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CHAPITRE 3 — L'annonce 2

Autor: Dledition
last update Fecha de publicación: 2026-09-20 20:09:44

Noémie

Il est grand. Plus grand que ce que j'imaginais. Les épaules larges, le corps sec, le genre d'homme qui occupe l'espace sans avoir besoin de parler. Il porte un manteau noir, un manteau de laine épaisse, trop chaud pour la saison, et des bottes en cuir usé. Ses cheveux sont bruns, coupés court, et ses yeux, ses yeux sont gris. Un gris de pierre, de ciel d'orage, de lame d'acier. Ils me fixent sans ciller. Ils me traversent. Ils me voient. Ils me dépouillent. Ils me mettent à nu.

— Noémie Berthier ?

Sa voix est grave. Basse. Elle roule dans sa gorge comme un caillou dans un torrent. Elle vibre dans l'air. Elle vibre dans ma poitrine. Je hoche la tête. Je ne trouve pas mes mots. Ils sont bloqués dans ma gorge. Ils sont bloqués dans ma peur. Ils sont bloqués dans ma honte. Il me dévisage pendant une seconde de trop, puis il incline légèrement la tête.

— Aleksandar Volkov. Je vous ai contactée pour la chambre.

Aleksandar. A. V. Bien sûr. Je m'efface. Je le laisse entrer. Il franchit le seuil et l'appartement entier semble rétrécir. Il est trop grand pour cet espace. Trop massif. Trop tout. Trop d'homme. Trop de présence. Trop de silence. Il regarde autour de lui. Ses yeux balaient le salon en une seconde, le canapé défoncé, la bibliothèque qui penche, le plafond taché, et je vois quelque chose passer sur son visage. Pas du dégoût. Pas de la surprise. Quelque chose de plus froid. De plus calculé. Comme s'il enregistrait chaque détail. Comme s'il mémorisait chaque angle, chaque issue, chaque faiblesse de cet appartement. Comme s'il préparait quelque chose.

— C'est petit, dit-il.

— Je sais. Mais c'est tout ce que j'ai.

Il ne répond pas. Il marche vers la chambre de Léa. Il ouvre la porte sans demander la permission. Il entre. Je le suis. Il regarde la fenêtre. Il regarde le lit. Il regarde l'armoire. Il touche le mur, du bout des doigts, légèrement, comme s'il testait la solidité. Puis il se retourne.

— Combien ?

— Quatre cent cinquante par mois. Charges comprises.

— Je vous ai dit six mois d'avance. En liquide. Ça fait deux mille sept cents. C'est correct ?

Je hoche la tête. Ma gorge est sèche. Deux mille sept cents euros. Je pourrais payer l'agence. Je pourrais payer le retard. Je pourrais respirer.

— Pourquoi six mois ? je demande.

Il me regarde. Longuement. Ses yeux gris ne cillent pas. Ils m'analysent. Ils me pèsent. Ils me jugent.

— Parce que je n'aime pas les complications. Payer une fois. Ne plus y penser. C'est plus simple.

— Et le liquide ?

— Le liquide ne laisse pas de traces.

Un silence. Lourd. Épais. Je devrais poser plus de questions. Je devrais demander qui il est. D'où il vient. Pourquoi il cherche une chambre dans le 11e, dans un appartement minuscule, alors qu'il a l'air d'avoir les moyens de s'offrir bien mieux. Mais je ne pose pas ces questions. Parce que je n'ai pas envie d'entendre les réponses. Parce que je n'ai pas envie qu'il parte. Parce que deux mille sept cents euros, c'est ma survie.

— La chambre est à vous, dis-je.

Il hoche la tête. Il sort une enveloppe de sa poche. Épaisse. Gonflée. Il la pose sur le lit.

— Comptez.

Je prends l'enveloppe. Je l'ouvre. Les billets sont neufs. Des coupures de cent. Vingt-sept billets. Je compte. Deux fois. Trois fois. Deux mille sept cents. Exactement.

— Je peux emménager ce soir ? demande-t-il.

— Ce soir ?

— J'ai dit que c'était urgent. Je n'ai nulle part où aller.

Je le regarde. Il y a quelque chose dans sa voix. Quelque chose de dur. De tendu. De dangereux. Mais je ne peux pas refuser. J'ai l'argent dans les mains. J'ai l'argent dans les mains.

— Oui. Ce soir. C'est possible.

Il hoche la tête. Il ne sourit pas. Il ne dit pas merci. Il prend l'enveloppe vide, la remet dans sa poche, et il se dirige vers la porte.

— Je reviens dans une heure avec mes affaires.

Et il part. Sans un mot de plus. Sans un regard en arrière. La porte se referme. Je reste seule dans la chambre. Les billets dans les mains. Le cœur battant. Je m'assois sur le lit. Je regarde l'argent. Je devrais être soulagée. Je devrais être heureuse. Mais quelque chose me serre la poitrine. Quelque chose que je ne m'explique pas. Un pressentiment. Une intuition. L'impression d'avoir ouvert une porte que je ne pourrai plus jamais refermer.

Je me lève. Je vais dans le salon. Je cache l'argent dans un tiroir. Je respire. Je me dis que tout va bien. Que j'ai résolu mon problème. Que cet homme est juste un homme. Un peu étrange. Un peu froid. Mais un homme. Je me mens. Et je le sais.

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