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CHAPITRE 4 — L'homme de glace

Author: Dledition
last update publish date: 2026-09-20 20:10:31

Noémie

Il revient à 22h. Une valise. Un sac de sport. Rien d'autre. Pas de cartons. Pas de meubles. Pas de plantes. Rien. Il pose ses affaires dans la chambre de Léa et il disparaît. La porte se ferme. Le silence revient. Je reste dans le salon. Je regarde la porte close. Je me demande ce qu'il fait. Ce qu'il pense. Qui il est. Mais je ne vais pas frapper. Je ne vais pas demander. Je vais le laisser tranquille. C'est mieux. Pour lui. Pour moi. Pour ce qui reste de ma dignité.

Je m'endors sur le canapé. Mal. Le corps tendu. L'oreille aux aguets. Chaque bruit me réveille. Le frigo. Les pigeons. Un klaxon dans la rue. Et puis, vers trois heures du matin, une voix. Sa voix. Je me redresse. Je tends l'oreille. Il parle. À travers le mur. Dans une langue que je ne comprends pas. Des mots rudes. Des syllabes coupantes. Du russe, peut-être. Ou du serbe. Ou du polonais. Je ne sais pas. Mais le ton est dur. Menacant. Il parle vite. Il s'interrompt. Il reprend. On dirait qu'il répond à quelqu'un. Mais il est seul. Il est seul dans cette chambre. Il est seul dans cet appartement. Il est seul avec moi.

Je me lève. Je marche jusqu'à la porte de sa chambre. Je colle mon oreille contre le bois. Je n'entends plus rien. Le silence. Total. Absolu. Et puis, soudain, un bruit. Un cliquetis. Métallique. Répété. Comme quelque chose qu'on assemble. Ou qu'on charge. Je recule. Mon cœur bat trop vite. Je retourne dans le salon. Je m'allonge. Je ferme les yeux. Je ne dors pas. Je pense à l'enveloppe. Aux billets. À ses yeux gris. À sa voix. À ce cliquetis.

Le matin arrive. Lentement. Péniblement. Je me lève. Je vais dans la cuisine. Je fais du café. Je bois une tasse. Puis deux. La porte de sa chambre reste fermée. Je ne l'entends pas bouger. Je ne l'entends pas respirer. Je me demande s'il est encore là. À dix heures, la porte s'ouvre. Il apparaît. Habillé. Rasé. Les cheveux encore humides. Il porte une chemise noire, un pantalon sombre, des bottes. Il a l'air d'un homme qui n'a pas dormi. Mais ses yeux sont vifs. Trop vifs. Ils me regardent. Ils me traversent. Ils me voient.

— Bonjour, dis-je.

Il hoche la tête. Il ne répond pas. Il va dans la cuisine. Il se sert un café. Il le boit debout. Sans un mot. Sans un regard. Puis il pose la tasse dans l'évier, sans la rincer, et il se dirige vers la porte.

— Je rentre tard ce soir, dit-il.

— D'accord.

Il s'arrête. Il se retourne. Il me regarde. Longuement.

— Ne m'attendez pas.

— Je n'attends personne.

Quelque chose passe dans ses yeux. Quelque chose de fugace. De presque humain. Puis ça disparaît. Il hoche la tête. Il part. La porte claque. Je reste seule. Avec mon café. Avec mes questions. Avec cette impression étrange que je viens de signer un pacte avec le diable.

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