Beranda / Romance / J'ai percé le Préservatif / CHAPITRE 7 – Deux heures

Share

CHAPITRE 7 – Deux heures

Penulis: Plumas
last update Tanggal publikasi: 2026-06-12 17:16:44

Elle rentra dans son studio, suspendit la veste au dossier d’une chaise, et se coucha sans se démaquiller. La robe rouge était froissée. Le plafond fissuré la regardait. Mais elle ne voyait rien de tout cela. Elle voyait des yeux doux. Elle voyait un sourire triste. Elle voyait un homme qui lui avait dit qu’il était content de l’avoir rencontrée.

Elle s’endormit avec cette phrase dans la tête. Elle s’endormit heureuse, pour la première fois depuis la mort de sa mère. Elle s’endormit en pensant que sa vie allait enfin commencer.

Elle ne se trompait pas. Sa vie allait commencer. Et avec elle, sa destruction.

***

Ils rentrèrent du balcon comme on rentre d’un voyage, avec cette sensation étrange que le monde a continué de tourner sans vous. Le salon de Mariam n’avait pas changé. La musique jouait toujours, les mêmes visages riaient, les mêmes verres s’entrechoquaient. Mais quelque chose s’était déplacé dans l’air, un décalage infime que Gloria ressentait dans sa nuque, dans ses doigts, dans le tissu de la veste que Marc lui avait posée sur les épaules et qu’elle n’avait toujours pas retirée.

Ils trouvèrent un coin plus calme, près de la bibliothèque, là où Marc se tenait quand elle l’avait aperçu pour la première fois. Un canapé deux places, usé aux accoudoirs, qui semblait avoir connu des générations de confidences. Il s’assit le premier, elle le suivit, et sans savoir comment, ils reprirent leur conversation exactement là où ils l’avaient laissée, comme si le temps n’avait pas de prise sur eux.

« Tu vis seule ? demanda Marc.

— Oui. Un studio. Pas très grand, mais suffisant.

— C’est bien, un studio. Moins de choses à ranger. »

Elle sourit. Il avait une façon de dire les choses qui les rendait simples. Pas banales, simples. C’était une qualité rare. La plupart des gens enjolivaient, compliquaient, tournaient autour du pot. Lui, il parlait droit, sans fioritures, et chaque mot semblait pesé sur une balance invisible.

« Et toi ? demanda-t-elle.

— Moi, c’est compliqué. »

Il but une gorgée de sa bière. La bouteille était presque vide maintenant, et il la faisait tourner entre ses doigts, machinalement, comme s’il avait besoin d’occuper ses mains. Gloria attendit. Elle avait appris à attendre, avec sa mère, avec les hommes, avec la vie. Elle savait que les silences disent plus que les mots, parfois.

« Je vis avec quelqu’un, finit-il par dire. Enfin, je vis chez quelqu’un. C’est différent.

— Différent comment ?

— Je ne sais pas. C’est chez elle. L’appartement est à elle. Les meubles sont à elle. Même le chat est à elle. Moi, je suis là, c’est tout. »

Gloria hocha la tête. Elle comprenait ce qu’il voulait dire. Elle avait toujours vécu dans des espaces qui ne lui appartenaient pas, des locations temporaires, des murs qu’elle ne pouvait pas peindre, des sols qu’elle ne pouvait pas changer. Mais elle imaginait que c’était pire quand l’espace appartenait à quelqu’un d’autre, quelqu’un qui dormait à côté de vous, quelqu’un dont le nom était sur la boîte aux lettres.

« Elle s’appelle comment ?

— Esther. »

Il prononça le prénom sans émotion particulière, ni haine ni tendresse, comme on prononce le nom d’une rue qu’on traverse tous les jours sans plus la voir. Gloria enregistra ce prénom. Esther. Elle le répéta dans sa tête, le fit rouler comme un galet dans sa paume. Esther. C’était un prénom biblique, un prénom de reine, un prénom qui semblait porter en lui une autorité naturelle. Gloria se sentit minuscule à côté de ce prénom. Gloria, c’était un prénom de fille qui voulait briller. Esther, c’était un prénom de femme qui n’avait pas besoin de briller pour exister.

« Vous êtes ensemble depuis longtemps ?

— Le lycée. On s’est rencontrés en seconde. J’avais seize ans. Elle en avait quinze. »

Lanjutkan membaca buku ini secara gratis
Pindai kode untuk mengunduh Aplikasi

Bab terbaru

  • J'ai percé le Préservatif   CHAPITRE 50 – La déclaration calculée

    Les vêtements tombèrent un à un. Les mains se cherchèrent, se trouvèrent. Les corps se mêlèrent. Et au moment crucial, Gloria sentit le préservatif céder – elle l’avait percé quelques heures plus tôt avec une épingle, un petit trou presque invisible, juste assez pour que le miracle ait une chance de se produire.Elle ferma les yeux. Elle pensa au verdict du médecin. Moins de deux pour cent. Une chance infime. Presque rien. Mais ce presque rien, elle allait le saisir de toutes ses forces.Quand tout fut fini, Marc s’endormit presque immédiatement, vaincu par le vin et la fatigue et le soulagement. Gloria resta éveillée, allongée à côté de lui, une main posée sur son ventre. Elle imagina ce qui était peut-être en train de se passer à l’intérieur. La course folle des spermatozoïdes. La rencontre improbable. Le miracle en train de s’accomplir.Dehors, la pluie avait cessé. La lune s’était levée, pleine et brillante, et sa lumière filtrait à travers le rideau, dessinant des rectangles pâle

  • J'ai percé le Préservatif   CHAPITRE 49 – Le dîner piège

    — Rien. C’est ça le pire. Elle n’a pas crié, elle n’a pas pleuré. Elle m’a juste regardé avec ce mépris silencieux qu’elle maîtrise si bien. Et puis elle est partie travailler. Comme si de rien n’était. »Il but une gorgée de vin, reposa le verre un peu trop fort. Le liquide oscilla dangereusement sans déborder. « Parfois, je me dis que j’aimerais qu’elle explose. Qu’elle hurle. Qu’elle me jette mes affaires par la fenêtre. Au moins, ce serait une réaction. Quelque chose d’humain. Mais non. Elle encaisse. Elle note. Elle accumule. Et un jour, elle me présentera la facture. »Gloria connaissait déjà cette facture. Elle l’avait lue sur le téléphone de Marc. « Libère-toi de tes dettes d’abord. » Elle savait que cette facture existait, qu’elle était exorbitante, et que Marc ne pourrait jamais la payer. Mais elle ne dit rien. Elle tendit la main et la posa sur celle de Marc, doucement, comme on pose un pansement sur une plaie.« Tu ne mérites pas ça, dit-elle simplement.— Tu crois ?— Je

  • J'ai percé le Préservatif   CHAPITRE 48 – Le dîner piège

    Elle avait hésité longuement devant sa penderie avant de choisir la robe rouge. Celle du premier soir. Celle qu’elle portait le jour où elle avait rencontré Marc, chez Mariam, il y avait une éternité de cela – cinq semaines, six peut-être, elle ne comptait plus. La robe était encore en bon état, le tissu n’avait pas perdu son éclat. Elle la portait comme on porte une armure, avec la conscience que cette couleur, cette coupe, ce souvenir qu’elle évoquait chez Marc faisaient partie de la stratégie. Il avait aimé cette robe le premier soir. Il l’aimerait encore ce soir.Elle se maquilla avec soin devant le miroir fendu. Ni trop, ni trop peu. Juste assez pour que la lumière des bougies flatte ses traits, pour que ses yeux paraissent plus grands, pour que ses lèvres attirent le regard sans le provoquer. Elle attacha ses cheveux en un chignon lâche, laissant quelques mèches s’échapper sur ses tempes. Elle se regarda longuement, cherchant la faille, l’imperfection, le détail qui pourrait tra

  • J'ai percé le Préservatif   CHAPITRE 47 – Le dîner piège

    Elle chassa cette pensée. Elle n’en était pas là. Pour l’instant, il fallait se concentrer sur l’objectif, visualiser la victoire, y croire de toutes ses forces. Elle avait un plan. Un plan imparfait, désespéré, mais un plan quand même. Et tant qu’elle avait un plan, elle avait une raison de se battre.Elle finit par s’endormir vers trois heures du matin, d’un sommeil agité, peuplé de rêves étranges. Elle rêva qu’elle était enceinte, le ventre rond et lourd, et qu’elle marchait dans une rue inconnue. Les gens la regardaient avec admiration, avec respect. Elle était devenue quelqu’un. Elle n’était plus la fille de la maîtresse. Elle était la mère. La femme légitime. Celle qu’on épouse.Elle se réveilla à l’aube, la bouche sèche, le cœur battant. Le rêve s’effaçait déjà, remplacé par la réalité du studio, du plafond fissuré, du frigo qui ronronnait. Mais il restait quelque chose. Une détermination. Une certitude.Aujourd’hui, c’était le bon jour. Elle le savait. Elle l’avait calculé. So

  • J'ai percé le Préservatif   CHAPITRE 46 – Le plan mûrit

    C’était plus difficile. Esther tenait Marc par l’argent, par le statut, par la peur. On ne rompt pas facilement des chaînes aussi solides. Mais toute chaîne a un maillon faible, et Gloria pensait avoir identifié celui d’Esther. La fierté. Esther était une femme fière, trop fière pour supporter longtemps l’humiliation d’être trompée. Si Gloria parvenait à rendre la liaison assez visible, assez humiliante, Esther finirait par craquer. Elle demanderait le divorce elle-même, et Marc serait libre sans avoir à payer le prix. C’était risqué, bien sûr. Esther pouvait aussi choisir de se battre, de s’accrocher, de resserrer son emprise. Mais Gloria avait confiance. Elle avait étudié cette femme, elle connaissait ses faiblesses. L’orgueil était la plus grande d’entre elles.Troisième étape : tomber enceinte.C’était l’étape cruciale, celle qui faisait tenir tout l’édifice. Sans enfant, Gloria n’était qu’une maîtresse parmi d’autres, une aventure qu’on oublie, une erreur qu’on efface. Avec un en

  • J'ai percé le Préservatif   CHAPITRE 45 – Le plan mûrit

    La nuit était tombée depuis longtemps quand Gloria se résigna à accepter qu’elle ne dormirait pas. Elle était allongée sur son lit, les yeux ouverts dans le noir, et elle écoutait le silence du studio. Le frigo ronronnait, comme toujours. La pluie avait repris, fine et régulière, et les gouttes frappaient la vitre avec un bruit doux, presque apaisant. Marc n’était pas venu ce soir. Il avait envoyé un message en fin d’après-midi : « Réunion tardive. Je ne peux pas. Désolé. À demain. » Elle n’avait pas répondu. Elle n’était pas déçue. Ou plutôt, elle ne voulait pas être déçue. La déception était une faiblesse, et elle n’avait pas de place pour les faiblesses. Pas maintenant. Pas avec ce qui se préparait.Elle avait passé la soirée à tourner dans le studio comme une lionne en cage. Elle avait fait la vaisselle, plié du linge, récuré le carrelage de la douche avec une vieille brosse à dents. Des gestes mécaniques qui occupaient ses mains sans apaiser son esprit. Son esprit, lui, tournait

  • J'ai percé le Préservatif   CHAPITRE 15 – Le stratagème

    Le café refroidit dans la tasse ébréchée. Gloria ne le but pas. Elle l’avait préparé par automatisme, parce que c’est ce qu’on fait le matin, on prépare du café, on le boit, on commence la journée. Mais la journée avait commencé sans elle, ou elle avait commencé sans la journée, elle ne savait plus

  • J'ai percé le Préservatif   CHAPITRE 14 – Le trouble

    Elle ne savait pas encore que c’était exactement ce que sa mère avait pensé, vingt-sept ans plus tôt, en rencontrant un homme marié aux yeux doux et au sourire triste. Elle ne savait pas qu’elle était en train de reproduire, geste par geste, pensée par pensée, l’histoire qu’elle s’était juré de ne

  • J'ai percé le Préservatif   CHAPITRE 13 – Le trouble

    C’était un sourire de façade, un sourire de circonstance, un sourire qu’on met comme on met une cravate. Gloria reconnut ce sourire. Elle l’avait porté toute sa vie.Elle reposa le téléphone sur la table de chevet, l’écran vers le bas. Elle ne voulait plus voir cette photo. Elle ne voulait plus voi

  • J'ai percé le Préservatif   CHAPITRE 12 – Le trouble

    Elle imaginait sa voix lui murmurant des mots doux. Elle imaginait une vie avec lui, une vraie vie, un appartement avec une boîte aux lettres qui porterait leurs deux noms, un lit avec des draps propres qu’ils laveraient ensemble, une table où ils mangeraient sans allumer la télévision.Elle se ret

Bab Lainnya
Jelajahi dan baca novel bagus secara gratis
Akses gratis ke berbagai novel bagus di aplikasi GoodNovel. Unduh buku yang kamu suka dan baca di mana saja & kapan saja.
Baca buku gratis di Aplikasi
Pindai kode untuk membaca di Aplikasi
DMCA.com Protection Status