MasukPoint de Vue : Elara VannucciLe matin à Marseille se leva dans une brume sale qui collait aux vitres de l'appartement. Dans la petite cuisine, le bruit du vieux réfrigérateur semblait scander les secondes qui me séparaient de la trahison.Damian était debout près de la fenêtre, observant la rue. Ses épaules étaient tendues, ses mains ne quittaient pas la crosse de son Beretta. Il était épuisé, je le voyais à la raideur de sa nuque, mais son instinct de protection le maintenait éveillé.— Tu devrais boire quelque chose, Damian, dis-je d'une voix que je m'efforçais de rendre stable. Tu n'as pas dormi depuis le désert.Je lui tendis une tasse de café fumant. À l'intérieur, j'avais dissous deux comprimés de sédatifs puissants que Le Grec nous avait fournis pour les "urgences médicales". Mon cœur battait si fort que j'avais l'impression qu'il allait briser mes côtes.Il prit la tasse, ses yeux rencontrant les miens. Pendant un instant, le temps s'arrêta. Il y a
Point de Vue : Elara VannucciLe Meryem accosta dans une zone industrielle désaffectée du port autonome, loin des terminaux de passagers. L'air sentait le sel, la rouille et le poisson mort. Nous nous glissâmes par une trappe latérale avant que les amarres ne soient totalement fixées.Damian tenait Alessandro par la main, son regard balayant chaque grue, chaque conteneur. Il était redevenu le soldat, silencieux et efficace. Derrière nous, Guylana marchait avec une raideur inhabituelle. Elle savait que chaque pas la rapprochait de Bianca, sa véritable patronne.— Par ici, murmura Damian.Nous nous dirigeâmes vers un petit hangar dont la tôle ondulée battait au vent. Un homme nous attendait, adossé à une carcasse de camion. Il était massif, les bras couverts de tatouages délavés, et fumait une cigarette dont la lueur était le seul point de repère dans ce labyrinthe d'acier.— Le Grec ? demanda Damian, la main sur la crosse de son arme.L'homme recacha sa
Point de Vue : Elara VannucciLa mer Méditerranée était noire, une nappe d'huile agitée sous une lune absente. Nous étions entassés dans la cale du Meryem, un cargo de fret battant pavillon libérien. L'odeur y était écœurante : un mélange de fer rouillé, de sel et d'humidité rance.Alessandro s'était assoupi sur un tas de filets de pêche. Damian, assis à l'opposé de la cale, nettoyait mécaniquement son arme, le regard vide. La fracture entre nous était désormais un abîme. Nous ne nous battions plus pour le pouvoir, mais pour ne pas sombrer dans la folie.Guylana s'approcha de moi, glissant sur le sol métallique. Elle semblait étrangement sereine, comme si le danger imminent lui rendait sa clarté d'esprit.— Il est temps que tu saches, Elara, murmura-t-elle, s'assurant que Damian était hors de portée de voix. Le Syndicat n'est pas une création spontanée de banquiers véreux. C'est une restructuration.— De quoi ? Une restructuration de la Mafia ?— Non.
Point de Vue : Elara VannucciLe camp de Malik n'était qu'un ensemble de tentes de laine noire nichées au creux d'un massif rocheux, invisibles depuis le ciel. Ici, le temps semblait s'être arrêté. L'odeur du thé à la menthe et de la fumée de bois remplaçait celle de la poudre, mais l'air n'en était pas moins lourd.À peine descendu de sa monture, Damian s'isola avec Malik près d'une petite radio à ondes courtes. Il avait ce regard... celui d'un homme qui compte ses morts et prépare ses cercueils.Je m'installai dans une tente avec Alessandro. Mon fils s'endormit presque instantanément sur un tapis de cuir. Guylana, quant à elle, restait prostrée dans un coin, fixant ses mains désormais calleuses et sales.— Tu devrais te reposer, Guylana, dis-je en m'approchant d'elle. Demain, le désert nous demandera encore plus.— Le désert... murmura-t-elle avec un rire sans joie. Tu te rends compte, Elara ? J'ai géré des fonds souverains, j'ai renversé des gouvernement
Point de Vue : Elara VannucciL'obscurité était totale, absolue. L'impulsion électromagnétique de Guylana avait transformé la technologie de pointe du Syndicat en un tas de ferraille inutile pour quelques précieuses minutes. Au-dessus de nous, le bourdonnement des hélicoptères changea de ton ; ils volaient désormais à l'aveugle, s'éloignant prudemment des parois rocheuses du canyon.— Ne vous arrêtez pas ! chuchota Damian, sa voix n'étant plus qu'un souffle rauque.Il tenait Alessandro contre sa poitrine, progressant à tâtons contre la paroi calcaire. Je suivais, ma main agrippée à la veste de Guylana. Nous étions quatre spectres fuyant une armée de fantômes. Le sable s'engouffrait dans mes poumons, chaque inspiration était une brûlure.Nous marchâmes pendant ce qui sembla être une éternité, guidés uniquement par le froid de la pierre et le lointain écho des tirs de barrage qui s'étaient tus derrière nous. Vincenzo... l'idée de sa mort était une plaie béante dans mon esprit, mais
Point de Vue : Elara VannucciLe vrombissement des hélicoptères déchira le silence du désert. Ce n'était plus une rumeur lointaine, mais un rugissement qui faisait vibrer les murs de terre de notre refuge. La lumière crue des projecteurs balaya la cour, transformant la nuit en un jour aveuglant et électrique.— Ils sont là ! hurla Vincenzo en ouvrant le feu par la petite lucarne.Le fracas de son fusil d'assaut remplit la pièce, étouffant les cris d'Alessandro. Je saisis mon fils par la taille, le plaquant contre mon flanc. Ses yeux étaient deux puits de terreur, mais il ne versait pas une larme. Il avait compris, dans cette vie de fuite, que le bruit était synonyme de mort.— Damian ! criai-je par-dessus le vacarme.— Par la porte arrière ! Maintenant ! ordonna Damian.Il vida son chargeur vers la fenêtre pour couvrir notre sortie. La porte de bois éclata sous la pression du vent et des balles. Nous nous jetâmes dans l'obscurité froide du désert, juste au moment où une roquett







