LOGINChapitre 74SeleneJe le vois, agenouillé dans la boue, immobilisé par la magie du prêtre, et mon cœur s'arrête, mon souffle se bloque, mes jambes tremblent, parce que je sais, je sais ce qui va se passer, je sais que le prêtre va lever à nouveau sa lance, je sais qu'il va frapper Kael, je sais que cette arme va le tuer, le détruire, l'anéantir à jamais, et je sais que je ne pourrai rien faire, rien, absolument rien, et cette pensée m'est insupportable, cette pensée me déchire, cette pensée me tue à petit feu.Le temps s'arrête, le monde se fige, les bruits de la bataille s'évanouissent, les hurlements des guerriers, les éclairs de magie, le fracas des armes, tout disparaît, tout se tait, et il n'y a plus que lui, que Kael, que cet homme que j'aime, que ce roi qui m'a sauvée, que ce loup qui m'a aim&eac
Chapitre 73SeleneLa bataille fait rage dans les marécages de la Brume, un chaos de feu, de sang, de hurlements qui déchirent le ciel lourd de nuages noirs, et le temple maudit se dresse devant nous, menaçant, lugubre, ses runes brillant d'une lueur maléfique qui pulse comme un cœur démoniaque, qui vibre dans l'air, qui fait trembler le sol sous nos pieds. La brume est partout, épaisse, étouffante, elle colle à la peau, elle s'insinue dans les poumons, et les sorciers surgissent de cette brume comme des spectres, leurs silhouettes encapuchonnées se matérialisant dans les volutes grises, leurs mains squelettiques lançant des éclairs de magie noire qui zèbrent l'air en sifflant, qui frappent nos guerriers, qui les projettent au sol, qui les tuent sans pitié.Nos loups de guerre bondissent, leurs crocs déchirant les chairs, leu
Chapitre 72KaelLa nuit est tombée sur la forteresse, une nuit sans étoiles, sans lune, une nuit de ténèbres qui semble annoncer la bataille à venir, et je me tiens dans la salle du conseil, entouré de mes lieutenants, de mes guerriers, de tous ceux qui sont prêts à donner leur vie pour notre royaume. Les torches jettent des lueurs vacillantes sur les visages graves, sur les armures noires qui scintillent faiblement, sur les armes qui brillent dans la pénombre comme des promesses de mort, et le silence est lourd, chargé de la tension qui précède les grandes batailles. La carte du territoire est déployée sur la table de chêne, les marqueurs indiquant les positions ennemies, les pièges à éviter, les points stratégiques à atteindre.Selene se tient près de moi, le visage pâle, les yeux br
Chapitre 71SeleneKael s'est endormi, épuisé par la lutte contre la malédiction, et je veille sur lui, assise dans le fauteuil de cuir usé que j'ai rapproché du lit, la main posée sur son front pour vérifier que la fièvre ne revient pas, mes doigts caressant machinalement ses cheveux noirs, ces cheveux si doux, si épais, qui contrastent avec la dureté de son visage, avec la puissance de son corps, avec la légende du Roi Noir. La chambre est plongée dans une pénombre apaisante, les rideaux de velours noir tirés pour masquer la lumière du jour qui pourrait troubler son sommeil, les braises rougeoyant dans la cheminée monumentale comme des yeux de dragon assoupis, et le silence est troublé seulement par le souffle régulier de Kael, par le crépitement du feu, par le vent qui gémit doucement derrière
Chapitre 70KaelLa folie recule, se retire, comme une marée qui reflue après avoir tout dévasté, laissant derrière elle un paysage de ruines et de douleur, et je reprends conscience, le corps brisé, l'esprit embrumé, mais vivant, vivant, et la première chose que je vois, c'est elle, Selene, penchée sur moi, ses yeux gris pleins de larmes qui roulent sur ses joues, ses mains tremblantes qui tiennent une fiole vide, ses cheveux défaits, son visage marqué par l'épuisement et le froid, et je comprends, je comprends tout, je comprends qu'elle a risqué sa vie, qu'elle a traversé les montagnes, qu'elle a bravé la tempête, qu'elle a cueilli les étoiles pour me sauver.— Selene, murmuré-je, la voix faible, rauque, brisée par l'épreuve, mais pleine d'une gratitude, d'un amour, d'une admiration qui me
Chapitre 69SeleneLa malédiction de lune noire a frappé la forteresse au cœur de la nuit, silencieuse, insidieuse, comme un poison qui se glisse dans les veines sans qu'on le sente venir, et au matin, c'est un spectacle de désolation qui m'attend dans la cour intérieure quand je sors de notre chambre, attirée par des cris, des hurlements, des bruits de lutte. La cour est transformée en champ de bataille, mais un champ de bataille où les ennemis ne sont pas des étrangers, où les ennemis sont des frères, des sœurs, des compagnons d'armes qui se jettent les uns sur les autres avec une fureur aveugle, leurs yeux noirs, leurs veines saillant sur leurs cous et sur leurs tempes, leurs griffes sorties, leurs crocs dégoulinant de salive et de sang. Des guerriers qui s'entre-tuent, des louves qui hurlent à la mort, des soldats qui se jettent contre les murs de basalte,
Chapitre 8SeleneLes terres désolées portent bien leur nom, et je les découvre au terme d'une marche interminable, une étendue de rocaille grise et de bruyère desséchée qui s'étire à perte de vue sous un ciel bas, lourd de nuages menaçants qui ne crèvent jamais, qui restent là, suspendus, comme un
Chapitre 7SeleneJe ne sais pas combien de temps je reste prostrée sur les pavés, le goût du sang dans la bouche, les oreilles bourdonnantes, le cœur en charpie, mais quand je relève enfin la tête, la place est presque vide, seuls quelques traînards s'attardent pour me jeter des regards mauvais av
Chapitre 6SeleneL'aube est grise et glacée lorsque je franchis enfin les portes du village, les vêtements en lambeaux, les pieds nus et blessés, les cheveux emmêlés par le vent et la course folle de la nuit, et le silence qui m'accueille est pire qu'un hurlement, un silence lourd, anormal, un sile
Chapitre 5 DarianLa nuit est tombée depuis longtemps lorsque je réunis les anciens dans la salle du conseil, une pièce circulaire aux murs de pierre noire où les torches jettent des ombres mouvantes sur les visages fatigués de ceux qui gouvernent le clan Silverpine depuis des décennies.L'odeur d







