma rage, qu’elle va tourner en rond, s’user contre les murs lisses. Il pense que la solitude et le luxe vont me travailler, me rendre malléable.Il se trompe.La rag
CassandreEt puis, je le sens.Une présence nouvelle dans l’ombre.Un froid dans la nuque qui n’a rien à voir avec la climatisation.Je ne tourne pas la tête.Je continue à fixer l’objectif, mon visage un masque de marbre.Mais du coin de l’œil,je perçois un mouvement dans le coin sombre, près du ca
CassandreLe studio est un hangar de lumière et d’ombres. Des hauteurs du plafond, des projecteurs pendent comme des guêpes métalliques, éteints pour l’instant. Des rouleaux de fonds en papier, des paravents, des échelles. L’air sent la poussière et le café froid. Une nervosité créative palpable. E
CassiaDes regards se collent à moi. Des regards d’hommes, avides, fascinés. Des regards de femmes, jalouses ou admiratives. Je les absorbe. Ce sont des preuves. Je suis encore là. Je peux encore attirer, troubler, exister par moi-même.Léa crie quelque chose à mon oreille, inaudible. Chloé rit, to







