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Chapitre 5 : La Traque 3

Author: Eternel
last update Last Updated: 2025-12-04 23:08:29

Chiara

Il met un temps infini à répondre. Ses yeux ne me quittent pas, me dévisagent avec une intensité qui me vide les poumons.

— Personne, finit-il par dire. Un peintre. Un homme qui n’aurait jamais dû vous voir.

Sa voix est rauque, éraillée, comme peu utilisée. Elle traverse l’air nocturne et me touche en plein cœur.

— Mais vous m’avez vue, dis-je, un peu plus ferme. Et vous m’avez suivie. Ici. C’est de la folie.

Un sourire fugace, sans joie, effleure ses lèvres.

— La folie, oui. La seule explication.

Je fais un pas en avant. Le gravier crisse sous ma semelle. Il se raidit imperceptiblement, mais ne recule pas.

— Pourquoi ? Pourquoi faire ça ?

Il secoue lentement la tête, comme perdu lui-même.

— Je ne sais pas. Je l’ai vu dans vos yeux. Sur la place. Vous n’étiez pas là non plus. Vous étiez ailleurs. Prisonnière, comme moi.

Ces mots… Ils me frappent avec la précision d’un scalpel. Ils ouvrent une faille dans la carapace de marbre que j’ai passé ma vie à polir. Prisonnière. Il l’a vu. En un instant, il a tout vu.

Les larmes me montent aux yeux, brûlantes, humiliantes. Je les refoule, serrant les poings.

— Vous ne savez rien de moi.

— Je sais que vous allez épouser cet homme, dit-il d’une voix soudain plus dure, en désignant d’un mouvement du menton la direction de la salle de banquet. Je sais que vos yeux, quand ils se sont posés sur les miens, cherchaient une issue. Une évasion. Tout comme les miens.

C’est trop vrai. C’est insupportable. Un sanglot me monte à la gorge. Je tourne le visage, honteuse.

— Il faut que vous partiez. Si on vous trouve ici…

— Je sais.

Mais il ne bouge pas. Et moi non plus. Nous sommes pris dans un piège que nous avons nous-mêmes tissé, un filet d’attraction magnétique et de désespoir partagé. Chaque seconde qui passe est un risque fou, un pas de plus vers la catastrophe. Et pourtant, chaque seconde est aussi précieuse, aussi intense que tout ce que j’ai vécu en vingt ans.

— Quel est votre nom ? demandai-je enfin, me retournant vers lui.

Il hésite. Un long moment. Puis il souffle :

— Matteo.

Matteo. Un nom simple, solide. Un nom d’homme, pas un titre. Je le goûte sur ma langue.

— Chiara, dis-je en retour, comme une offrande, une confession.

Il répète mon nom à voix basse, et cela ressemble à une prière, à une incantation. Chiara.

Un bruit vient de l’intérieur du palais. Des voix, des pas qui s’approchent. La peur nous transperce tous les deux simultanément, nous arrachant à cette bulle hors du temps.

Nos regards se croisent une dernière fois, dans un mélange de panique et d’une promesse non dite, trop lourde, trop tôt.

— Il faut que j’y aille, chuchotai-je, le cœur déchiré.

Il acquiesce, juste un mouvement du menton. Ses yeux disent : Je sais. Et aussi : Ce n’est pas fini.

Je fais demi-tour, ma robe balayant le gravier. Je marche vers la lumière, vers le bruit, vers ma prison dorée. Chaque pas est une agonie. Je sens son regard dans mon dos, brûlant, comme une marque au fer rouge.

Et avant de franchir la porte, je me retourne, une dernière fois.

Il est toujours là, dans l’ombre du mur, statue de désir et de mélancolie. Il lève une main, à peine, un geste minuscule, un adieu ou un appel.

Puis je disparais à l’intérieur, laissant derrière moi le jardin, la lune, et l’homme aux yeux de braise qui vient de fracturer mon monde en deux.

Dans le corridor chaud et parfumé, les rires et la musique me parviennent, assourdis. Je porte la main à mon cœur, qui bat à se rompre. Sur mes lèvres, le goût de mon nom prononcé par sa voix. Et dans mes entrailles, la certitude terrible et exaltante : rien ne pourra plus jamais être comme avant. La traque est finie. La chute commence.

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