LOGINÉlise
Il jette la lanière sur le canapé, s'accroupit devant moi, prend mon visage entre ses mains. Son pouce essuie une larme qui avait réussi à s'échapper.
· Chaque marque est une signature, dit-il doucement. Chaque morsure un contrat renouvelé.
Il se penche, mord mon épaule à travers le tissu de la robe. Ses dents cherchent la chair, trouvent leur chemin. La douleur est aiguë, parfaite. Je gémis.
Quand il relève la tête, ses yeux brillent.
· Tu es à moi.
· Je suis à toi, Maître.Il me prend dans ses bras, me porte jusqu'à la chambre. Le jour tombe dehors. Dedans, notre nuit commence.
Élise
Le réveil est toujours étrange.
La lumière grise du matin filtre à travers les rideaux. Je suis seule dans le lit. L'empreinte de son corps est encore tiède à côté de moi, l'oreiller garde le creux de sa tête.
Je m'assois, remonte mes genoux contre ma poitrine. Mon corps tout entier est une carte de la nuit dernière. Mes cuisses portent les stries rouges de la lanière, déjà en train de virer au violet. Mon épaule garde la marque circulaire de ses dents. Entre mes jambes, cette sensation d'avoir été profondément ouverte, possédée.
Je passe mes doigts sur le collier. Je l'ai gardé toute la nuit. C'est la première fois. D'habitude, il le défait avant de dormir, comme s'il me libérait jusqu'au matin.
Mais cette nuit, non. Après m'avoir prise, après que j'ai crié son nom jusqu'à perdre ma voix, il a resserré la boucle d'un cran. Un cran de plus.
· Garde-le, a-t-il murmuré contre ma nuque. Pour que tu n'oublies pas en dormant.
Je n'ai pas oublié.
Le bruit de la douche s'arrête. Je me lève, attrape son peignoir suspendu derrière la porte. Le tissu éponge est doux, sent son savon, sa peau. Je le serre contre moi avant de l'enfiler.
Dans la cuisine, il est déjà en train de préparer le café. Nu jusqu'à la taille, un pantalon de survêtement gris. Ses épaules, ses bras, son dos marqué de mes propres griffures de la nuit. La preuve que même la soumise peut marquer son Maître.
Il se retourne quand j'entre. Ses yeux descendent sur le peignoir, remontent jusqu'au collier. Un sourire au coin des lèvres.
· Tu l'as gardé.
· Tu me l'as demandé.Il s'approche, pose ses mains sur mes épaules, écarte le peignoir juste assez pour voir les marques sur ma peau. Son regard s'assombrit un instant, satisfait.
· Assieds-toi. Je fais des œufs.
Je m'assieds à la table de la cuisine, les jambes croisées sous moi. Le soleil entre par la fenêtre. Dehors, la rue s'éveille. Un livreur passe en scooter. Une mère pousse une poussette.
Personne ne sait. Personne ne peut imaginer qu'à cet instant, dans cette cuisine qui sent le café et le pain grillé, je porte un collier de cuir et les stigmates d'une nuit de soumission.
Il pose une assiette devant moi, s'assied en face. On mange en silence. Pas un silence pesant, mais un silence de complicité, de fatigue heureuse.
· Tu travailles aujourd'hui ? demande-t-il enfin.
· Conférence à dix heures. Un client allemand. Je traduis.Il hoche la tête, boit son café. Ses yeux restent fixés sur moi.
· Tu porteras le collier ?
Je marque un temps d'arrêt, fourchette en l'air.
· Sous mes vêtements.
Il secoue la tête.
· Non. Pas sous. Contre ta peau, oui. Mais caché. Personne ne doit le voir. Personne ne doit savoir que tu es à moi, sauf toi et moi.
· Je sais. · Je veux que tu y penses. Pendant ta conférence, pendant que tu traduis des mots allemands compliqués, je veux que tu sentes le cuir contre ta gorge. Que tu saches qu'à tout moment, tu pourrais tirer dessus, et que ça te rappellerait que tu m'appartiens.Sa voix est calme, posée. Mais chaque mot est une nouvelle marque sur ma peau.
· Je le ferai, Maître.
Il pose sa main sur la mienne.
· Ici, tu m'appelles Julien. Au petit-déjeuner, je suis Julien.
Je hoche la tête. C'est notre règle. Le rituel a ses limites. Le jour a ses lois.
Il se lève, débarrasse les assiettes. Je le regarde faire, admirant la façon dont ses muscles jouent sous sa peau, la courbe de son dos, la cicatrice qu'il a sur l'omoplate, vieille histoire de jeunesse qu'il ne m'a jamais vraiment racontée.
· À quelle heure rentres-tu ?
· Dix-huit heures, trente. Peut-être plus tôt si ça finit vite.Il se retourne, s'appuie contre l'évier.
· Sois précise. Je n'aime pas attendre sans savoir.
· Dix-huit heures, trente. Pas une minute de plus.Il sourit, vient m'embrasser sur le front.
· Va te préparer. Je sors dans vingt minutes.
Dans la salle de bains, je me déshabille devant le miroir. Le peignoir tombe. Je me regarde.
Les marques sur mes cuisses forment un dessin abstrait. Je les touche du bout des doigts. Ça fait encore mal, mais c'est une douleur qui m'est devenue nécessaire, comme l'air que je respire.
Je passe une main sur mon ventre, remonte jusqu'à mes seins. Mes tétons sont encore sensibles d'avoir été mordus, sucés, tirés.
Le collier brille sous la lumière du néon. Je le tourne, trouve la boucle. Il est bien serré. Je pourrais le desserrer, personne ne le saurait.
Je ne le fais pas.
ÉliseDes années plus tard.Il est difficile de dire combien d'années exactement. Le temps, ici, en Normandie, ne se compte plus comme avant. Il s'écoule, lent, paisible, comme la rivière au bout du jardin. Les saisons passent, les arbres perdent leurs feuilles et les retrouvent, notre fille grandit, mais le fond reste le même.Un amour tranquille. Un bonheur simple.Ce soir, comme tous les soirs, nous sommes dans le salon. L'été s'achève, et la lumière du crépuscule filtre à travers les volets entrouverts, peignant les murs de tons orangés. Le feu crépite dans la cheminée — même en septembre, il fait frais, ici, et Julien a toujours aimé le bruit du bois qui brûle.Notre fille — Élise, comme moi, comme nous l'avons promise — a huit ans aujourd'hui. Elle est montée se coucher il y a
ÉliseLe neuvième mois arrive plus vite que je ne l'imaginais. Mon ventre est énorme, tendu, couvert de vergetures que Julien embrasse chaque soir en me disant que je suis belle. Je ne le crois pas , je me sens grosse, lourde, maladroite. Mais ses mains sur ma peau, ses lèvres sur mes cicatrices, me rappellent que pour lui, je suis toujours désirable.— Tu es la femme la plus sexy du monde, dit-il.— Tu es aveugle.— Je suis amoureux. C'est pire.Le travail commence un soir de mai. Les contractions sont faibles d'abord , de simples crampes, comme des règles douloureuses. Puis elles se rapprochent, s'intensifient, deviennent insoutenables.— Il faut aller à la clinique, dit Julien, les yeux paniqués.— Je sais... mais attends... encore un peu...— Élise, on y va tout de suite.Il me porte presque jusqu'à
ÉliseLes jours passent, puis les semaines, puis les mois. La maison de Normandie devient notre royaume, notre sanctuaire, notre monde. Paris n'est plus qu'un souvenir lointain, une vie antérieure que nous avons laissée derrière nous comme on laisse un vêtement trop grand, trop lourd, trop bruyant.Ici, tout est calme. Ici, tout est doux.Les matins commencent par le café que Julien m'apporte au lit — un rituel qu'il n'a jamais manqué depuis notre retour de lune de miel. Il pose la tasse sur la table de chevet, se penche, embrasse mon front, puis mon cou, puis le collier d'or qui ne me quitte plus.— Bonjour, ma femme, murmure-t-il.— Bonjour, mon mari, réponds-je, la voix encore enrouée de sommeil.Je bois mon café à petites gorgées pendant qu'il se prépare. La salle de bain est juste à côté, et j'ent
À l'étage, trois chambres. La nôtre est la plus grande, avec un lit à baldaquin que j'ai choisi dans une brocante, des draps en lin blanc, et une fenêtre qui donne sur le jardin. La chambre d'amis est plus petite, plus simple. Et la troisième...Julien s'arrête devant la porte.— Celle-ci, on la laisse vide pour l'instant, dit-il. En attendant.Il ne dit pas : en attendant l'enfant. Il n'a pas besoin. Je pose ma main sur mon ventre, vide encore, qui un jour portera la vie.— En attendant, répété-je.La visite terminée, nous redescendons au salon. Julien allume un feu dans la cheminée , le bois crépite, la flamme danse. Il ouvre une bouteille de champagne , du vrai, du bon, celui qu'il avait gardé pour l'occasion.— À notre maison, dit-il en levant sa coupe.— À notre maison, réponds-je en levant la mienne.Nous buvons. Le champagne est frais, pétillant, joyeux.— Il y a autre chose, dit Julien. Un rituel. Je ne sais pas si tu voudras...— Je veux tout ce que tu veux.Il pose sa coupe,
Les jours suivants se ressemblent et sont pourtant tous uniques.Nous faisons l'amour le matin, dans la lumière douce de l'aube. Nous faisons l'amour l'après-midi, dans la chaleur moite de la sieste. Nous faisons l'amour le soir, sous les étoiles, au bord de la piscine.Chaque fois est différente. Chaque fois est la même.Il y a des moments où je redeviens la soumise , à genoux devant lui, la tête baissée, attendant son ordre. Il y a des moments où il redevient le Maître — la main dans mes cheveux, la voix grave, le regard dur. Mais ces moments sont des jeux, des rappels, des clins d'œil à ce que nous avons été. L'essentiel est ailleurs.L'essentiel, c'est la tendresse.Je ne savais pas que Julien pouvait être tendre. Je l'avais vu dur, froid, brutal même. Je l'avais vu brisé, perdu, en larmes. Mais tendre ? C'est une d&eacu
L'avion décolle en début d'après-midi. Nous avons la première classe, bien sûr , Julien a voulu que tout soit parfait, que rien ne vienne gâcher ces premiers jours de notre vie de couple. Les sièges sont larges, transformables en lits, et le champagne coule à flots.Je regarde par le hublot. Paris s'éloigne, devient une carte postale, une image dans un souvenir. La France, la mairie, les invités, les discours — tout cela s'estompe. Devant nous, la Grèce. La mer. La liberté.— À quoi penses-tu ? demande Julien.— À rien. À tout. À nous. Je tourne la tête vers lui. Je pense à la première fois que je vous ai vu, mon Maître. Dans ce bar. Vous étiez si sombre, si froid. Je ne savais pas que derrière cette façade, il y avait l'homme qui allait changer ma vie.— Je ne sa
Élise Il prend une profonde inspiration.· Je ne sais pas. Je ne me projette pas comme ça.· Moi si. Je me projette tout le temps. C'est un de mes défauts.Il m'attire plus haut, pose sa joue contre mes cheveux.· Alors projette-toi. Dis-moi ce que tu vois.Je ferme les yeux, cherche les images.·
Élise Je reprends la lanière. Les coups tombent, réguliers, rythmés. Dix. Quinze. Vingt. Elle compte, sa voix de plus en plus étranglée. Ses larmes coulent sur le drap.À vingt-cinq, je m'arrête. Ses cuisses sont zébrées de rouge. Sa peau est brûlante sous mes doigts.Je me penche, pose ma bouche
Élise Je tombe à genoux sur le parquet. La jupe se tend, les collants crissent légèrement. Mes mains trouvent d'elles-mêmes leur place sur mes cuisses.Il s'accroupit devant moi, prend mon visage entre ses mains.· Tu es parfaite, dit-il doucement. Tu ne peux pas savoir à quel point tu es parfaite
Elise Je choisis un chemisier blanc, col fermé, qui cachera parfaitement le cuir. Un tailleur strict, jupe crayon. Les bas résille d'hier soir laissent place à des collants opaques. Les escarpins à talons remplacent mes pieds nus.Quand j'ai fini, je me regarde une dernière fois dans le miroir. La







