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Chapitre 3

Author: Lola Vernier
Son arrogance m'a mise dans une telle colère que j'en sentais les tempes battre.

« Je te préviens, si quelqu'un meurt ici, quand la police arrivera, aucun de vous ne s'en sortira ! »

Mais Élise s'est tranquillement mise à siroter un verre de vin, comme si tout cela ne la concernait pas.

« Arrête ton cinéma. Si tu veux sortir, tu n'as qu'à me supplier. »

« Tu faisais moins la maligne tout à l'heure. Qu'est-ce qu'il y a ? Maintenant que tu sais que mon mari arrive, tu as peur ? »

Béatrice avait des problèmes cardiaques. Non seulement elle avait subi un énorme choc aujourd'hui, mais elle avait aussi avalé de l'eau à plusieurs reprises et était complètement épuisée. Son état devenait de plus en plus inquiétant.

Je me suis mordu la lèvre. Quoi qu'il arrive, je ne pouvais pas la laisser courir le moindre risque.

J'allais ravaler ma fierté et supplier Élise, au moins pour que Béatrice soit hors de danger, mais celle-ci m'a soudain attrapée par le bras.

D'une voix tremblante, elle m'a dit :

« De toute ma vie, je n'ai jamais baissé la tête devant personne. Alors certainement pas devant une femme comme elle. »

« Juliette, je peux encore tenir. Quand Raphaël arrivera, je ne lui pardonnerai pas. »

« Ne t'inquiète pas. J'ai déjà assez souffert à cause d'un homme dans ma vie. Cette fois, je serai de ton côté. »

En voyant que nous refusions toujours de la supplier, Élise a eu un sourire sournois. Elle s'est tournée vers Kévin et lui a ordonné :

« Va chercher deux seaux de glaçons en cuisine. On va encore leur rafraîchir un peu les idées. »

Les glaçons ont été déversés dans la piscine et la température de l'eau a rapidement chuté. Je tremblais déjà de tout mon corps.

Les lèvres de Béatrice ont commencé à bleuir et elle semblait de moins en moins consciente de ce qui se passait autour d'elle.

J'ai eu beau lui tapoter le visage, elle ne réagissait presque plus. Je l'ai entraînée avec moi vers le bord du bassin aussi vite que possible. Mais chaque fois que j'essayais de l'aider à sortir, Kévin nous repoussait avec une perche.

J'étais au bord de la panique. Les yeux rougis, j'ai crié d'une voix rauque :

« Elle est en train de perdre connaissance ! Laisse-la sortir tout de suite ! Si elle meurt ici, l'hôtel aura aussi des comptes à rendre ! »

« Quand Raphaël arrivera, il ne vous pardonnera jamais ce que vous avez fait ! »

Kévin était maître-nageur. En voyant le teint de Béatrice, il a compris que son état devenait réellement préoccupant. Il s'est empressé de se tourner vers Élise.

« Élise, la dame âgée a vraiment l'air mal en point. On devrait peut-être la laisser sortir. Si elle meurt dans la piscine, tu ne vas plus avoir envie de t'y baigner après ça. »

« Et puis, je ne pense pas que Monsieur Delaunay veuille vraiment qu'il y ait un mort. S'il se met en colère à cause de ça, je risque de perdre mon travail. »

Élise a réfléchi un instant avant de laisser échapper un rire moqueur.

« Alors, c'est ton travail qui t'inquiète ? Moi non plus, je n'ai pas l'intention de tuer qui que ce soit. Mais certaines personnes sont beaucoup trop fières pour leur propre bien. »

« Je l'ai déjà dit : si elles me supplient, j'envisagerai peut-être de les laisser sortir. »

« Elle n'est pas encore à l'agonie. Je veux voir combien de temps elles vont réussir à tenir. »

Rassuré par le soutien d'Élise, Kévin m'a regardée avec arrogance.

« Je vais vous expliquer quelque chose. Élise Renaud est la femme de Monsieur Delaunay. Dans cet hôtel, ses désirs passent avant ceux de tous les autres clients. »

« On n'aurait même pas dû vous laisser entrer aujourd'hui. Alors, si vous tenez à votre peau, présentez-lui immédiatement vos excuses et demandez-lui pardon comme il se doit. »

« Si vous refusez encore de comprendre votre situation, personne ne pourra plus rien pour vous ! »

J'ai serré les dents jusqu'à m'en faire mal. Mais en voyant l'état critique de Béatrice, je ne pouvais plus me permettre de penser à ma fierté ni à ma dignité. J'ai fini par articuler avec difficulté :

« Je t'en supplie… Laisse-la d'abord sortir de l'eau. Elle a des problèmes cardiaques. Elle peut vraiment mourir. »

Élise a esquissé un sourire triomphant avant de lancer d'un ton sarcastique :

« Tout à l'heure, tu disais que j'étais une maîtresse sans aucune honte, non ? Alors je veux que tu répètes après moi : “Cette garce de Juliette Payet n'est que la maîtresse. La femme de Raphaël, c'est moi.” »

Élise ne supportait pas qu'on la traite de maîtresse. Elle était surtout profondément jalouse de cette Juliette qu'elle n'avait pourtant jamais rencontrée.

Elle ignorait que Juliette, c'était moi. Et par une cruelle ironie, elle était en train de m'obliger à m'infliger moi-même la pire des humiliations.

J'ai serré les poings si fort que mes ongles se sont enfoncés dans mes paumes. Ravalant ma colère malgré l'humiliation, j'ai répété lentement, mot après mot :

« Cette garce de Juliette Payet n'est que la maîtresse. C'est toi, la femme de Raphaël ! »

« Ça te suffit maintenant ? Laisse-la sortir, vite ! »

Elle a souri, visiblement satisfaite, avant de répondre avec perfidie :

« J'ai dit que j'allais y réfléchir. Eh bien, maintenant que j'y ai réfléchi… je n'ai plus envie de vous laisser sortir. »

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