로그인Anahid
— Je ne sais pas si j'y arriverai. Mais je vais essayer.
— Essayer, c'est déjà beaucoup.
On rentre dans la maison. Anahid prépare le dîner, je mets la table. On parle de choses simples, du jardin, du temps, de la petite librairie qu'on ouvrira un jour.
Ce soir, pour la première fois, je sens que tout va s'arranger. Pas tout de suite, pas facilement. Mais un jour. Un jour, Anahid sera g
Je hoche la tête, incapable de parler. Ma gorge est serrée, mes yeux brûlent. Siran bouge dans mon ventre, un mouvement lent, comme si elle aussi écoutait.— Quand je t'ai rencontrée, je ne cherchais rien. Je n'attendais rien. Je venais juste dîner chez Laura, passer une soirée tranquille entre amis, loin des hôtels, des réunions, des responsabilités. Et puis je t'ai vue. Je t'ai vue avec ton ventre rond, tes yeux tristes où je lisais toute une histoire de douleur, ta façon de sourire quand même, de t'intéresser aux autres, de poser des questions sur Sofia, sur Laura, sur moi. Et quelque chose a changé en moi. Quelque chose que je croyais mort. Quelque chose que j'avais enterré avec Elena.Sa voix tremble légèrement sur le prénom de sa femme. Je vois ses doigts se crisper sur la table, puis se relâcher.—
AnahidLe soleil est bas sur l'horizon, cette heure dorée que les Espagnols appellent "la hora dorada", où tout semble baigné dans une lumière irréelle, où les ombres s'allongent comme des doigts de velours sur la terre chaude, et où les cœurs, dit-on, s'ouvrent plus facilement. Miguel et moi sommes assis sur la terrasse de sa maison, face à la mer qui scintille au loin, parsemée de petits bateaux blancs qui rentrent au port. L'air est tiède, parfumé par le romarin et le jasmin qui grimpent le long des murs. Laura a emmené Sofia au cinéma, une sortie entre filles qu'elle a organisée avec une insistance trop marquée pour être honnête. Je sais ce qu'elle fait. Je sais qu'elle espère. Je sais qu'elle nous a laissés seuls exprès, avec ce sourire malicieux qu'elle cache mal derrière sa tasse de thé.Le silence est confortable, paisible, mais en même temps chargé de cette tension délicieuse qui précède les grandes conversations. Miguel a préparé du thé, des petits gâteaux, des fruits frais
On attend. L'odeur du chocolat emplit la cuisine, chaude, réconfortante. Sofia sautille d'impatience, ses petites jambes qui ne tiennent pas en place.— On peut goûter ? demande-t-elle.— Il faut laisser refroidir encore un peu.— Juste un tout petit morceau ?— Juste un tout petit.Elle prend un cookie, le casse en deux, m'en donne la moitié. Le geste est naturel, généreux. Elle a appris à partager avant même d'apprendre à lire.On croque en même temps.— C'est bon ! s'écrie-t-elle, les yeux écarquillés.— C'est très bon, dis-je, surprise. Vraiment très bon. On a réussi.— On a réussi !Sofia saute de joie, me prend par la main.— On va les montrer à Laura. Elle va être fière. Elle va voir qu'on sait faire des gâ
AnahidLa semaine qui suit est étrange. Les avocats de Miguel ont pris le relais, la mère d'Ara a cessé ses appels. Le silence est revenu, mais c'est un silence chargé, menaçant. Comme l'accalmie avant la tempête, comme le calme avant l'orage.Pour oublier, pour survivre, Laura a décidé qu'on allait passer la journée à faire des gâteaux.— Des gâteaux ? j'ai dit, incrédule. Alors que des avocats se préparent à nous attaquer, des juges à nous juger, une famille à nous détruire ?— Des gâteaux, a répété Laura. Plein de gâteaux. Pour les vendre au marché du village. Pour gagner un peu d'argent. Pour penser à autre chose. Pour retrouver le goût de la vie.— Tu sais faire des gâteaux ?— J'apprends. Avec toi. Avec Sofia. Avec tout
AnahidMiguel est arrivé une heure après avoir appris la nouvelle. Laura l'a appelé en pleine nuit, il a tout laissé, il a pris sa voiture, il est venu. Je l'ai vu arriver dans l'aube grise, sa silhouette découpée contre le ciel, ses mains sur le volant, son regard fixe.— Montre-moi la lettre, a-t-il dit en entrant. Sa voix était calme, trop calme. Celle des hommes qui ont appris à ne pas montrer leurs émotions.Je la lui ai tendue, les mains tremblantes. Il l'a prise, l'a lue en silence. Ses yeux parcouraient chaque ligne, chaque mot, chaque menace. Son visage est resté impassible, mais j'ai vu ses mâchoires se serrer, ses poings se crisper.— Des menaces en l'air, a-t-il dit enfin. Rien de solide.— Tu crois ? Ma voix était faible, incrédule.— Je suis sûr. Ils bluffent. Ils espèrent que tu auras peu
AnahidDeux jours après la visite de la mère d'Ara, une enveloppe est arrivée par coursier. Un homme en costume sombre, sans sourire, sans explication. Il a sonné, a tendu l'enveloppe, a disparu avant que j'aie pu dire un mot.Je suis restée là, sur le perron, cette enveloppe entre les mains. Elle était épaisse, lourde, comme si elle contenait des tonnes d'histoire, des années de mensonges, des siècles de douleur.— Qu'est-ce que c'est ? a demandé Laura en sortant.— Je ne sais pas.Je la lui ai tendue. Elle l'a prise, l'a retournée entre ses doigts. Ses mains tremblaient.— C'est le papier à en-tête de l'avocat de ma mère, a-t-elle dit. Je reconnais le logo. Je l'ai vu assez souvent quand j'étais enfant. Quand mon père avait besoin de menacer quelqu'un.Elle a ouvert l'enveloppe. J'ai v
Après cette photo, les sourires disparaissent. Ara à seize ans, le visage fermé, les épaules voûtées. Ara à dix-huit ans, en costume, déjà adulte, déjà perdu. Ara à vingt ans, le regard vide, posant &
Je hoche la tête, apaisée.— Tu es vraiment spéciale, Laura. Tu sais ça ?— Je suis juste quelqu'un qui a eu de la chance de te rencontrer.On se lève, on rentre dans la maison. La journée
AnahidLe matin se lève sur la maison de Laura, doré et paisible. Mais dans ma poitrine, c'est la tempête. La nuit a été courte, peuplée de rêves étranges où Ara me tendait la main, où je courais vers lui san
.Laura retourne s'asseoir, prend une longue gorgée de vin.— Notre père. Tout est arrivé à cause de lui. C'est un homme... comment dire... obsédé par l'image. Par la réputation. Par ce que les autres pensent. Notre famille est







