Se connecterChapitre 44
Elio
Léandre m'a raconté qu'il aimait les étoiles quand il était petit, exactement comme moi, avec la même passion brûlante, la même curiosité insatiable, les mêmes livres cornés qu'il lisait sous la couette avec une lampe de poche pour que sa maman ne le voie pas, et en l'écoutant parler, assis par terre à côté de lui, les genoux repliés co
Chapitre 60LéandreLa dispute a explosé sans prévenir, sans signe avant-coureur, sans ce crescendo de tensions qui annonce d'ordinaire les orages conjugaux, elle a éclaté comme une bombe, comme un incendie qui prend dans une forêt sèche, comme une digue qui cède sous la pression d'un fleuve trop longtemps contenu, et je ne saurais même pas dire quel mot, quelle étincelle, quel regard a mis le feu aux poudres, si c'est sa froideur qui a fini par me rendre fou, si c'est ma colère qui a fini par la briser, si c'est l'accumulation de ces semaines de frustrations, de silences, de non-dits, qui a soudainement trouvé une fissure par laquelle tout s'est déversé d'un coup.Un mot, puis un autre, puis un autre encore, des mots que nous ne pensions pas, des mots que nous retenions depuis des semaines, des mots qui se sont échapp&
Chapitre 59ElioMaman crie la nuit, et moi je l'entends, même de ma chambre, même avec la porte fermée, même avec ma couverture remontée jusqu'au menton et mon doudou serré contre ma joue, je l'entends, et chaque cri est comme un coup de couteau dans mon ventre, comme un cauchemar qui entre dans ma vraie vie, comme un monstre qui s'échappe du placard et qui vient se glisser sous mon lit pour me faire peur. Elle crie, et sa voix n'est pas sa voix, c'est une voix bizarre, une voix toute tordue, une voix qui fait peur, une voix qui appelle, qui supplie, qui hurle des mots que je ne comprends pas toujours mais qui me glacent le sang, des mots comme « non », comme « laissez-moi », comme « ne me touchez pas », et je reste allongé dans le noir, les yeux grands ouverts, le cœur qui bat trop vite, en me demandant si je dois me lever, si je dois aller la vo
Chapitre 58LéandreSon indépendance est une forteresse, une citadelle imprenable, un bastion qu'elle a édifié pierre par pierre, brique par brique, au fil de ces six années de solitude et de lutte, et chaque brique de cette muraille est une insulte, un reproche, une accusation muette qui me renvoie à mon absence, à mon aveuglement, à ma lâcheté, à tout ce que je n'ai pas su être, à tout ce que je n'ai pas su faire, à tout ce que j'ai laissé se briser sans même m'en rendre compte. Chaque fois qu'elle refuse mon aide, chaque fois qu'elle repousse ma main tendue, chaque fois qu'elle me renvoie à ma place avec cette politesse glaciale qui est pire qu'une gifle, c'est une brique de plus qui s'ajoute à la muraille, une pierre de plus qui se scelle dans le rempart, une insulte de plus qui s'enfonce dans ma chair comme un &eacu
Chapitre 57AlméaIl a débarqué chez moi, furieux, sans prévenir, sans frapper, sans respecter le fragile protocole que nous avions instauré, ce protocole tacite qui régissait nos vies depuis son retour, ces visites planifiées, ces horaires précis, ces limites que j'avais érigées comme des remparts et qu'il avait acceptées, du moins en apparence, du moins jusqu'à aujourd'hui, du moins jusqu'à ce que Sofia, cette amie trop loyale, trop inquiète, trop prompte à se mêler de ce qui ne la regardait pas, ne lui apprenne ce que je m'étais juré de garder secret. La porte s'est ouverte à la volée, le battant a claqué contre le mur du couloir, et il est entré, il a envahi mon espace, il a rempli l'air de sa présence massive, de sa colère palpable, de cette tension qui émanait de l
Chapitre 56LéandreElle a perdu son travail, et elle ne m'en a rien dit, pas un mot, pas une allusion, pas un signe, rien, comme si cette nouvelle ne me concernait pas, comme si sa vie professionnelle, sa sécurité financière, son avenir et celui de notre fils ne regardaient qu'elle, comme si je n'avais pas le droit de savoir, pas le droit de m'inquiéter, pas le droit de l'aider. Je l'ai appris par Sofia, par un simple message en fin de journée, un message anodin en apparence, un message qui se voulait peut-être une confidence, peut-être un appel à l'aide déguisé, peut-être un cri d'alarme étouffé, et ce message a fait l'effet d'une bombe, d'une déflagration, d'un coup de tonnerre dans le ciel faussement serein de ma vie.« Léandre, il faut que je te parle. C'est à propos d'Alméa. Elle a perdu son travail, la maison d'édition a été rachetée et son poste a été supprimé. Elle ne te l'a pas dit, elle ne veut pas que tu le saches, mais je pense que tu dois savoir. Appelle-moi. »J'ai lu c
Chapitre 55AlméaLa maison d'édition pour laquelle je travaillais depuis trois ans, depuis que j'avais posé mes valises dans cette nouvelle ville, depuis que j'avais recommencé ma vie une énième fois, depuis que j'avais trouvé ce petit emploi tranquille qui me permettait de concilier mes horaires de mère célibataire et ma passion pour les livres, a été rachetée la semaine dernière par un groupe dont je n'avais jamais entendu parler, un groupe anonyme, un groupe fantôme, un groupe sans visage et sans histoire qui avait surgi de nulle part avec une offre tellement mirobolante, tellement absurde, tellement disproportionnée que le propriétaire, un vieil homme fatigué qui rêvait de prendre sa retraite, n'avait pas pu refuser. La nouvelle est tombée un lundi matin, par un simple courriel, un courriel froid, impersonne







