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POV D’ELLIE

Penulis: Sophia
last update Tanggal publikasi: 2026-05-13 06:31:07

CHAPITRE 8

Ronan travaillait comme il parlait.

Direct. Sans détour. Sans cette politesse creuse que les gens utilisent pour adoucir les mauvaises nouvelles avant de vous les balancer quand même en pleine figure.

Il posa le premier contrat devant moi et me demanda de lire la date en bas à droite.

Je lus.

Il me demanda ensuite où j’étais ce jour-là.

Je réfléchis.

C’était un jeudi de novembre. Dix-neuf mois plus tôt. Je jouais en déplacement à Vancouver.

Je le lui dis.

Il nota sans commenter et passa au deuxième document.

On fit ça pendant quarante minutes.

Chaque contrat. Chaque date. Chaque occasion où ma signature apparaissait sur quelque chose que je n’avais jamais touché.

Et à chaque fois je lui donnais un alibi sans même réaliser que c’était ce que je faisais. Un match. Un entraînement. Un vol. Une obligation de la ligue.

Ma carrière entière était une longue liste de preuves que j’avais été ailleurs pendant que Derek construisait son piège.

À la fin Ronan posa son stylo et se carra dans sa chaise.

« Huit contrats sur onze ont été signés pendant des périodes où vous étiez en déplacement avec le club. Les registres de voyage de la ligue le confirmeront. »

Il marqua une pause.

« Les trois restants correspondent à des weekends où vous étiez à Toronto mais où Derek avait accès à votre bureau à domicile. »

« Il avait accès à tout, » dis-je.

Ma voix sortit plus plate que prévu.

« C’était ma maison autant que la sienne. Je n’avais aucune raison de… »

Je m’arrêtai.

Aucune raison de me méfier.

C’est ce que j’allais dire.

Ronan ne remplit pas le silence.

Il attendit juste. Les yeux sur moi. Et cette façon qu’il avait de ne pas précipiter les choses me donnait l’espace pour finir mes propres pensées sans qu’il les oriente.

« Je n’avais aucune raison de me méfier de lui, » terminai-je. « Pas encore. »

« Non, » dit-il simplement. « Vous n’en aviez pas. »

Ce n’était pas de la consolation.

C’était un constat.

Et curieusement c’était exactement ce dont j’avais besoin.

Je regardai le tas de contrats entre nous.

« Est-ce qu’on peut gagner ? »

Il ne répondit pas immédiatement.

Je l’avais déjà remarqué. Il ne répondait jamais à une question importante dans la seconde qui suivait. Comme si chaque mot méritait d’être pesé avant d’être lâché.

« Les preuves sont en notre faveur, » dit-il enfin. « Les horodatages. Les IP. Vos alibis de déplacement. Ce n’est pas une affaire mince mais ce n’est pas non plus une affaire perdue. »

Il croisa mon regard.

« Mais Derek ne va pas rester tranquille pendant qu’on démonte son montage. Il va frapper encore. »

« Je sais. »

« Vous êtes prête pour ça ? »

Je pensai à la nuit dernière.

Aux crackers sur le carrelage.

Au silence de l’appartement.

À la façon dont j’avais regardé le plafond pendant une heure avant que le sommeil finisse par m’attraper.

« Je n’ai pas vraiment le choix. »

Quelque chose bougea dans ses yeux.

Pas de la pitié. Jamais de la pitié avec lui.

Plutôt une reconnaissance.

Comme s’il savait exactement ce que ça coûtait de dire cette phrase-là avec cette voix-là.

Son téléphone vibra sur le bureau.

Il y jeta un œil rapide et son expression se ferma légèrement. Juste assez pour que je le remarque.

« Excusez-moi une minute. »

Il se leva et sortit dans le couloir. Tirant la porte derrière lui.

Pas complètement.

Elle resta entrouverte de quelques centimètres et sa voix me parvint. Basse et nette.

« Je t’ai dit que je n’étais pas disponible cette semaine. »

Une pause.

« Non. Cette conversation peut attendre. »

Une autre pause. Plus longue.

Puis sa voix changea d’un ton. Pas plus forte mais plus froide. D’une façon que je n’avais pas encore entendue.

« Freya. Assez. »

Le prénom tomba comme une porte qu’on ferme.

Je détournai les yeux vers les contrats sur le bureau et fis semblant de n’avoir rien entendu.

Il revint trente secondes plus tard. Reprit sa place. Et ne dit rien sur l’appel.

Je ne posai pas de question.

Ce n’était pas mes affaires. Pas encore.

Et quelque chose dans sa façon de se rasseoir avec cette maîtrise un peu trop précise me dit qu’il savait parfaitement que j’avais entendu et qu’il appréciait que je laisse passer.

« La contre-expertise de l’échantillon B est fixée dans neuf jours, » dit-il en reprenant le dossier. « D’ici là je veux que vous repreniez contact avec votre médecin. Celui qui vous a prescrit les injections de B12. J’ai besoin de l’ordonnance originale. Des dates de prescription. Et si possible des emballages ou des boîtes vides. Tout ce qui prouve que l’injection sur la vidéo était médicale et prescrite. »

« Je les ai encore. Je range toujours les boîtes jusqu’à la fin du traitement. »

Il s’arrêta.

Me regarda.

« Vraiment ? »

« Vieille habitude de joueuse. On nous apprend à tout garder en cas de contrôle antidopage. »

Pour la première fois depuis que je l’avais rencontré quelque chose qui ressemblait à un vrai sourire effleura sa bouche.

Pas long. Pas spectaculaire.

Juste une ligne qui se dessinait dans le coin de ses lèvres avant de disparaître.

« Bien, » dit-il. « C’est très bien. »

Je sentis quelque chose se dénouer légèrement dans ma poitrine.

Pas grand-chose.

Juste un fil parmi cent qui lâchait.

Marcus frappa et passa la tête par la porte.

« Maître Hale. L’analyste forensique est en ligne. »

Ronan se leva.

Il prit son dossier puis s’arrêta à mi-chemin et se retourna vers moi.

« Restez. J’ai besoin que vous entendiez ça. »

Ce n’était pas une question.

Mais ce n’était pas non plus un ordre.

C’était quelque chose entre les deux. La façon dont quelqu’un vous inclut dans quelque chose sans faire de cérémonie autour.

Je restai.

Marcus mit l’appel sur haut-parleur.

Une voix de femme. Efficace et rapide. Remplit la pièce.

« Les métadonnées de la vidéo ont été partiellement effacées mais pas complètement. L’enregistrement date du douze mars. Soit quatre jours avant le match. »

Je me figeai.

Ronan ne bougea pas d’un millimètre mais je vis ses mâchoires se contracter.

Quatre jours avant.

Ce qui voulait dire que la vidéo n’avait pas été prise le soir du match comme tout le monde le supposait.

Quelqu’un était venu chez moi. Avait filmé à travers ma fenêtre de cuisine quatre jours plus tôt. Et avait attendu le bon moment pour la lâcher.

« Le dispositif d’enregistrement, » dit Ronan. « Vous avez quelque chose ? »

« Un smartphone haut de gamme. Probablement un modèle récent d’après la qualité. Rien de plus précis pour l’instant mais je continue à creuser. »

La femme marqua une pause.

« Il y a autre chose. En arrière-plan de la vidéo dans le reflet de la fenêtre on distingue une silhouette. Très partielle. Mais elle est là. »

Le silence dans le bureau dura deux secondes entières.

« Envoyez-moi les captures, » dit Ronan. « Toutes. »

Il raccrocha et se tourna vers moi.

Je le regardais déjà.

Ma gorge était serrée mais ma voix sortit stable.

« Quelqu’un est venu chez moi quatre jours avant le match. »

« Oui. »

« Et Derek savait que je faisais mes injections le mardi matin. Il le savait parce qu’il était là les premiers mois du traitement. »

Je m’entendis parler et chaque mot avait le goût de quelque chose qu’on ne peut pas défaire.

« Il a donné l’information à quelqu’un. Ou il y est allé lui-même. »

Ronan me regarda avec cette attention totale qui commençait à me sembler moins étrange et plus… ancrante.

Comme quelque chose de solide dans une pièce qui tanguait.

« On va trouver qui c’était, » dit-il.

Sa voix n’avait pas monté d’un ton.

Mais la certitude dedans était absolue.

« Et quand on le trouvera Derek n’aura plus nulle part où se cacher. »

Je hochai la tête lentement.

Dehors Toronto continuait sa journée. Indifférente. Bruyante. Sans aucune idée de ce qui se construisait dans ce bureau au douzième étage.

Mais moi je le savais.

Et pour la première fois depuis quarante-huit heures cette certitude avait moins le goût de la peur.

Elle avait le goût d’autre chose.

Quelque chose de plus tranchant.

Quelque chose qui ressemblait à de la chasse.

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