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Entre ses griffes
Entre ses griffes
Auteur: Darkness

Chapitre 1 : Le Prix du Sang

Auteur: Darkness
last update Dernière mise à jour: 2025-11-01 22:23:40

Alyssa

Le parfum écœurant de l'antiseptique se mêle à l'odeur de fer du sang. C’est l’encens de mon quotidien, la prière murmurée contre la mort que je respire chaque nuit dans ce service des urgences de Houston. Mais ce soir, la prière est un hurlement continu. Les sirènes hurlent, les portes battantes s’ouvrent dans un vacarme de métal, et le couloir déverse son nouveau lot de misère.

Quand ils font irruption, le temps se fige.

Ce n’est pas l’homme sur le brancard, le torse déchiqueté par les impacts de balle, qui me glace le sang. C’est l’escorte.

Quatre hommes. Vêtus de noir. Leurs regards sont aussi vides et morts que des pierres polies. Ils dégagent une aura de violence si pure qu’elle assourdit tout le reste. L’air devient épais, difficile à respirer.

— On prend la salle de trauma un, maintenant !

Ma propre voix semble venir de loin. Mes mains, agissant d’elles-mêmes, se plaquent sur la pire des blessures pour comprimer, pour contenir la vie qui fuit.

L’un des hommes, le plus grand, croise mon regard. Ses yeux sombres absorbent la lumière. Il ne dit rien. Il n’a pas besoin de le faire. Le message est clair comme une lame sur ma gorge : Il meurt, vous mourez.

Sous mes doigts, la peau est chaude, musclée. Un tatouage sinueux, une ombre rouge dévorant un aigle, serpente sur son cou. Le cartel. Ça ne peut être que ça.

Pendant vingt minutes, c’est le chaos maîtrisé du trauma. Intubation, transfusion, monitoring. Je suis un général, mon esprit est un instrument aiguisé qui filtre la peur. Je sens le poids des regards des gardes sur ma nuque, une cible dessinée entre mes omoplates.

Soudain, le bip du moniteur se dérègle. Une tachycardie ventriculaire.

— Défibrillateur !

Le choc électrique secoue le corps inerte. Rien.

— Deux cents joules !

Un deuxième choc. Le corps se cambre, retombe. La ligne sur l’écran reste désespérément plate. Le bip strident de l’asystolie déchire la pièce.

Non.

Sans réfléchir, poussée par un instinct plus fort que tout, je bondis sur la table, j’enjambe le patient, et je commence les compressions thoraciques. Mes bras, déjà douloureux, s’enfoncent avec une force sauvage dans sa poitrine.

— Allume, espèce de saleté, allume !

C’est à ce moment-là que les portes de la salle de trauma volent en éclats.

Il entre.

L’air se raréfie, aspiré par sa présence. Il est grand, taillé dans la puissance pure, vêtu d’un costume gris perle qui jure avec la scène de boucherie. Son visage est d’une beauté coupante, anguleux. Mais ses yeux… Des yeux d’un noir absolu qui balaient la pièce et se posent sur le corps de l’homme.

Le silence tombe, plus lourd qu’un coup de feu.

Moi, suspendue au-dessus du cadavre, les mains couvertes de son sang, je lève les yeux vers l’intrus.

Son regard passe du corps à moi. Il n’y a pas de colère. Pas de chagrin. Rien. Juste une évaluation froide, calculatrice. Comme on juge un cheval.

Il fait un pas. Puis un autre. Le clic de ses chaussures sur le carrelage est le seul son.

— Vous avez cessé de vous battre pour lui, Docteur ?

Sa voix est un velours rugueux qui enveloppe la pièce et glace mon sang. Je descends de la table, les jambes flageolantes.

— Je… Je n’ai pas pu le sauver. Il a fait un arrêt cardiaque. Les dégâts étaient trop importants.

Il s’arrête si près que je peux sentir son après-rasage, un mélange de tabac et de santal. Son regard parcourt mon visage, mes cheveux défaits, ma blouse tachée du sang de son homme.

— Vous avez de la fureur dans les yeux.

Il lève une main et, avant que je puisse reculer, il effleure du bout des doigts une éclaboussure de sang sur ma joue. Le contact est brûlant, intime, violant.

— C’est beau.

La peur explose en une colère aveuglante. Ma main claque contre la sienne.

— Ne me touchez pas.

Le claquement résonne. Les gardes frémissent, mains vers leurs armes. Lui, pas un tressaillement. Un sourire lent, dangereux, étire ses lèvres.

— Et du courage. Ou de la folie.

Il se tourne vers le corps.

— Emportez-le.

Puis son regard revient à moi, s’accroche, se verrouille.

— Et prenez-la.

Le monde bascule.

— Non !

Mon cri est étouffé par une main géante sur ma bouche. Je me débats. Je lutte, je mords, je griffe. Mes coudes, mes genoux, tout devient une arme. J’entends un grognement quand mon talon écrase un pied.

Je supplie. Les sons étouffés derrière la main sont des prières, des menaces.

Mais ils sont trop forts. Trop nombreux. Une piqûre brûlante s’enfonce dans mon cou. Une froideur toxique se propage dans mes veines.

La dernière chose que je vois, avant que les ténèbres ne m’avalent, c’est son visage. Il me regarde avec l’intensité d’un collectionneur venant de trouver son chef-d’œuvre absolu.

Un trophée. Sa prise.

Et dans ses yeux noirs, je lis la vérité, absolue et terrifiante.

Il n’a jamais eu l’intention de me rendre.

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