LOGINMatteo
La suivre jusqu’ici était une folie. Pénétrer dans le palais Contarini, une insanité pure. Un coup d’œil à mon accoutrement, un mensonge éhonté sur une livraison de bois de citronnier pour les cuisines, et la suffisance des laquais a fait le reste. Ils voient ce qu’ils veulent voir : un homme du peuple, insignifiant, tête baissée. Ils ne voient pas le fauve.
Je me suis glissé dans les coulisses de cette opulence, mon cœur cognant contre mes côtes comme un tambour de guerre. Les murs sont couverts de soieries, l’air sent la cire d’abeille et le parfum coûteux. Tout ici me répugne. Tout, sauf elle.
Je l’ai trouvée dans la grande salle, rayonnante et prisonnière, assise à la table d’honneur. Le spectacle m’a figé sur place. Elle, au milieu de cette mascarade dorée, entourée de prédateurs satisfaits. Lui, à ses côtés. Contarini. Je le reconnais. Un de ces requins qui spéculent sur le grain tandis que le peuple crève de faim. Il la touche avec une désinvolture qui me donne envie de lui briser les doigts un à un.
Puis, elle a levé les yeux. Et elle m’a vu.
Le choc a été réciproque, palpable à travers l’épaisseur de la salle. J’ai vu la peur, la surprise, puis… quelque chose d’autre. Une lueur. Une reconnaissance. Pas seulement de mon visage, mais de cette folie commune qui nous a saisis. Elle a laissé tomber sa fourchette. Un petit geste, un signal. Un aveu.
C’en était trop. Je me suis effacé dans l’ombre, le sang me battant aux tempes. Je ne peux pas rester ici. Je dois partir avant qu’on ne me découvre, avant que cette imprudence ne nous perde tous les deux.
Mais mon corps refuse de quitter ce palais. Il me guide, instinctif, à travers un dédale d’escaliers de service et de corridors étroits, loin des salles de réception. Je cherche l’air, l’obscurité, un endroit où cette fièvre pourrait peut-être se calmer.
Je débouche dans un petit jardin intérieur, un cortile secret niché au cœur du palais. La lune y filtre à travers les branches d’un oranger en pot, jetant des ombres dentelées sur les dalles de pierre. L’air est frais, chargé du parfum des herbes et de la terre humide. Je m’adosse contre le mur froid, fermant les yeux, essayant de maîtriser le chaos en moi.
C’est alors que j’entends le léger froissement de soie.
Je me fige. Ce n’est pas un serviteur. Les pas sont trop légers, trop hésitants.
Elle apparaît à l’entrée de la loggia, comme une apparition. Elle a ôté son masque. Son visage est à nu, éclairé par la lune. Et c’est plus beau, plus terrifiant encore que je ne l’avais imaginé. Des traits fins, une bouche pâle, légèrement entrouverte. Et ces yeux. Ces yeux verts, immenses, qui me fixent maintenant sans aucune barrière.
Nous restons ainsi, à quelques mètres l’un de l’autre, dans le silence vibrant du jardin. Le monde s’est réduit à ce rectangle de pierre, à cette lumière d’argent, à l’espace infime et infranchissable qui nous sépare.
Elle parle la première. Sa voix est un souffle, à peine plus fort qu’un murmure, mais il résonne en moi comme un cri.
— Qui êtes-vous ?
Chiara
Le son de ma propre voix dans le silence m’effraie. Elle semble si fragile, si petite. Mais la question était là, brûlante sur mes lèvres depuis le premier regard.
Il ne bouge pas, adossé au mur comme s’il cherchait son soutien. La lumière de la lune sculpte les angles durs de son visage, creuse ses yeux d’ombres. Il n’a pas l’air d’un serviteur. Il a l’air d’un bandit, d’un fauve égaré dans un salon. Et pourtant, je n’ai pas peur. Pas de lui.
JulienEmma est plantée là, statue fissurée, son corps un champ de bataille où le calme n'est qu'une illusion fragile. Penché sur mon bureau, elle offre une posture qui hurle le conflit : dos cambré en une courbe hypnotique, reins creusés comme une invitation maudite, épaules raidies par une résistance qui craquelle à vue d'œil. Ses tremblements sont imperceptibles pour un œil distrait, mais pas pour moi : une vibration sourde, continue, comme une corde de violon pincée et abandonnée à sa résonance, remontant de ses cuisses tremblantes jusqu'à sa nuque raidie. La sueur perle déjà, formant des rigoles salées qui glissent le long de sa colonne, trempant le tissu fin de sa chemise collée à sa peau, révélant les contours de ses omoplates saillantes, tendues à rompre.Le néon crache sa lumière impitoyable, un blanc clinique qui éviscère les ombres et dissèque chaque détail avec une cruauté chirurgicale. Il allume les veines bleues sur ses tempes, fait briller les gouttes de transpiration q
Il bouge son doigt en moi, lentement, profondément. Je mords ma main pour ne pas crier. La douleur de mes dents sur ma peau est le seul rempart contre le plaisir qui monte, qui envahit tout, qui menace de me faire perdre la tête.— …l’obéissance.Son doigt trouve un endroit en moi que je ne connaissais pas. Je me cambre. Mes hanches bougent toutes seules, cherchent plus, cherchent encore. Il rit doucement, un rire que je ne lui connais pas, un rire sombre, possessif.— Tu aimes ça, Emma ?— Oui, monsieur Delaunay.— Tu aimes quand ton professeur te touche comme ça ?— Oui, monsieur Delaunay.— Tu penses à quoi, quand tu te touches le soir ?Je ne réponds pas. Je ne peux pas. Le dire à voix haute, c’est trop. C’est avouer tout ce que j’ai imaginé, toutes ces nuits où j’ai fer
Je glisse la craie entre ses fesses. Contre son trou. Elle sursaute, se tend, ses doigts s’agrippent au bureau.— Tu aimes, Emma ?— Je… je ne sais pas, monsieur Delaunay. Je n’ai jamais…— Tais-toi. Tu n’as pas à savoir. Tu as à subir.Je fais rouler la craie contre elle. La poussière blanche marque sa peau, dessine des traits sur ses fesses, dans le creux de ses reins. Elle gémit, étouffe le son dans son bras. Ses hanches bougent toutes seules, cherchant quelque chose, ne sachant pas quoi.Je laisse tomber la craie. Elle claque sur le parquet, se brise. Emma sursaute. Je dégrafe mon pantalon. Je sors ma queue. Longtemps que je n’ai pas bandé comme ça. Longtemps que je n’ai pas désiré comme ça. Elle est dure, tendue, presque douloureuse.J’enfile un préservatif – j’
Je pose mes mains sur ses épaules. Juste pour la stabiliser. Pour me stabiliser. Ses os fins sous le coton. Sa chaleur. Sa peau si douce sous mes doigts. Je glisse ses bretelles le long de ses bras, elle ne résiste pas. Le chemisier glisse, découvre ses épaules, ses clavicules, le haut de ses seins.— Dis-moi ce que tu veux, Emma.— Que vous m’appreniez. Tout. Pas seulement les livres.Mes doigts serrent plus fort. Elle ne recule pas. Elle se rapproche. Son buste contre ma poitrine, ses seins à travers le tissu fin contre ma chemise. Je sens ses tétons durcis, je sens son souffle qui s’accélère.— Tu sais ce que ça veut dire, « tout » ?— Oui, monsieur Delaunay.— Ça veut dire que je décide. Que je commande. Que tu ne dis pas non.Ses yeux s’agrandissent mais elle ne détourne pas le regard. El
Je pose mes mains sur ses épaules. Juste pour la stabiliser. Pour me stabiliser. Ses os fins sous le coton. Sa chaleur. Sa peau si douce sous mes doigts. Je glisse ses bretelles le long de ses bras, elle ne résiste pas. Le chemisier glisse, découvre ses épaules, ses clavicules, le haut de ses seins.— Dis-moi ce que tu veux, Emma.— Que vous m’appreniez. Tout. Pas seulement les livres.Mes doigts serrent plus fort. Elle ne recule pas. Elle se rapproche. Son buste contre ma poitrine, ses seins à travers le tissu fin contre ma chemise. Je sens ses tétons durcis, je sens son souffle qui s’accélère.— Tu sais ce que ça veut dire, « tout » ?— Oui, monsieur Delaunay.— Ça veut dire que je décide. Que je commande. Que tu ne dis pas non.Ses yeux s’agrandissent mais elle ne détourne pas le regard. El
Je suis à un mètre de lui maintenant. Un mètre. Je vois les veines sur ses mains, la cicatrice sur son menton, la pâleur de ses lèvres. Il ne bouge pas. Mais sa poitrine se soulève plus vite.— Tu as raison. Baudelaire ment. Le désir n’est jamais calme. Il est fièvre. Fièvre et tourment.Il a dit « désir ». Il a dit « tourment ». Chaque syllabe résonne dans ma poitrine, dans mon ventre, entre mes jambes. Je fais un pas de plus. Nous sommes face à face. Je sens son souffle sur mes cheveux. Il est plus grand que je ne croyais. Plus près. Plus dangereux.— Alors pourquoi il écrit ça ?— Parce que parfois, on a envie de croire qu’on peut posséder sans souffrir.Sa main. Sa main se lève. Ses doigts effleurent une mèche de mes cheveux. Le contact dure une seconde, peut-êtr
ChiaraLa lumière entre par la fenêtre, grise, hésitante. L'aube sur Venise n'est jamais franche – elle se faufile, elle rampe sur l'eau, elle cherche ses angles avant de se décider à exister.Je suis réveillée depuis des heures. J'ai compté les pas des gardes sur le pont, les cris des gondoliers,
ChiaraJe me lève. Mes jambes me soutiennent. Je traverse la pièce, le frôle en passant. Dans l'escalier, nos ombres se mêlent sur la pierre.— Chiara.Je m'arrête à mi-marche. Je ne me retourne pas.— Cette nuit, dit-il. Je ne serai pas... Je ne...Il cherche ses mots. Les mots sont des outils qui
ChiaraJe ne dors pas. Je ne peux pas. Chaque fois que je ferme les paupières, je sens encore le poids de son corps, la cadence de sa respiration contre ma nuque, cette manière qu'il a de s'endormir immédiatement, comme une bête repue. La satisfaction des prédateurs est toujours sans remords.Mes j
ChiaraLe bouillon arrive, tiède et gras. Je le bois en silence. Ma mère me regarde. Elle n'a rien d'autre à faire, apparemment. Son devoir maternel s'achève ici, dans cette surveillance alimentaire qui tient lieu d'affection.— Il faudra faire quelque chose pour tes bras, dit-elle. Des manches plu