LOGINChapitre 89
Kael
La cour du palais est immense, entourée de colonnes de basalte noir, et le soleil de midi écrase les dalles de pierre blanche d'une lumière aveuglante. Des centaines de regards sont braqués sur moi, des visages impénétrables, des murmures étouffés, des espoirs et des peurs qui se mêlent dans l'air brûlant. Le Roi Alpha suprême se tient à l'autre bout de l
Chapitre 93KaelLe messager se tient devant moi, le visage livide, les mains tremblantes, une lettre froissée serrée contre sa poitrine. Je le regarde sans comprendre, la fatigue de ces dernières semaines brouillant mes pensées, le poids des deux couronnes écrasant mes épaules. La salle du conseil est plongée dans une semi-pénombre, les torches crachotent, et les visages des conseillers autour de moi se tournent vers l'homme qui n'ose pas parler.— Parle, ordonné-je d'une voix plus sèche que je ne le voudrais. Que s'est-il passé ?— Majesté... le sorcier Mortain... il s'est évadé.Le silence tombe, si lourd, si brutal, que j'ai l'impression de recevoir un coup en pleine poitrine. Mortain. Ce nom que je croyais enterré, oublié, perdu dans les profondeurs de
Chapitre 92SeleneJe suis enceinte.La vérité s'est posée sur moi comme un oiseau fragile, et je n'ose plus bouger de peur de l'effrayer. Les mots de la guérisseuse résonnent encore dans le silence de nos appartements, suspendus entre les murs de pierre froide, entre les torchères qui brûlent doucement. Je suis enceinte. Un enfant de Kael grandit en moi. Un héritier. Une vie nouvelle, née de notre amour, de nos batailles, de nos nuits arrachées au chaos.Je devrais être heureuse. Je devrais sentir mon cœur éclater de joie, courir vers lui, me jeter dans ses bras, lui annoncer que notre amour a créé quelque chose de plus grand que nous. Mais je reste assise sur le rebord de la fenêtre, les mains posées sur mon ventre encore plat, le souffle court, la gorge serrée. La joie est l&ag
Chapitre 91KaelLe poids des deux couronnes m'écrase. Assis sur le trône de basalte, au centre de cette salle immense qui fut celle de mon ennemi, je sens le froid de la pierre traverser mes vêtements, remonter le long de mon dos, s'insinuer dans ma poitrine. Deux royaumes, deux peuples, deux meutes entières tournent leurs regards vers moi, attendant des ordres, des jugements, des décisions que je me sens incapable de prendre. Je n'ai jamais voulu régner, je n'ai jamais désiré ce pouvoir. Il est là pourtant, posé sur mes épaules comme une chape de fer, plus lourd que toutes les armures que j'ai portées au combat.Les conseillers défilent sans fin. Les émissaires se succèdent. Les chefs de meutes viennent me parler de frontières à protéger, d'alliances à consolider, de traités anciens
Chapitre 90SeleneLa salle du trône est immense, si vaste que ma respiration s'y perd, si froide que mes doigts sont glacés malgré la chaleur des torches qui brûlent sur les colonnes de basalte. Des centaines de visages me regardent, des centaines d'yeux qui me jugent, m'évaluent, se demandent qui je suis pour porter cette couronne d'argent qu'on vient de poser sur ma tête. Je me tiens aux côtés de Kael, droite malgré le tremblement de mes jambes, et je sens le poids de ce métal froid sur mon front, plus lourd que tout ce que j'ai jamais porté.Kael est là, près de moi, sa main posée sur l'accoudoir du trône de basalte, et je puise dans sa présence une force que je ne possède pas. Il a renoncé à ce trône, je le sais, et pourtant il est là, parce que le peuple a refusé de le
Chapitre 89KaelLa cour du palais est immense, entourée de colonnes de basalte noir, et le soleil de midi écrase les dalles de pierre blanche d'une lumière aveuglante. Des centaines de regards sont braqués sur moi, des visages impénétrables, des murmures étouffés, des espoirs et des peurs qui se mêlent dans l'air brûlant. Le Roi Alpha suprême se tient à l'autre bout de l'arène, vêtu de son armure noire, son épée déjà tirée, la lame étincelante sous le ciel. Il me fixe avec une arrogance glacée, un sourire mauvais sur ses lèvres minces.— Tu trembles, Kael ? ricane-t-il en avançant lentement, sa lame traînant sur la pierre. C'est le froid de la mort qui s'approche de toi.— Je ne tremble pas, répondis-je en levant mon &ea
Chapitre 88SeleneLe silence qui suit la révélation de la mère de Kael est si lourd, si épais, que j'ai l'impression de ne plus pouvoir respirer. Je suis restée en retrait, près de la porte, témoin impuissante de cette scène qui bouleverse tout ce que je croyais savoir. Kael se tient immobile au milieu de la chambre, les épaules raides, le visage blême, les poings serrés le long du corps, et je vois sur ses traits une douleur si profonde, si ancienne, qu'elle me déchire le cœur. Sa mère pleure en silence, recroquevillée sur sa chaise près de la fenêtre, les mains jointes sur ses genoux, les yeux rougis par trente ans de secrets et de remords.— Tout ce que j'ai bâti, murmure Kael d'une voix brisée, tout ce que j'ai cru être, tout ce que je pensais savoir de ma vie... ce n'était qu'un mensonge. Un mensonge destiné à me protéger, peut-être, mais un mensonge quand même.— Je suis désolée, mon fils, sanglote sa mère. J'aurais dû te le dire plus tôt, j'aurais dû te préparer, mais j'avais
Chapitre 4 SeleneLes branches griffent mon visage et mes bras nus tandis que je m'enfonce dans la forêt, loin de la clairière, loin des regards, loin de cette humiliation qui colle à ma peau comme de la poix brûlante, et je cours, je cours sans savoir où je vais, les poumons en feu, les pieds ens
Chapitre 3DarianLe hurlement de Selene traverse la forêt comme une flèche d'acier, et il atteint la salle du conseil où je me tiens, entouré des anciens qui me félicitent avec des sourires onctueux, des tapes dans le dos, des mots qui suintent l'hypocrisie.— Tu as bien fait, Darian, dit Merek en
Chapitre 2 Selene— Je prendrai pour compagne Lysandra de la meute Ironclaw, fille aînée du chef Aldric, et cette alliance unira nos deux clans pour l'éternité.Les mots tombent comme des pierres dans un lac gelé, et je reste là, pétrifiée au bout de l'allée centrale, les doigts de mon père soudai
Chapitre 1 SeleneJe me tiens devant le miroir de la chambre que j'occupe depuis l'enfance, et la robe blanche que j'ai cousue de mes mains brille sous la lumière argentée de la lune qui entre par la fenêtre ouverte, une robe simple mais pure, brodée de fils d'argent qui dessinent des motifs de lo







