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Chapitre 4 : La Traque 2

Author: Eternel
last update Last Updated: 2025-12-04 23:07:56

Matteo

La suivre jusqu’ici était une folie. Pénétrer dans le palais Contarini, une insanité pure. Un coup d’œil à mon accoutrement, un mensonge éhonté sur une livraison de bois de citronnier pour les cuisines, et la suffisance des laquais a fait le reste. Ils voient ce qu’ils veulent voir : un homme du peuple, insignifiant, tête baissée. Ils ne voient pas le fauve.

Je me suis glissé dans les coulisses de cette opulence, mon cœur cognant contre mes côtes comme un tambour de guerre. Les murs sont couverts de soieries, l’air sent la cire d’abeille et le parfum coûteux. Tout ici me répugne. Tout, sauf elle.

Je l’ai trouvée dans la grande salle, rayonnante et prisonnière, assise à la table d’honneur. Le spectacle m’a figé sur place. Elle, au milieu de cette mascarade dorée, entourée de prédateurs satisfaits. Lui, à ses côtés. Contarini. Je le reconnais. Un de ces requins qui spéculent sur le grain tandis que le peuple crève de faim. Il la touche avec une désinvolture qui me donne envie de lui briser les doigts un à un.

Puis, elle a levé les yeux. Et elle m’a vu.

Le choc a été réciproque, palpable à travers l’épaisseur de la salle. J’ai vu la peur, la surprise, puis… quelque chose d’autre. Une lueur. Une reconnaissance. Pas seulement de mon visage, mais de cette folie commune qui nous a saisis. Elle a laissé tomber sa fourchette. Un petit geste, un signal. Un aveu.

C’en était trop. Je me suis effacé dans l’ombre, le sang me battant aux tempes. Je ne peux pas rester ici. Je dois partir avant qu’on ne me découvre, avant que cette imprudence ne nous perde tous les deux.

Mais mon corps refuse de quitter ce palais. Il me guide, instinctif, à travers un dédale d’escaliers de service et de corridors étroits, loin des salles de réception. Je cherche l’air, l’obscurité, un endroit où cette fièvre pourrait peut-être se calmer.

Je débouche dans un petit jardin intérieur, un cortile secret niché au cœur du palais. La lune y filtre à travers les branches d’un oranger en pot, jetant des ombres dentelées sur les dalles de pierre. L’air est frais, chargé du parfum des herbes et de la terre humide. Je m’adosse contre le mur froid, fermant les yeux, essayant de maîtriser le chaos en moi.

C’est alors que j’entends le léger froissement de soie.

Je me fige. Ce n’est pas un serviteur. Les pas sont trop légers, trop hésitants.

Elle apparaît à l’entrée de la loggia, comme une apparition. Elle a ôté son masque. Son visage est à nu, éclairé par la lune. Et c’est plus beau, plus terrifiant encore que je ne l’avais imaginé. Des traits fins, une bouche pâle, légèrement entrouverte. Et ces yeux. Ces yeux verts, immenses, qui me fixent maintenant sans aucune barrière.

Nous restons ainsi, à quelques mètres l’un de l’autre, dans le silence vibrant du jardin. Le monde s’est réduit à ce rectangle de pierre, à cette lumière d’argent, à l’espace infime et infranchissable qui nous sépare.

Elle parle la première. Sa voix est un souffle, à peine plus fort qu’un murmure, mais il résonne en moi comme un cri.

— Qui êtes-vous ?

Chiara

Le son de ma propre voix dans le silence m’effraie. Elle semble si fragile, si petite. Mais la question était là, brûlante sur mes lèvres depuis le premier regard.

Il ne bouge pas, adossé au mur comme s’il cherchait son soutien. La lumière de la lune sculpte les angles durs de son visage, creuse ses yeux d’ombres. Il n’a pas l’air d’un serviteur. Il a l’air d’un bandit, d’un fauve égaré dans un salon. Et pourtant, je n’ai pas peur. Pas de lui.

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