INICIAR SESIÓNAdam
Il n'y a plus de mots.
Plus de pensée. Plus de mission. Plus de mensonges. Il n'y a que la nuit, la cabane, la flamme de la bougie qui vacille sur l'établi. Il n'y a qu'elle, debout devant moi, ses yeux gris pleins de larmes et de désir, sa main qui serre la mienne sur son cœur.
Aime-moi comme si c'était la dernière fois.
Comment résister à ça ? Comment faire semblant, comment jouer un
J'ai débité mes informations d'une voix neutre, mécanique. Le comptable de Lugano. L'entrepôt de Gênes. La Sirena. J'ai tout donné, sans rien omettre. C'est mon devoir. C'est pour ça que je suis là.Mais je n'ai pas parlé d'Elena.Pas un mot sur la serre, sur le kiosque, sur la cabane à outils. Pas un mot sur ses yeux gris, sur son parfum de jasmin, sur ses gémissements dans la nuit. Pas un mot sur ce que je ressens pour elle, sur la culpabilité qui me ronge, sur les nuits sans sommeil que je passe à chercher une issue impossible.Ma hiérarchie n'a pas besoin de savoir ça. Ça ne regarde que moi. Ça ne regarde que nous.En raccrochant, je suis resté un long moment dans la cabine, le front appuyé contre la vitre froide. Dehors, le soleil se levait sur la campagne italienne. Les oliviers s'étendaient à
AdamIl n'y a plus de mots.Plus de pensée. Plus de mission. Plus de mensonges. Il n'y a que la nuit, la cabane, la flamme de la bougie qui vacille sur l'établi. Il n'y a qu'elle, debout devant moi, ses yeux gris pleins de larmes et de désir, sa main qui serre la mienne sur son cœur.Aime-moi comme si c'était la dernière fois.Comment résister à ça ? Comment faire semblant, comment jouer un rôle, quand la femme qu'on aime vous offre son corps et son âme avec une confiance aussi absolue ?Je ne résiste pas. Je l'aime.Je l'attire contre moi, mes mains se perdent dans ses cheveux, ma bouche trouve la sienne. Le baiser est sauvage, désespéré, brûlant. Toute la tension accumulée depuis des semaines, tous les désirs réprimés, toutes les peurs surmontées explosent dans ce baiser. Elle ré
AdamLe message arrive un matin, glissé dans la poche de ma veste de travail.Je ne m'en rends pas compte tout de suite. La journée commence comme toutes les autres — réveil à l'aube, café noir dans la cuisine du garage, les Albanais qui ronflent encore derrière la cloison. Puis je descends au jardin, j'arrose les massifs, je taille les rosiers, je nettoie la fontaine. Des gestes mécaniques, répétitifs, qui laissent mon esprit libre de vagabonder.Libre de penser à elle.Depuis cette nuit sous le kiosque, nous nous sommes vus tous les jours. Pas seulement dans la serre, plus seulement en cachette. Elle descend au jardin chaque après-midi, s'assied sur son banc de pierre, et nous parlons. De tout, de rien, de la mer, des livres, de nos vies. Les domestiques s'habituent à voir Madame converser avec le jardinier. Certains doivent jaser, mais personne n'ose
Ses mains se perdent dans mes cheveux, descendent le long de mon dos, se posent sur mes hanches. Il me serre contre lui à m'en faire mal, et j'aime cette douleur, j'aime cette force, j'aime sentir que je ne suis plus un fantôme mais un corps vivant, vibrant, désirant.— Elena, murmure-t-il contre ma bouche. Elena, qu'est-ce que tu me fais ?— La même chose que toi, tu me fais.— Je ne peux plus me passer de toi.— Alors ne te passe pas de moi.Il recule un peu, plonge ses yeux dans les miens. Son regard est intense, brûlant, presque douloureux.— Tu ne sais pas à quel point cette phrase est dangereuse.— Pourquoi ?— Parce que je pourrais la prendre au sérieux. Parce que je pourrais te croire.— Crois-moi, Adam. Crois-moi, pour une fois. Crois que je suis sincère quand je te dis que je ne veux plus me passer de toi.
Sa voix est ferme, presque dure. Il n'y a plus de timidité, plus de maladresse, plus de jardinier qui baisse les yeux. Il y a un homme qui sait ce qu'il veut et qui est prêt à en payer le prix.— Moi non plus, dis-je. Je ne regrette rien.Un sourire passe sur ses lèvres. Ce sourire rare qui creuse une fossette sur sa joue gauche, ce sourire qui me fait fondre chaque fois.— Alors pourquoi ne pas être venue ?— Parce que j'essaie d'être raisonnable.— La raison, c'est ce qui tue les gens à petit feu. La raison, c'est ce qui vous a enfermée dans cette villa pendant sept ans. La raison, c'est ce qui vous empêche de vivre.Il a raison. Mon Dieu, comme il a raison. La raison m'a étouffée, écrasée, réduite à l'état de fantôme. La raison m'a fait accepter ce mariage, ce mari, cette vie qui n'en est pas une. La raison, c'est mon ennemie.— Alors je ne veux plus être raisonnable, dis-je.— Moi non plus.Il fait un pas vers moi. Je fais un pas vers lui. Nous sommes debout près de la fontaine, e
ElenaLe lendemain, je ne vais pas à la serre.Je reste dans ma chambre, les volets mi-clos, à fixer le ventilateur qui tourne au plafond. Maria est venue trois fois. La première pour m'apporter le petit-déjeuner , je n'y ai pas touché. La deuxième pour me demander si j'avais besoin de quelque chose , j'ai répondu non sans ouvrir la porte. La troisième pour m'annoncer que le jardinier avait demandé si Madame était souffrante.Le jardinier. Adam. Il a demandé de mes nouvelles. Cette pensée m'a traversée comme une décharge électrique, et j'ai dû m'asseoir sur le bord du lit pour ne pas vaciller.— Que faut-il lui répondre, Madame ?— Rien. Dites-lui que je me repose.Maria est repartie, ses sandales claquant sur le marbre du couloir. Et je suis restée seule avec mon mensonge, mon désir, ma peur.Je ne suis pas souffrante. Je suis terrifiée.Ce qui s'est passé hier dans la serre , ce baiser, ces mains, ces mots, ce je t'aime que j'ai failli lui dire et qu'il a failli me rendre , est une







