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Chapitre 5 : Une balle perdue

Author: Déesse
last update Last Updated: 2025-10-23 03:50:54

Tara

— Lâche‑moi ! Tu veux me tuer ?

Sa prise au cou se resserre. J’ai l’impression que l’air me quitte. Puis, soudain, il me jette au sol. Il se tient au‑dessus de moi, immense. Je m’agrippe à sa gorge, incrédule : l’imbécile a failli m’étrangler.

Il part à la douche en maugréant, puis m’appelle d’un ton sec :

— Qu’est‑ce que tu fais encore là‑bas ? Viens enlever la balle que tu as plantée dans ma cuisse.

Je le retrouve dans la salle de bains. Il déchire son pantalon et je remarque ses cuisses : solides, musclées. Il ouvre un tiroir, en sort une trousse de secours.

Je m’active, mains tremblantes mais précises. Trente minutes plus tard, la plaie est nettoyée, désinfectée et bandée. Il s’est changé sans un mot ; entre nous, un silence lourd pèse.

— On peut aller déjeuner maintenant ? demandé‑je.

— Es‑tu attachée à moi ? lâche‑t‑il sèchement. Lâche‑moi les couilles.

— Je ne peux pas te lâcher tes « couilles », puisqu’elles sont à moi maintenant. Allons‑manger, j’ai faim.

Il m’adresse un regard assassIN, puis s’habille pour me suivre. Je me promets encore une fois de le mater, ce crétin. Je le regarde boiter avec une satisfaction secrète : c’est moi qui l’ai mis dans cet état. Hum. Je souris.

En pleine rue, je m’arrête; il me percute.

— Qu’est‑ce qu’il y a ? demande‑t‑il, irrité.

Je pense à la nuit précédente : il a embrassé ces femmes, les a possédées sous tous les angles, et moi ? Rien. Pas un geste, pas une caresse. Une brûlure me monte au visage. Je continue de marcher, patientant d’être devant tout le monde avant de l’embrasser , au cas où il me repousse.

À table, ma mère me salue ; mon père est probablement dans son bureau.

— Bonjour tout le monde. Maman, tu as bien dormi ? dis‑je avec un sourire.

Mike s’assoit à côté de moi ; je lui désigne la chaise avec un clin d’œil. Ma mère, surprise :

— Oui ma chérie… mais tu fais une drôle de tête. Qu’est‑ce qui se passe ? Et ton fiancé, que lui est‑il arrivé ?

— Rien de grave, je lui ai juste tiré dessus, réponds‑je nonchalamment.

Elle ouvre la bouche, puis murmure, intriguée :

— Qu’a‑t‑il fait ?

— Il s’est amusé avec deux prostituées. C’est ma façon de me défouler.

Ma mère hoche la tête, satisfaite.

— Tu as bien fait. Maintenant mange, je suis curieuse de voir comment votre couple évoluera ; il y aura des rebondissements, je le sens.

— Merci pour ton soutien, maman. Je suis contente que tu sois de mon côté.

Je me tourne vers Mike :

— Mon chéri… Que veux‑tu manger ?

Il grogne quand je l’appelle ainsi — et j’adore l’entendre grogner, c’est si… attendrissant. Il regarde les plats comme s’il ne savait pas quoi choisir ; finalement il prend juste du café. Moi, je gère tout : ses couverts, ses mets. J’aime tout contrôler.

Le grand jour est arrivé. Je suis nerveuse : ce soir, me touchera‑t‑il ? L’acceptera‑t‑il ? J’ai envie de sentir ses mains, ses lèvres… je veux qu’il me désire sans artifice.

On me maquille. Je me regarde dans le miroir : je suis belle, plus encore que d’habitude. Toute la maisonnée a ourdi des plans pour s’assurer d’avoir « leurs » hommes ; je me demande si je ne devrais pas en faire autant, mais peut‑être vaut‑il mieux laisser les choses suivre leur cours ce soir.

Je suis prête. Je m’apprête à épouser un homme qui prétend ne pas me vouloir. Peu importe. Je sais le dompter. Il finira par m’aimer. Ce soir, je ferai tout pour qu’il me désire, sans recourir à aucun artifice.

Nous ne sommes pas les seuls : ma sœur, mes trois frères, ma cousine Pamela et moi , tous les enfants de mes parents , nous marions aujourd’hui, le même jour. Ma mère entre, les yeux brillants de larmes contenues.

— Ma chérie, tu es splendide, dit‑elle en me serrant dans ses bras. Je suis fière de toi. Tu es forte, belle et déterminée. Que tu réussisses à apprivoiser ce sauvage et qu’il tombe amoureux de toi comme tu le mérites.

— Merci, maman. J’avais besoin d’entendre ça.

— Es‑tu prête ? On y va.

Ma sœur et moi nous rejoignons dans la chambre voisine. Elle est sublime. Nous nous prenons dans les bras, complices.

— Je suis tellement fière de vous, mes princesses, dit maman en nous embrassant successivement. Aimez vos époux, respectez‑les et soyez fidèles. Je vous aime.

— On t’aime aussi, répondons‑nous en chœur.

Nous allons chercher nos frères qui s’affairent à ajuster leurs cravates. Ils sont impeccables. Ma mère, rayonnante, les enveloppe un à un dans une étreinte.

— Vous êtes prêts ? demande‑t‑elle.

La maison est en émoi ; l’émotion flotte dans l’air comme un parfum. L’heure du départ approche.

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