MasukAvant, tout était une conquête. Chaque orgasme était une victoire sur Gabriel, sur Raphaël, sur moi-même. Chaque caresse était un défi, chaque baiser une déclaration de guerre. Le désir était mon arme, ma cuirasse, mon identité. Je jouissais de ma domination, de leur soumission, de ce jeu cruel et magnifique qui était ma vie.
Mais aujourd'hui, la guerre est terminée. La meute est repue
MélieLe taxi attend devant l'entrée du parking, son moteur diesel ronronnant doucement dans la fraîcheur du soir. Un véhicule banal, une Peugeot noire aux sièges en tissu gris, mais pour moi, c'est un char d'or, un tapis volant, un vaisseau spatial. C'est le véhicule qui va m'emporter loin d'ici, loin de lui, loin de tout.Raphaël tient ma main, nos doigts entrelacés, serrés comme si nous risquions de nous perdre dans la foule. Mais il n'y a pas de foule. Juste le bitume mouillé, les lampadaires qui s'allument un par un dans la grisaille du soir, et le bruit lointain de la circulation sur les grands boulevards.Nous marchons vers le taxi, nos pas synchronisés, nos épaules qui se touchent. Ses affaires sont dans un sac de sport posé à l'arrière, à côté de mon petit sac à main. Les miennes tiennent dans une valise à
Elle éclate en sanglots, un hoquet rauque qui secoue ses épaules. Son visage se tord dans une grimace de douleur, de frustration, de honte. Et je sens mon cœur se serrer dans ma poitrine. Ce n'est pas de la compassion. Ce n'est pas de la pitié. C'est quelque chose de plus sauvage, de plus primitif, de plus possessif.Elle est à moi. Dans sa gloire comme dans sa chute. Dans sa puissance comme dans sa faiblesse. Elle est à moi.Je tends la main. Mes doigts se referment sur sa gorge. Pas brutalement, pas pour lui faire mal. Juste pour sentir son pouls battre contre ma paume, cette vie qui palpite sous sa peau, cette chaleur qui est la sienne, qui est la mienne. Ma prise est ferme, possessive, mais pas serrée. Une affirmation, pas une agression.— C'est avec MOI que tu es mariée, Flore.Ma voix est un grognement sourd, qui vient du plus profond de ma poitrine. Je plonge mon regard dans
Avant, tout était une conquête. Chaque orgasme était une victoire sur Gabriel, sur Raphaël, sur moi-même. Chaque caresse était un défi, chaque baiser une déclaration de guerre. Le désir était mon arme, ma cuirasse, mon identité. Je jouissais de ma domination, de leur soumission, de ce jeu cruel et magnifique qui était ma vie.Mais aujourd'hui, la guerre est terminée. La meute est repue du scandale, Raphaël est parti avec Mélie, et Gabriel... Gabriel qui a menti pour moi pendant l'interrogatoire, qui a serré les poings jusqu'à en blanchir les jointures, qui m'a regardée avec ces yeux où la haine et l'amour sont indiscernables. Gabriel qui est tout ce qui me reste.Et l'idée de le retrouver ce soir, dans notre appartement vide, m'emplit d'une terreur glacée. Parce que sans la guerre, sans le danger, sans la transgressi
FloreLa porte des toilettes claque derrière moi, résonnant dans le silence ouaté du couloir directorial. Le loquet coulisse sous mes doigts avec un bruit sec, métallique, définitif. Un petit bruit ridicule qui sonne comme un coup de feu dans ma poitrine.Je suis seule.L'odeur de ces toilettes pour cadres dirigeants — un mélange d'eau de Cologne citronnée, de désinfectant aux notes de pin et de poussière de moquette — me prend à la gorge. Une odeur froide, aseptisée, impersonnelle. Exactement ce dont j'ai besoin. Un endroit sans âme pour la coquille vide que je suis devenue.Je m'assois sur la cuvette, le couvercle en bois laqué blanc froid sous mes fesses à travers le fin tissu de ma jupe crayon. Le carrelage mural, d'un blanc immaculé avec des joints gris, me renvoie une image déformée de moi-même. Une silhouette floue, cassée, un fantôme en tailleur griffé.Mon tailleur. Mon armure. Elle est en bataille. La veste est froissée, le chemisier de soie blanc à moitié sorti de la jupe.
Elle referme les yeux, semble prête à se rendormir. Moi, je tourne mon visage vers la fenêtre. Dehors, la lumière est devenue plus vive, plus dorée. Les toits de zinc de Paris se découpent sur un ciel de printemps, d'un bleu pâle lavé par la nuit. Des cheminées fument doucement. Un oiseau, quelque part, entame sa mélopée matinale.La vie est là. Banale et sublime. Comme une promesse tenue.Et dans le silence de cette chambre baignée d'aube, je pense au chemin parcouru. À la femme brisée que j'étais, recroquevillée sur un carrelage froid, hurlant le nom d'un homme qui me détruisait. À la femme en colère qui a osé enregistrer ses aveux, en prendre une copie
CamilleLe jour se lève sur Paris, filtré par les rideaux de lin blanc que j'ai oublié de fermer complètement hier soir. Une lumière pâle, encore hésitante, à peine sortie des brumes de l'aube, caresse le plancher de chêne, le drap froissé, le contour des meubles qui émergent lentement de la pénombre.Le silence est presque parfait. Juste troublé par le souffle régulier d'Anaïs, endormie contre mon épaule. Son bras repose sur ma taille, léger, chaud, confiant. Sa main est ouverte sur mon ventre, paume à plat, les doigts légèrement écartés. Dans son sommeil, elle s'est collée à moi comm







